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Vers une transformation écologique "soft" de la société postindustrielle

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La modification du climat par l'humain ne serait pas seulement due à l'extraction en masse de charbon, de pétrole et de gaz pour des usages non essentiels à la survie de l'humanité, mais également à des activités vitales telle l'agriculture. Celle-ci pèse aujourd'hui pour 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En outre, la destruction de la biodiversité qu'implique la mise en culture intensive ou le pacage des animaux sur des espaces toujours plus étendus depuis le néolithique. ''2/3 des surfaces terrestres sont utilisées par l'agriculture, 75 % de la surface des continents sont altérés par l'humain, 13 % seulement des océans ne sont pas impactés par les activités humaines, 70 % des zones humides ont été détruites depuis 1970'', dénonce ainsi l'organisation non gouvernementale World Wildlife Found (WWF) dans son Indice planète vivante de 2020. Le nombre de vertébrés sauvages, lui, a baissé de 68 % depuis 1970. "Aujourd'hui, 97 % de la biomasse animale est composée des humains et de leurs animaux d'élevage, il ne reste plus que 3 % de biomasse sauvage" ! Conclusion : Homo sapiens détruisant son environnement depuis toujours a achevé sa conquête du monde et bute sur ses limites. Pour la première fois de son histoire, il en a pris conscience. Depuis le sommet de Rio, en 1992, et l'adoption des conventions internationales sur la biodiversité, le climat et, en 1994, la désertification, la communauté internationale tente de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de freiner les destructions d'espèces animales et végétales. Cesser d'être pyromane, viandard, destructeur : c'est bien la nature humaine qu'il s'agit de changer.

Depuis que l'humanoïde s'est mis débout, s'est outillé et armé, sa motivation est simple : créer des espaces ouverts, plus favorables à la chasse, à la quête de plantes comestibles et aux déplacements à la conquête de nouveaux territoires. Cette hypothèse a été largement confortée par la datation de couches de cendres dans les sols. Pour les chercheurs, les incendies volontaires constituent par ailleurs l'une des plus anciennes modifications du climat par l'humain. Le CO2 stocké par les arbres a en effet été relâché dans l'atmosphère en grande quantité, provoquant une augmentation des teneurs de gaz à effet de serre. L'image idyllique d'hommes grappillant ici quelques baies, prélevant là un mammouth après une chasse valeureuse et respectueuse de l'animal, ce paradis n'a jamais existé. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ont utilisé tous les moyens disponibles pour éliminer les obstacles s'opposant à leur volonté y compris le feu, massacrant au passage des animaux à coup de massue, lances ou flèches. Les chasseurs-cueilleurs ont mis le feu à leurs paysages partout dans le monde, sur tout type de végétation à l'exception de la toundra. Là encore, pour ouvrir des chemins et mieux communiquer, mais aussi augmenter la productivité des plantes, attirer les animaux, bruler des territoires ennemis et même, c'est une hypothèse…pour s'amuser ! Cette déforestation sur plusieurs millénaires a provoqué des rétroactions en cascade. L'augmentation de CO2 dans l'atmosphère a contribué à réchauffer les océans et l'atmosphère, et stoppé la croissance des glaces des pôles. Par rapport à une évolution naturelle du climat, pilotée par le seul rayonnement solaire, l'activité humaine aurait augmenté la concentration en CO2 de 40 ppm (parties par million de molécules de CO2 par mètre cube d'air). L'affolement climatique est un symptôme qu'il faut traiter d'urgence. Selon William Ruddiman*, les émissions préindustrielles anthropiques (de -10.000 ans à 1750) se sont élevées à 343 milliards de tonnes, dont 300 ont été absorbés par les océans, le couvert végétal terrestre et les tourbières. Cet excédent de 43 milliards de tonnes représente le volume émis tous les ans par les 7,8 milliards d'humains d'aujourd'hui…

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Protéger l'environnement pour la survie de l'humanité est aussi une obligation absolue. Les philosophes et autres idéalistes usent plutôt d'arguments sur la nécessité de tendre vers plus de bonté, d'empathie, de sagesse et de morale. Les écologistes demandent davantage de frugalité et de sobriété. Les alarmistes, eux, tentent de convaincre en annonçant la catastrophe, bien réelle, qui se profile, et qui a d'ailleurs déjà lieu en de nombreux points du globe. Les jeunes générations, enfin, parlent de l'angoisse due au manque de perspective concernant leur futur. Force est de constater que toutes ces rhétoriques, aussi pertinentes soient-elles, ne suffisent pas à améliorer la situation. Bien souvent, ces discours ne sont compris que dans les cercles d'où ils sont issus et ne prêchent que des convaincus. On voit bien que notre société ''moderne'', hormis la parenthèse forcée que nous impose la crise du Covid-19, continue irréversiblement à polluer l'athmosphère, la terre et les océans, à détruire la biodiversité, à piller les ressources mettant ainsi en danger sa propre survie. Alors que faut-il faire pour, enfin, basculer vers une société durable à durabilité forte, capable de subvenir à ses besoins sans compromettre ceux des générations à venir ? Il nous faut harceler les dirigeants, ceux qui ont le pouvoir de changer la donne, en les sortant des discours de vœux pieux et autre bla bla. Car il ne suffit pas de souhaiter quelque chose, si juste que ce soit, pour que cela se réalise. À l'évidence, ce ne sont ni les philosophes, ni les prophètes, ni les scientifiques et autres écologistes qui décident de la marche du monde. Les individus volontaristes pissants sous la douche non plus. On peut le déplorer, mais cela ne change rien à l'affaire. Aujourd'hui, ce sont principalement les acteurs économiques et politiques qui tiennent le gouvernail, et ce sont eux que nous devons embarquer sur la voie vers la nécessaire révolution écologique, économique et sociale, les convaincre où même les contraindre par tout moyen à un changement radical. Faire évoluer le système actuel arrivant à son point de bascule et qui, de toute façon, s'essoufflera et s'autodétruira dans le temps. Une chose est certaine : ce n'est ni par bonté, ni par amour de la Planète, ni par altruisme que nous réussirons à les convaincre de le changer. Nous devons donc faire l'effort, les garder sous pression permanente et apprendre à parler leur langage : en matière de profit, de création d'emplois et de réélection...

Le passage d'une société polluante, inefficiente, basée sur la surexploitation de ressources limitées, produisant une quantité aberrante de gaspillage et créant de profondes inégalités vers une société durable forte et plus juste est l'opportunité économique et industrielle du siècle.

Imaginons un instant le potentiel que représentent :

- la construction de bâtiments neutres en carbone et la rénovation énergétique des logements anciens

- la conception et production de véhicules non polluants, tant sur la route et dans les airs, que sur les océans

- le développement d'une économie circulaire sociale, solidaire et vertueuse avec valorisation de déchets

- la production d'énergies à zéro émission ainsi que leur stockage et le transport

- la transition vers une agriculture raisonée, saine et responsable

- la transition vers une éthique environnementale remettant la nature au centre (biocentrisme)

Ce sont potentiellement des milliers de milliards de dollars d'opportunités économiques pour les entreprises, le secteur financier et industriel, et des millions d'emplois créés. Un rapport des chercheurs de la Commission mondiale pour l'économie et le climat chiffrait que des actions ambitieuses en faveur du climat pourraient générer 26.000 milliards de dollars de gains économiques et plus de 65 millions d'emplois ! N'est-ce pas plus motivant pour les climatosceptiques que des incitations à la sobriété et la décroissance même s'il en faut ? N'est-ce pas logique avant même d'être écologique ?

Une fois présentées les opportunités économiques, il est également primordial de mentionner les risques liés au statu quo : ceux qui ont massivement investi dans les énergies fossiles ont dû avoir une bien mauvaise surprise lorsque le prix du pétrole est momentanément devenu négatif en septembre, même si aujourd'hui il flambe à nouveau ? Et que se passera-t-il quand demain il deviendra illégal de financer des activités qui polluent l'atmosphère en raison des millions de morts que cela entraîne, tout comme il est interdit de financer le trafic de drogue, ce fléau dont on parle tant en ce moment ? Quand la pollution sera taxée à outrance ? Pour les grandes entreprises, il existe également un risque indéniable pour leur image. À l'heure des réseaux sociaux, les campagnes contre les principaux pollueurs de la planète qui bafouent les droits humains font de gros dégâts. Rappelons-nous les campagnes contre les conditions de travail inhumaines des sous-traitants de grandes marques de sport dans les années 2000 : voyant leur chiffre d'affaires diminuer et leur image se ternir, elles avaient été forcées de changer leurs pratiques.

Les décideurs politiques et économiques, les gens qui ont aujourd'hui le pouvoir entre leurs mains sont obligatoirement avertis et alertés par les sommets climatiques, les G20 / 15 / 7 et les COP comme celle qui s'ouvre à Glasgow, ils ne sont pas tous fondamentalement contre la protection de l'environnement. Bien sûr, quelques-uns, le 1% des plus riches, sont aveuglés par l'appât du gain et le profit à court terme, atteints d'un égoïsme qui relève presque de la psychopathie, mais ce devienne des exceptions. La vaste majorité voudrait bien faire, mais doit composer avec des nécessités qui ne sont pas les mêmes que celles des écologistes, des jeunes, des philosophes ou des scientifiques. Ils ont des emplois à créer ou à sauvegarder, des actionnaires à contenter, des électeurs à satisfaire, des usines à faire tourner... Et c'est avant tout à l'aune de ces priorités qu'ils prennent leurs décisions. Alors si la société civile et les citoyens n'arrivaient pas à les convaincre et encore moins à les contraindre, il restent deux solutions : où ce sont les pouvoirs suprêmes d'institutions planétaires tel que l'ONU qui les obligeraient par des lois et des sanctions à se plier ou alors créons et offrons-leur des alternatives qui soient crédibles et inspirantes, qui servent leurs intérêts immédiats et ceux de la société sur le long terme sans se contenter d'un ''green washing'' d'économie verte ou de son verdissement bidon. L'ONU ne possède pas encore des outils juridiques efficaces et des pouvoirs de contrainte et n'y arrivera sans doute pas dans l'immédiat, alors que le temps presse.

Il faudrait déjà commencer par détruire les lobbys industriels, ensuite passer de l'idéalisme, de l'utopie ou de la contestation à un certain réalisme positif. Cela pourrait être le moyen de basculer notre société dans un nouveau modèle de croissance au XXIe siècle : une croissance qualitative, efficiente et rentable, plutôt que quantitative, polluante, destructrice et coûteuse.

Cop 26 final

* William F. Ruddiman (8 janvier 1943 à Washington, D.C.) est un paléoclimatologue américain, professeur émérite de l’université de Virginie. En dehors des milieux scientifiques, il est connu principalement pour sa théorie, dite hypothèse Ruddiman, sur l’ancienneté du réchauffement climatique anthropique dont il fait remonter l’origine aux débuts de l’agriculture, et qui aurait évité ou retardé le retour de la glaciation.

Sources: Futura Planète / Sciences et Avenir

Il faut évaluer le coût carbone des politiques de conservation de la nature

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En ce moment se tient le congrès annuel de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille qui a mis à jour sa liste rouge des espèces menacées. Face à cette sixième extinction de masse, sa stratégie de mise sous cloche de la nature est contestée. Il en va de la biodiversité comme du climat. De congrès en sommets rassemblant des milliers de participants à coups d’allers-retours en avion, les constats se font de plus en plus alarmants, les vœux pieux se multiplient, mais gouvernements et grandes entreprises ne bougent guère le petit doigt. Réunie depuis vendredi 3septembre, l’UICN a mis à jour samedi son baromètre du vivant: près de 30% des espèces étudiées dans sa «liste rouge» sont aujourd’hui menacées d’extinction. Soit 38543 sur 138374 espèces dont l’état des lieux est déjà considéré comme préoccupant. Risquent notamment de disparaître: le dragon de Komodo, plus grand lézard au monde, et une part croissante de la famille des requins et des raies. Pour répondre à cette 6 extinction de masse provoquée par les humains, l’UICN prône depuis longtemps la constitution d’«aires protégées». Mais cette approche a montré ses limites. Elle ne correspond plus aux logiques d’un monde interconnecté. Est-il encore possible d’enrayer la chute abyssale de la biodiversité sur la planète? Quel changement de logiciel cela impliquerait-il ? L’UICN est une ONG qui fédère plus de 1400structures, y compris des États, ce qui la distingue d’autres organisations non gouvernementales. On y trouve des commissions composées de chercheurs et de spécialistes reconnus sur les espèces animales ou végétales, qui définissent notamment la liste rouge des espèces menacées dans le monde qui a été mise à jour samedi. Une autre commission importante de l’UICN est celle sur les «aires protégées». Ces dernières constituent le principal outil des politiques de conservation de la nature depuis plus d’un siècle. L’UICN a eu un poids prépondérant dans cette histoire en proposant notamment des typologies qui standardisent le degré de protection d’une aire à l’autre et permettent de comparer entre elles les différentes appellations légales nationales. C’est ainsi que l’UICN définit aujourd’hui six catégories, qui vont des aires intégralement protégées où les humains ne peuvent pénétrer, à part quelques gestionnaires et scientifiques tel l'Archipel des Sept Îles en Bretagne, à des zones très ouvertes. C’est le cas, en France, des parcs naturels marins ou encore des parcs naturels régionaux, où l’on peut à peu près tout faire, y compris construire une centrale nucléaire. L’agenda de l’UICN repose sur la pérennisation de cet outil. De ce point de vue-là, le congrès de Marseille n’apportera pas de nouveauté. En termes de fonctionnement interne, une motion importante doit être votée pour intégrer les collectivités locales: pour la première fois, elles pourraient devenir membres de droit de l’assemblée générale.

Sur le fond, ce congrès est guidé par le souci de ré-articuler les notions de biodiversité et de pandémie, avec notamment l’approche «One Health» (« une seule santé»), qui aborde dans un même ensemble les notions de santé humaine, de santé animale et de santé des écosystèmes. Avec l’épidémie de Covid-19, on a vu, comme l’a montré le dernier rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), qu’il y avait un lien très clair et dynamique entre l’émergence des pandémies, l’état des écosystèmes et le rôle des infrastructures socio-techniques, comme les élevages industriels.

Une tendance lourde gêne toutefois cette évolution: le monde de la conservation a été particulièrement isolé au XX siècle dans sa gestion des aires protégées. La question environnementale était alors difficilement audible et les professionnels de la conservation, scientifiques et gestionnaires, se sont retranchés dans leurs réserves. En dehors de ces zones, on faisait absolument tout et n’importe quoi, sans considération pour l’environnement. La pensée des conservationnistes s’est ainsi concentrée sur des espaces très spécifiques sur lesquels ils voulaient intervenir pour protéger telle ou telle espèce. Cette approche imprègne encore énormément toute la question de la conservation: est-ce que la conservation doit s’intéresser à des endroits précis et, ce faisant, délaisser les autres espaces? La COP15 sur la biodiversité qui se tiendra l’année prochaine en Chine s’inscrit précisément dans ce cadre : son objectif sera de faire passer les surfaces maritimes et terrestres protégées à 30% des surfaces du globe– on est actuellement à 17% des espaces terrestres et 7% des espaces marins. Depuis des années, l’objectif est d’augmenter ces surfaces protégées. Or cette approche présente de sérieuses limites.

Il faudrait déjà réfléchir aux liens entre la multiplication des aires protégées et les conditions environnementales des espaces non protégés. Avec le changement climatique et les pollutions, nous constatons que la dégradation de l’environnement ne peut être contenue dans des barrières géographiques. Il serait donc censé de mener une réflexion sur la transformation environnementale qui soit plus structurelle que la simple multiplication d’espaces protégés ponctuels et limités dans leur extension spatiale. L’autre objection à cette approche est que les niveaux de protection sont souvent assez faibles. La France, par exemple, affiche un taux élevé d’aires protégées (27% des espaces terrestres pour la France métropolitaine). Mais on y trouve les parcs naturels régionaux, les parcs naturels marins... et les chiffres de la Nouvelle- Calédonie! Le parc naturel de la mer de Corail faisant 1,3million de km, soit plus de 2,5fois la superficie de l’Hexagone. Or, pour l’heure, quasiment aucun moyen humain ni financier n’est alloué à la gestion de ce gigantesque espace. C’est un parc de papier. Au-delà de la question des moyens ou de la réalité du terrain, que fait-on des territoires non protégés? Est-ce que protéger 30% des surfaces de la planète nous permet de bétonner allègrement les 70% restants? C’est une question fondamentale. Et pour y répondre, il faudrait que la conservation de la nature imprègne tous les secteurs d’activité, pas seulement des endroits isolés. Quand on voit que la Chine, en quatre ans, a produit autant de béton que les États-Unis tout au long du XXesiècle, pour reprendre des données de l’historien Jean-Baptiste Fressoz, on ne peut qu’être inquiet. Il y a une tension entre exploitation et protection qu’il faut dépasser. Difficile de croire que le capitalisme, même vert, puisse réussir à résoudre des problèmes que son propre fonctionnement a générés. Penser que par l’incitation économique, on peut transformer l’économie qui, jusqu’à présent, a détruit la nature semble spécieux. Ce biais peut s’expliquer par le fait que les grandes ONG de conservation sont toutes plus ou moins adossées à des financements massifs de grands groupes industriels. Du côté de l’UICN, toutefois, il y a une diversité assez large des positions: depuis une vingtaine d’années, une approche plus sociale et plus intégrée des questions de conservation se fait jour. La question des populations vivant dans ces zones est centrale. Sous prétexte de protéger la nature, les politiques de conservation ont eu des effets sociaux dramatiques, en particulier pour des populations qui étaient déjà marginalisées : paysans, chasseurs ou pêcheurs vivriers, éleveurs... La focalisation sur les aires protégées a fait qu’on a demandé aux populations locales des efforts énormes pour changer leurs modes de vie, alors que les changements demandés aux sociétés dans leur ensemble étaient minimes. Historiquement, les politiques de conservation ont été révolutionnaires au niveau local, mais au mieux réformistes au niveau global. Ce qui manque, en réalité, c’est ce qu’on pourrait appeler le «coût carbone» des politiques de conservation. Intégrer cela permettrait de sortir de la vision localiste de l’aire protégée et de l’articuler avec les consommations carbone des gestionnaires, des touristes, des scientifiques qui travaillent sur ces espaces. Cela permettrait de réévaluer totalement la place et l’impact des «populations locales» à qui l’on demande des restrictions. Par exemple, au parc national du Banc d’Arguin, sur la côte mauritanienne, où les Imraguens, peuple de pêcheurs, sont limités dans l’utilisation de moteurs, tandis que des chalutiers espagnols ou chinois passent au large du parc national. On intervient de l’extérieur sur ces espaces et on demande aux populations qui les habitent de réduire leur train de vie, voire on les exclut des lieux, alors que ce ne sont pas elles qui ont le plus d’impact environnemental...

Ce dénigrement des pratiques locales a été une constante dans l’histoire de la conservation. Il a touché, bien sûr, les pays colonisés, mais également les pays occidentaux. En France, par exemple, la restauration des terrains en altitude dans la seconde moitié du XIX siècle, censée limiter l’érosion provoquée par l’agriculture de montagne, s’est basée sur une gestion étatique, au détriment des savoir-faire locaux. Ce n’est qu’à partir des années 1970 qu’on se préoccupe à nouveau des savoirs des populations locales dans la gestion des espaces protégés, dans le cadre général d’un intérêt pour le «développement durable». Parmi ces pratiques, il y a les «communs», une notion popularisée par la chercheuse américaine Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009. Les communs définissent une gestion des espaces et des ressources naturelles qui ne repose pas sur la propriété privée mais sur des formes collectives d’accès et d’usage de ces ressources. La prise en compte de ces pratiques, à partir des années 1980, a permis de réintroduire une diversité dans les politiques de conservation, diversité elle-même renforcée par la biodiversité qui émergeait au même moment comme concept biologique. Il serait difficile de revenir vers ces systèmes de manière généralisée, mais ce sont des formes alternatives de conservation qui devraient être revalorisées. Il faudrait sortir de l’enclavement des zones protégées parce que cela correspond à l’idée d’un écosystème isolé. En réalité, les écosystèmes sont dynamiques, ils sont toujours en déséquilibre. La biodiversité est précisément un concept qui remet en cause l’idée d’un système stable.

Dans ce cadre, il y a eu une forte mobilisation en faveur d’une conservation participative au cours des années 1990, s’intéressant aux populations locales. Mais sur la décennie suivante, de grosses ONG ont jugé que cette approche ne fonctionnait pas et ont préféré revenir à des formes de protection strictes et autoritaires. On peut espérer qu’aujourd’hui la tendance change de nouveau, dans le sens où de nombreux acteurs tentent de se saisir de la pandémie pour montrer que les choses sont profondément interconnectées et qu’on ne peut pas limiter la conservation de la nature à la constitution d’aires protégées. Une politique efficace serait de mettre en place des mesures contraignantes dans différents secteurs de l’action publique et d’arrêter avec cette idée qu’on peut limiter notre action à quelques espaces. Un exemple: au Royaume-Uni, le pays de Galles a bloqué en juillet toute construction de nouvelles routes en attendant un audit sur la nécessité d’avoir de nouveaux axes routiers. La politique française, elle, est très timorée. Elle se restreint à des mesures trop souvent ponctuelles. Par exemple, les politiques de compensation de la biodiversité – remplacer un espace détruit par la conservation d’un autre – sont encore balbutiantes. Telle qu’elle se développe aujourd’hui, la compensation est une vision par le petit bout de la lorgnette, sans prise en compte des impacts à l’échelle de la planète. Si, par exemple, on compense cinq hectares concernés par la construction d’un puit de pétrole par la protection de cinq autres hectares, on ne prend pas du tout en compte les dégradations que provoque l’exploitation de ce pétrole à l’échelle mondiale. Autre exemple en France, championne des pesticides: si un jour la Beauce devait compenser toute la biodiversité qu’elle a détruite dans ses champs par des espaces équivalents, il faudrait mettre sous protection des espaces énormes, qui ne sont pas disponibles, ce qui explique peut-être pourquoi la compensation est si peu développée dans le secteur agricole... Le problème, c’est que la biodiversité n’a jamais été en France un objet politique légitime. D'autre part, nous ne pouvons pas dissocier climat et biodiversité. De nombreux chercheurs travaillent depuis longtemps en ce sens, notamment sur la question de la forêt: comment la séquestration du carbone, qui a un impact sur le climat, peut-elle avoir un impact positif sur la protection de la biodiversité? Les deux notions ne se font pas concurrence. Mais leur traitement diverge car, d’un côté, le climat a tout de suite été un objet global, appelant des solutions «clés en main», tandis que la biodiversité, par ses spécificités locales, très contextualisées, est généralement traitée par des exemples. Cela a eu tendance à diminuer son importance. Mais l’enjeu de préserver la biodiversité est tout aussi crucial que celui de limiter le réchauffement climatique. La pandémie que nous traversons va peut-être permettre de les ré-articuler.

Interprété de propos d'Estienne Rodary recueillis par Amélie Poinssot (article publié le 6 septembre 2021 par Médiapart)

Estienne Rodary est géographe, ancien rédacteur en chef de la revue Écologie et Politique, directeur de recherches à l'IRD*. Il a notamment codirigé le Manifeste pour une géographie environnementale (Presses de Sciences Po, 2016).

*Institut de recherche pour le développement est un établissement public à caractère scientifique et technologique français sous la tutelle des ministères chargés de la Recherche et de la Coopération, remplaçant l'Office de la recherche scientifique et technique outre-mer.


 

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Oh le nucléaire, quand tu nous tiens, le Giec sourit. Une question d'atomes crochus et de température ...

Il est aujourd'hui incontestable que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Des changements rapides et généralisés se sont produits dans la cryosphère et la biosphère. 100% du réchauffement climatique est anthropique, donc dû aux activités humaines. C’est aujourd’hui un fait établi, sans équivoque. L’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique et l’état actuel de nombreux de ces aspects sont sans précédent, de plusieurs siècles à plusieurs milliers d’années. Dans tous les scénarios d’émissions, à l’exception du plus bas, nous dépasserons le seuil de réchauffement mondial de +1,5°C dans un avenir proche (entre 2021 et 2040) et resterons au-dessus de +1,5°C jusqu’à la fin du siècle. Le changement climatique d’origine humaine affecte déjà de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde. Les preuves des changements observés tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, et, en particulier, leur attribution à l’influence humaine, se sont renforcées depuis le cinquième rapport d’évaluation du GIEC.* Il est probable que la proportion mondiale de cyclones tropicaux majeurs (catégorie 3-5) ait augmenté au cours des quatre dernières décennies. Pour la première fois, son dernier rapport décrit une augmentation observée des événements extrêmes pour les ouragans. Auparavant, ces changements étaient trop incertains pour faire l’objet d’un consensus international. Les phénomènes météorologiques extrêmes s’aggravent désormais de manière mesurable sur toutes les parties de tous les continents (à l’exception du sud de l’Amérique du Sud, où les données sont trop rares). La question de savoir à quelle vitesse nous pouvons réduire les émissions de manière réaliste est une question de politique et d’économie, et non de science physique, mais chaque tonne émise participe au réchauffement.

Quelle part revient au capitalisme dans ce processus ?

Un courant marxiste a pu soutenir l’idée que le capitalisme finirait par s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions économiques. Certaines critiques écologiques du capitalisme reprennent parfois ce type de discours aux accents téléologiques, affirmant que l’ensemble de la société thermo-industrielle butera sur des limites physiques, naturelles et s’écroulera. Cette idée mécaniste que la dynamique d’accumulation conduirait automatiquement à un écroulement du capitalisme. Ce fut notamment le cas dans l’entre-deux guerres d’un auteur allemand, Henryk Grossman, qui en avait fait un véritable dogme. Il y a effectivement des similitudes fortes entre cette théorie et celle de l’effondrement écologique inévitable de la ''société thermo-industrielle '', qui est défendue aujourd’hui par certains courants verts. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’un petit courant '' marxiste collapsiste '' a fait sa réapparition récemment dans le monde hispanophone, en Amérique latine notamment. Les gouvernements pour leur part refusent ce fatalisme de l’effondrement. Même si la situation est gravissime et que ce soit l’évidence même. Le capitalisme ne s’écroulera pas si facilement de lui-même, ni sous le poids de ses contradictions internes, ni du fait de la crise écologique. Même si une probabilité il y a, il fera tout pour résister. Sa logique pousse au contraire des secteurs des classes dominantes à envisager des moyens néo-malthusiens, barbares, pour se sauver et sauver leurs privilèges. Face à cette menace très concrète, le fatalisme de l’effondrement inévitable sème la résignation. Or, nous avons urgemment besoin de lutte, de solidarité et d’espérance. Il faut impérativement, pour rester dans les clous écologiques, réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre, donc l’extraction, le transport, la transformation de matières et la consommation d’énergie. Par conséquent, la transition socio-économique doit être cadrée par des indicateurs physiques. D’autre part et surtout, ce sont précisément les investissements gigantesques nécessaires à la transformation des systèmes productifs, en particulier du système énergétique, qui rendent indispensable la décroissance en question. La transition en effet ne consiste pas à dire qu’un système B pourrait fonctionner comme alternative au système A, mais à indiquer le chemin menant de A à B. Le système énergétique fossile n’est pas adaptable aux sources renouvelables. Il doit donc être mis à la casse de toute urgence et un nouveau système doit être construit. La tâche est immense et requiert inévitablement de grandes quantités d’énergie. Aujourd’hui, globalement, cette énergie est fossile à 80 %, donc source d’émissions de CO2. Autrement dit: toutes autres choses restant égales, la transition elle-même sera la cause d’un supplément d’émissions. Or celles-ci doivent commencer à diminuer tout de suite et très radicalement. Dans le cadre de la logique capitaliste d’accumulation, le problème est rigoureusement insoluble. Si l’on met de côté le climato-scepticisme ou le déni climatique la seule réponse du système consiste de continuer à développer des technologies insuffisantes, incertaines et dangereuses, comme le nucléaire et la bioénergie avec capture et séquestration du carbone. Plutôt que de tout mettre en œuvre pour ne pas dépasser le seuil de dangerosité de 1,5°C, on choisit de le faire dans l’espoir que ces technologies permettront de '' refroidir '' la planète par la suite. C’est une folie intégrale, un non-sens absolu. Pourtant, c’est vers ces ''solutions '' d’apprenti-sorcier que le ''capitalisme vert'' s’oriente aujourd’hui, parce que la seule manière rationnelle d’équilibrer l’équation climatique est intolérable pour lui. Il faudrait décréter une mobilisation générale, dresser un inventaire de toutes les productions inutiles ou dangereuses, de tous les transports inutiles, et les supprimer purement et simplement, sans indemnités pour les actionnaires, jusqu’à atteindre les réductions d’émissions nécessaires. Il va de soi que cette opération requiert des mesures draconiennes, notamment la socialisation des secteurs de l’énergie et du crédit, la réduction massive du temps de travail sans perte de salaire, la reconversion des personnels dans des activités utiles avec garantie du revenu, et le développement de services publics démocratiques. Mais cet attrait renvoie aussi, chez certain·e·s, à une prise de conscience politique de la nécessité de rompre profondément avec la société actuelle, son productivisme et son fétichisme de la marchandise. Il y a là un paradoxe : alors qu’ils semblent incapables d’expliquer pourquoi le capitalisme est si destructeur, les collapsologues entrent néanmoins en écho avec des couches sociales, jeunes notamment, qui cherchent des réponses anticapitalistes. Vis-à-vis de ces milieux, il est donc important de mener le débat. En particulier important d’expliquer que le scénario d’inspiration anarchiste d’un effondrement du capitalisme ouvrant la voie à la société autogestionnaire basée sur les communautés locales ne permet pas de faire face aux défis globaux de la transition. La complexité de ces défis requiert une action planifiée. J’adhère à 100 % aux idées d’autogestion décentralisée, mais la transition requiert à la fois la centralisation et la décentralisation, la planification et l’auto-activité. L’histoire a montré les risques terribles de dégénérescence propres à cette combinaison des contraires. Mais la bureaucratisation ne saurait être évitée en se projetant, au-delà de la transition, dans un futur autogestionnaire radieux, sans État ni partis… Il faut un programme pour la combattre.

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Il ne sera pas possible de limiter la présence de CO2 dans l’atmosphère sans capture et stockage des émissions de carbone provenant notamment de l’industrie. Le GIEC, y compris dans son dernier rapport publié le 9 août, l’Agence internationale de l’énergie, le World Economic Forum, l’Académie des sciences américaine ou l’Imperial College de Londres prônent le développement et le recours massif à cette technologie. Elle fait pourtant l’objet d’un rejet presque systématique et sans réels fondements autres qu’idéologiques de la plupart des mouvements et des partis écologistes. Du coup, les gouvernements s’en détournent. A tort. En fait, son principal défaut est d'ordre moral. Elle permettrait à l’industrie lourde, aux centrales thermiques et aux pétroliers de poursuivre leurs activités. La définition de la transition énergétique est assez simple. Elle consiste à substituer d’autres sources d’énergies qui émettent moins de gaz à effet de serre aux carburants fossiles. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Le reste, c’est de l’idéologie utilisant la transition comme prétexte. Ainsi, la guerre contre l’énergie nucléaire menée par les partis écologistes n’a en fait rien à voir avec la transition et tout avec la raison d’être originelle de ces mêmes partis… Les partis écologistes en Europe sont nés dans les années 1970 pour combattre le nucléaire. Cette source d’énergie étant la moins carbonée de toutes, ce combat originel est devenu contradictoire avec celui contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais peu importe. Il est difficile pour un mouvement politique d’admettre que son fondement idéologique est à jeter aux oubliettes. Cela ne signifie pas que l’énergie nucléaire ne présente pas de nombreux inconvénients et problèmes. Mais pas celui d’émettre des gaz à effet de serre. L'énergie nucléaire est une source à faible teneur en carbone qui a permis d'éviter environ 74 gigatonnes d'émissions de CO2 au cours des 50 dernières années, soit près de deux ans d'émissions mondiales totales liées à l'énergie. Seule l'hydroélectricité a joué un rôle plus important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre au cours de cette période. Comme les centrales nucléaires produisent à la fois de l'électricité et de la chaleur à faible teneur en carbone, elles offrent également des possibilités de décarbonisation des industries à forte intensité énergétique. Par exemple, il est possible de développer la production d'acier, d'hydrogène et de produits chimiques à faible ou à zéro émission de carbone afin de décarboniser les secteurs difficiles à éliminer. L'énergie nucléaire est une option compétitive en termes de coûts pour la production d'électricité dans de nombreuses régions du monde. Des cadres de financement et de marché à faible coût pourraient alléger le poids des investissement initiaux élevés, de l'ordre de 5 à 10 milliards de dollars pour les grandes centrales nucléaires. Les futurs ''microréacteurs'' et SMR** à petite échelle seront probablement plus faciles à financer et permettront une interaction technologique avec les énergies renouvelables variables. L'énergie nucléaire présente des risques spécifiques, tels que les accidents radiologiques et la gestion des déchets radioactifs, qui doivent être correctement anticipés et traités. Certains pays choisissent de ne pas recourir à l'énergie nucléaire parce qu'ils considèrent que les risques d'incidents et d'accidents nucléaires sont inacceptables ou en raison des problèmes liés à l'élimination à long terme des déchets radioactifs. Il en va de même de la confusion entretenue à dessein entre énergies renouvelables et décarbonées. Les sources d’énergies renouvelables émettent aussi des gaz à effet de serre (GES) et parfois dans des quantités non négligeables, à commencer par le solaire. Et elles en émettent aussi indirectement quand elles contraignent à maintenir en permanence des capacités de production électriques fossiles que l’on peut activer quand il n’y a pas de vent ou de soleil. Sinon les réseaux électriques s’effondreraient. Cela ne signifie pas que l’éolien et le solaire ne soient pas utiles à la transition, mais qu’ils présentent de nombreux inconvénients qui font qu’ils sont incapables de répondre à de nombreux besoins des sociétés modernes. Et ils le seront tant qu’il n’existera pas des technologies offrant des capacités de stockage de l’électricité à l’échelle des besoins d’un pays. Pour l'instant, nous en sommes loin.

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Dans les GES on oublie souvent le méthane. Ce puissant gaz à effet de serre, dont la concentration dans l’atmosphère croît plus vite que celle du CO2, est responsable de près de la moitié du réchauffement. Il est utilisé comme carburant ou pour se chauffer (gaz '' naturel''), et d’immenses quantités en sont relâchées par l’élevage, lors de l’extraction gazière ou pétrolière et libérées par la fonte du pergérisol ou permafrost à cause du réchauffement arctique. Alors qu’il produit l’essentiel de ses effets dans les premières années passées dans l’atmosphère, la réduction de ses émissions aurait des effets rapides et majeurs sur le climat. C'est un serpent qui se mord la queue et il nous sera de plus en plus compliqué d'en sortir si rien ne bouge d'une manière radicale. Notre civilisation s'embourbe et s'enfonce dans une crise sans précédent. Les ''collapsologues'' qui prédisent l'effondrement total de la race humaine ne sont finalement pas très loin de la réalité. Les scénarios envisagés sont plus qu'alarmants. Le réchauffement lié à cette accumulation sans précédent de gaz à effet de serre a entraîné une foule de bouleversements déjà largement documentés. Parmi ceux-ci, des événements climatiques extrêmes qui se multiplient et s’intensifient . Des océans qui s’acidifient et sont vidés de leur oxygène , les biosphères qui se déplacent vers les pôles, etc. Parmi les conséquences les plus spectaculaires, l’élévation des températures a entraîné celle du niveau des océans, qui ont grimpé de 20 centimètres depuis 1900. Depuis 1971, cette hausse est due pour moitié (50%) à l’expansion thermique liée au réchauffement de l’eau marine, la fonte des glaciers (22%) et celle des calottes glaciaires (20%). Entre les années 1990 et 2010, le rythme de fonte de ces dernières a été multiplié par quatre. Depuis 2006, la fonte des glaces est devenue le principal facteur d’élévation des océans. Un phénomène qui s’emballe : de +1,3mm par an entre 1901 et 1971, les mers sont montées de 1,9mm entre 1971 et 2006, et enfin de 3,7mm entre 2006 et 2018. Globalement, l'océan de vie se meurt. Le scénario le plus ''idéaliste'' se base sur la soutenabilité et une voie verte vers un développement plus inclusif qui respecte les limites environnementales planétaires et s’articule autour du bien-être des populations et de la réduction des inégalités. La consommation est orientée vers une faible croissance matérielle, une moindre utilisation de ressources et d’énergie, la solidarité et une reconnexion avec la nature. Le scénario d’un développement économique et social élevé basé sur les marchés compétitifs, la compétition entre individus et l’innovation qui nécessite de recourir à d’abondantes ressources en énergies fossiles, correspond au scénario le plus pessimiste. A nous de choisir la voie, nous sommes les maîtres de notre destin. Dans tous les cas, les températures continueront d’augmenter au moins jusqu’aux années 2050. Le scénario le plus optimiste permettrait de contenir le réchauffement à 1,6°C (fourchette de 1,2 à 2°C) d’ici le milieu du siècle, avant d’amorcer, sans certitude, une légère décrue au tournant des années 2100 pour redescendre à 1,4°C (entre 1 et 1,8°C). Le scénario le plus pessimiste prévoit un réchauffement entre 3,3 et 5,7°C, avec une estimation moyenne de +4,4°C. La vie alors disparaîtrait des océans. Le comportement des océans est l’un des sujets cruciaux de ce siècle. Comparé à la période 1995-2014, le niveau des mers pourrait monter de 28 à 55 centimètres dans le scénario le plus optimiste, et attendrait 63 centimètres à 1 mètre dans le scénario à fortes émissions, note le rapport. Pis, en raison de ''profondes incertitudes'' liées au comportement des calottes glaciaires, n’excluons pas un scénario catastrophe, dans lequel l’océan monterait de 2 mètres d’ici 2100 et jusqu’à 5 mètres en 2150. Mettre en œuvre le plus radical des scénarios qui leur sont proposés, ce n’est pas ce que les gouvernements sont en train de faire. Leurs plans climat nous mènent actuellement vers un réchauffement de 3,5°C. Alors choisissons le bon et vite !!!

Jerry J.Pelikan (Captain Blackbone) Blue Ocean Nation / World Citizen Climate Council (WCCC) / Conseil Citoyen Mondial du Climat (CCMC)

*GIEC-Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat est un organisme intergouvernemental ouvert à tous les pays membres de l'Organisation des Nations unies. Il regroupe actuellement 195 États. Wikipédia

**Les petits réacteurs modulaires (en anglais : Small modular reactors, abrégé en SMR) sont une catégorie de réacteurs nucléaires à fission, de taille et puissance plus faibles que celles des réacteurs conventionnels, fabriqués en usine et transportés sur leur site d'implantation pour y être installés. C'est une des solutions nucléaires à petite échelle, servant à produire de l'électricité ou de l'hydrogène pour des sites limités en taille et souvent isolés. On parle alors de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR). Ils représentent une alternative plus économique et écologique aux réacteurs nucléaires conventionnels. Le développement de ces petits réacteurs nucléaires modulaires pourrait par exemple permettre d'offrir de l'électricité décarbonée à des sites géographiquement isolés, tels que certaines îles, des navires ou des bases nautiques, mais aussi d'alimenter en électricité propre des endroits qui, jusqu'alors, profitent d'une énergie produite à base de combustibles fossiles. Ces SMR disposent d'une puissance pouvant varier de 10 à 300 mégawatts.

Tipping Point # 2

Un courant océanique majeur de l'Atlantique se détraque et c'est inquiétant pour le vivant

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Comme je l'ai évoqué récemment dans un billet publié sur ce blog, nous sommes entré dans la limite du supportable en émissions du CO2 et à ne pas dépasser pour rester en vie. Les mesures effectuées au mois d'avril dernier à l'observatoire de Mauna Loi à Hawaii nous alertent sur les dernières évolutions des GES* générant un réchauffement climatique indéniable. Une nouvelle étude parue jeudi 5 août dans la revue Nature Climate Change alerte sur un autre phénomène primordial à notre survie. Il s'agit du courant marin, qui joue un rôle de thermostat au niveau du climat mondial qui est en train de se détraquer. La circulation méridienne de retournement Atlantique dite Amoc, souvent confondue avec le Gulf Stream,  est un ensemble complexe de la circulation de l'eau dans l'océan Atlantique. En fonction de sa salinité, de sa masse, de sa densité ou encore de sa température, l'eau se déplace différemment dans ce vaste système, générant un flux jusqu'alors stable et constant. En transportant d'énormes quantités d'eau de la surface aux profondeurs et inversement, l'Amoc contribue à réguler le climat tel que nous le connaissons.

Mais depuis les années 1960, ce flux s'est considérablement affaibli, atteignant son niveau le plus faible depuis un millénaire et la dégénérescence de sa stabilité est causée par le réchauffement climatique. Cet arrêt progressif aura des conséquences environnementales désastreuses à travers la planète et le point de non-retour risque d'être franchi dans peu d'années à venir. La circulation méridienne de renversement Atlantique est l’un des principaux systèmes de courants océaniques de notre planète. Il transporte les eaux de surface chaudes des Caraïbes vers l’Atlantique nord, et rapatrie l’eau froide dans le sens inverse. Ce tapis roulant géant répartit la chaleur reçue du soleil et influence les climats dans de nombreuses régions du monde. Mais la fonte des glaces au Groenland ou en Arctique brouille ce système de renouvellement au Nord. Les calottes glaciaires apportent de l'eau douce au courant, moins dense que l'eau salée, qui a pour conséquence de ralentir le tapis roulant, sans être la seule raison de ce ralentissement. L'effondrement de l'Amoc constitue ce que les experts du climat appellent un "seuil de rupture" ("tipping point" en anglais), à savoir un moment où le climat basculerait soudainement et de manière irréversible dans un état complètement différent de celui que nous connaissons. Les conséquences de cette bascule seraient en effet immenses. Les températures seraient fortement impactées dans l'hémisphère nord, avec une augmentation du nombre de tempêtes, tandis que le niveau de l'océan Atlantique connaîtrait une forte hausse. Les moussons en Afrique et en Amérique du Sud se déplaceraient, exposant encore davantage de populations à d'importantes sécheresses. Cela provoquerait aussi une perturbation des écosystèmes marins et une baisse de production de tous les produits de la mer ainsi qu'une baisse de l'absorption du CO2, et donc une hausse de la concentration de ce gaz dans l'atmosphère, puis une accélération de la montée de la température sur terre ferme et une hausse de la température des océans. Soit une accélération du changement climatique. Parce qu'il absorbe et stocke la chaleur beaucoup plus efficacement que les terres et l'atmosphère, l'océan s'est considérablement réchauffé au cours des 50 dernières années en raison des émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique, relève Météo France. Or, cela a "des conséquences sur les propriétés et la dynamique de l'océan, sur ses échanges avec l'atmosphère et sur les habitats des écosystèmes marins", note l'institut. Outre cette hausse de la température des océans, l'arrivée massive d'eau douce, plus légère que l'eau salée issue de la fonte des glaces, là aussi causée par le changement climatique, perturbe la circulation des flux marins et provoque une hausse du niveau côtier. Ces résultats soutiennent l'évaluation selon laquelle le déclin de l'Amoc n'est pas seulement une fluctuation ou une réponse linéaire à l'augmentation des températures, mais signifie probablement l'approche d'un seuil critique au-delà duquel le système de circulation pourrait s'effondrer. C'est ce que craignent les scientifiques, le ''point de basculement'', celui de non-retour qui apportera donc des conséquences désastreuses irréversibles. Tout le vivant est concerné par le réchauffement terrestre et océanique.

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Nous disposons depuis une trentaine d'années d'indicateurs de suivi extrêmement précis, rigoureux, qui nous permettent d'avoir du recul sur le déclin d'un certain nombre d'espèces, qu'il s'agisse de mammifères, d'oiseaux, d'insectes ou de plantes. Et le constat est sans appel. Sur environ 2 millions d'espèces décrites et 10 millions supposées, entre 500.000 et 1 million sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies, y compris en Europe a alerté en 2019 la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), l'équivalent de ce qu'est le Giec pour le climat. Les populations d'oiseaux des campagnes françaises, comme les alouettes, perdrix ou tourterelles des bois, ont chuté d'un tiers en quinze ans. Depuis l'époque romaine, seuls 5 % environ des espèces ont réellement disparu, comme le dodo ou le loup de Tasmanie. Alors que lors de chacune des cinq grandes crises de la biodiversité du passé géologique, 80 % des espèces avaient disparu. On pourrait donc se dire que nous sommes loin du compte, que nous avons le temps. Hélas, non, nous n'avons pas le temps, car la crise actuelle est cent à mille fois plus rapide que celles du passé, sa vitesse est inédite. Nous ne savons pas exactement quand les écosystèmes vont basculer, ni vers quels nouveaux équilibres ils basculeraient, car le vivant n'est pas une machine, donc il n'est pas prédictible. On sait qu'il y a des effets de seuil, on sait qu'il ne faut pas les dépasser, mais on ne sait pas où ils sont. On sait que si l'on détruit la moitié ou les trois quarts de la forêt amazonienne, cela bouleversera son équilibre au point qu'elle se transformera en savane, voire en un désert comme celui du Sahara, où plus rien ne pousse, sans retour en arrière possible. Mais on ne sait pas si le point de bascule se situe à la moitié ou aux trois quarts de destruction. Nous sommes encore à l'aube d'une crise majeure, mais les heures défilent très vite et nous devons prendre garde à ne pas dépasser certains seuils. Il est temps d'agir, mais sans perdre un instant. Ne serait-ce que pour notre propre survie. En effet, je n'ai aucune inquiétude pour l'avenir de la vie sur Terre, mais pour celui de l'homme, oui. Il faut bien prendre conscience que nous ne sommes rien sans la biodiversité, sans ce tissu vivant de la planète dont nous faisons d'ailleurs partie. Nous sommes dépendants des services écosystémiques qu'elle nous rend : on ne se nourrit que du vivant, on ne peut pas digérer sans les bactéries intestinales, on respire grâce au plancton et aux végétaux. Nous sommes sur une fenêtre physiologique extrêmement étroite, très adaptée aux conditions de la planète d'aujourd'hui, pas forcément à celles de demain. Si le plancton océanique basculait dans un autre équilibre et cessait de nous fabriquer de l'oxygène, nous aurions moitié moins d'oxygène, ce serait dramatique. Lors des crises du passé, il y a toujours eu des gagnants et des perdants. Et nous risquons de figurer parmi les perdants, puisque nous sommes une espèce fragile, car bien plus complexe qu'une bactérie ou qu'un organisme unicellulaire. Les microbes, eux, s'en sortent toujours, ils mutent et s'adaptent très rapidement, on le voit avec le coronavirus. Outre sa vitesse, l'autre originalité de la crise actuelle, c'est que pour la première fois, une espèce en est la cause, la notre, homo sapiens. Cela nous impose une responsabilité, pour faire évoluer nos comportements. La bonne nouvelle, c'est que nous connaissons les facteurs de pression, puisque c'est nous qui les exerçons : émission des GES provoquant le changement climatique, fragmentation et bétonisation des territoires, pollutions diverses, notamment avec les pesticides, surexploitation des ressources, déplacement d'espèces potentiellement invasives… Autant de facteurs qui s'accumulent et interagissent, mais sur lesquels nous pouvons agir. Individuellement, mais surtout collectivement. La nature est très résiliente, sous réserve que l'on n'ait pas dépassé certains seuils. En 1992 par exemple, on a mis un moratoire sur la pêche à la morue au large de Terre-Neuve, les stocks s'étant effondrés. Aujourd'hui, l'espèce n'est pas éteinte, mais les morues ne sont toujours pas revenues à cet endroit. Le moratoire a été pris trop tard, on avait déjà dépassé le seuil critique au-delà duquel l'écosystème avait basculé dans un autre équilibre. Dans le cas du thon rouge de Méditerranée, le moratoire a été pris à temps, on n'avait pas encore atteint le seuil, et le thon rouge revient. La prise de conscience progresse, mais beaucoup trop lentement. Même si les politiques parlent désormais de biodiversité, qu'ils semblent avoir compris les enjeux, tout ce qu'elle nous apporte, y compris économiquement, ils n'agissent pas vraiment. Si nous convertissons la biodiversité en argent, le Fonds monétaire international estime qu'une seule baleine apporte à la planète un bénéfice de 1,8 million d'euros en piégeant du carbone. La contribution des pollinisateurs est évaluée à 500 milliards d'euros par an, dont 2,3 à 5,3 milliards d'euros chaque année rien qu'en France. Au total, la biosphère offrirait à l'humanité l'équivalent de plusieurs milliers de milliards d'euros par an, via les services écosystémiques. La biodiversité, c'est notre patrimoine. Pour le moment, la sixième extinction n'est pas une fatalité, même si la pendule tourne vite, nous avons le temps de réagir. Nous avons encore notre avenir entre nos mains, il n'est pas trop tard, mais il ne faut surtout pas croire que la technologie nous sauvera. Concernant l'Amoc, c'est une autre histoire. Il est urgent que nous revoyions nos modèles à la lumière de ces observations afin d'estimer dans quelle mesure nous sommes sur le point de franchir ces seuils. 

En attendant, les scientifiques préconisent de lutter contre le phénomène à la source, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES). Nous avons notre avenir climatique entre nos mains, il ne tient qu’à nous de réduire drastiquement nos émissions, rapidement et de façon durable. Chaque tonne émise participe au réchauffement.**

Jerry J.Pelikan (Captain Blackbone) Blue Ocean Nation / World Citizen Climate Council (WCCC) / Conseil Citoyen Mondial du Climat (CCMC)

*Gaz à effet de serre

** Rapport IPCC/GIEC du 9 septembre 2021 Re sume rapport groupe 1 v 1 500 pix

#earthforcefightsquad #pacifistwarriors #guerrierspacifistes #blueoceannation #captainblackbone


 

Tipping Point / Le Point de Bascule et de non-retour

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Des dizaines de disparus dans une coulée de boue due à des pluies torrentielles au Japon, un record de chaleur enregistré sur le continent Antarctique, des températures dantesques enregistrées dans l’ouest du Canada avec des centaines de morts prisonniers d’un dôme de chaleur, incendies ravageurs et ouragans destructeurs… Tout indique que le dérèglement climatique s’accélère. Nous sommes déjà sur la voie du suicide de l’humanité, mais pas d’inquiétude, les gouvernements ont d’autres priorités réelles, telle la gestion de la pandémie mondiale, la reprise de la croissance, la géopolitique, le départ d'Angela Merkel ou encore des élections déjà en vue d'un nouveau/ancien manager général dans moins d'un an en France.Pourquoi refusons-nous de voir le problème et encore moins de le régler de façon significative, alors qu’une jeune suédoise le voit si clairement qu’elle puisse mobiliser des millions d’écoliers pour protester contre une réalité que leurs parents et leurs enseignants refusent de reconnaître?

Pour la première fois dans l’histoire, la concentration de dioxyde de carbone atmosphérique, ou CO2, a été mesurée en avril 2021 à 421,21 PPM (parties par million)* à l’Observatoire Mauna Loa sur la grande île d’Hawaï. Ce nouveau record enregistré est donc un sinistre rappel de la réalité de l’avancée de la crise climatique, malgré une baisse spectaculaire des émissions de CO2 permises par les restrictions sanitaires dues à la pandémie. C’est une étape déconcertante dans le réchauffement de la planète induit par l’homme. En effet, pour limiter l’élévation de la température moyenne à +2°C, nous devons absolument rester sous le seuil de 450 ppm de concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que la concentration de CO2 dépasse 420 ppm, un niveau 50 % plus élevé que celui d’avant la révolution industrielle, donc à mi-chemin vers le doublement des niveaux de CO2 préindustriels. Le rythme du changement climatique évoqué dans le dernier rapport du GIEC montre que l’humanité est sur la voie ''suicidaire'', prévient le dirigeant de l’ONU Antonio Guterres. La station culminant à 4170 mètres d'altitude au sommet d’un volcan surveille continuellement les conditions météorologiques et la chimie de l’atmosphère depuis les années 1950. Son emplacement lui permet de prélever des échantillons de l’air les plus purs disponible, fournissant aux scientifiques une représentation intacte de façon dont les humains influencent irréversiblement le climat. Lorsque cette station a commencé à recueillir des mesures de CO2 à la fin des années 1950, la concentration atmosphérique de CO2 se situait autour de 315 ppm. Récemment donc, cette moyenne quotidienne était mesurée à 421,21 ppm. C'est la première fois dans l’histoire de l’humanité que ce nombre était si élevé. Auparavant, il n’avait jamais dépassé 420 ppm. Les émissions de dioxyde de carbone sont dus en particulier à la production de l'énergie, aux transports et à l’industrie. Cette augmentation des concentrations de CO2 s’explique par des émissions de gaz à effet de serre qui sont restées relativement élevées, mais aussi d’une plus faible dynamique des sols et forêts comme puits de carbone terrestre. Le constat des scientifiques qui ont travaillé sur le sujet est sans appel: le niveau de CO2 atmosphérique, et par conséquent le climat mondial, ne se stabilisera que lorsque les émissions mondiales de CO2 seront proches de zéro. 
 À eux seuls, les États-Unis par exemple, émettent plus de 5 milliards de tonnes de CO2 par année, soit 13,2 millions de Boeings 747 volants à pleine charge. Environ la moitié du CO2 émis reste dans l’atmosphère et provoque ainsi son réchauffement, tandis que plus d'un quart est absorbé dans les océans où il acidifie l’eau et perturbe les écosystèmes marins. Mais ne vous attendez pas à des véritables mesures politiques ou économiques prises par les dirigeants mondiaux qui font face à d’énormes pressions internationales, politiques et économiques qui prendront des années à être surmontées. Aussi à la folie du déni du changement climatique qui continue à couver dans une grande partie de la population mondiale. Il est particulièrement inquiétant d'avoir dépassé ce seuil d'une concentration de 420 ppm. Cela signifie que nous touchons le point de bascule entre les niveaux de CO2 préindustriels, environ 278 ppm, et un doublement de ce chiffre, ou 556 ppm. Le record de 421 ppm atteint n’est qu’un seul point pour l'instant et s’est produit alors que les niveaux de CO2 approchent de leur sommet annuel. Mais les niveaux des derniers mois, soit plus de 417 ppm, indiquent que la concentration moyenne annuelle devrait dépasser 416 ppm. Bien qu’il n’ait aucun impact physique, on peut néanmoins considérer qu’il s’agit d’une étape marquante qui met en évidence à quel point les humains ont déjà modifié la composition de l’atmosphère mondiale et augmenté la quantité d’un gaz qui réchauffe le climat planétaire. Le doublement hypothétique du CO2 atmosphérique, qui est probable d’ici 2060 est lié à un réchauffement prévu de trois degrés ou plus de la planète. Une étude publiée l’année dernière a révélé que le doublement des niveaux de CO2 conduirait probablement à une hausse de température entre 2,3 et 4,5 degrés Celsius, excluant les scénarios de réchauffement plus modestes. Même si les émissions de gaz à effet de serre devaient chuter du jour au lendemain, la planète continuerait de se réchauffer pendant des années. Il va alors falloir être patient avant de sentir l’effet de la réduction des émissions de GES à cause de l’importante force d’inertie du système climatique. Chaque demi-degré compte. Chaque émission de gaz à effet de serre compte. Chaque être vivant compte. C’est ça, l’urgence écologique et climatique. Tant que l’on n'aura pas atteint ce qu'on appelle la neutralité carbone, c'est-à-dire le zéro émission de gaz à effet de serre, on sera dans une situation où les choses iront toujours en empirant !

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Alors quel genre de monde aurons-nous en 2050, un siècle après ma naissance ? Comment sera celui de mes petits enfants ? L’avenir a toujours été incertain, mais pas à ce point. Aucune autre génération n’a jamais eu à affronter le spectre de l’extinction humaine mondiale. L’année de ma naissance, la population de la planète était d’environ 3 milliards d’individus. D’ici 2050, la démographie dépassera largement les 8 milliards et ce dans un monde où les ressources seront largement épuisées et où séviront la sécheresse, les inondations, les tempêtes plus violentes, la famine, les nouveaux virus zoonotiques émergents et les nouveaux agents pathogènes issus de la fonte du permafrost. Il n’y aura plus d’industrie de la pêche parce qu’il n’y aura pas de poisson. Les forêts seront considérablement appauvries et, surtout, le phytoplancton, qui fournit jusqu’à 70% d’oxygène à l’air que nous respirons et qui a déjà diminué de 40 % depuis 1950, continuera à décroitre. Si la masse océaniques mondiale de phytoplancton s’effondre, l’humanité suivra. Avec la mort de l’océan vient la mort de l’humanité. Ce futur dystopique est une vision difficile à comprendre et elle ne sera pas résolue par la technologie ni par la fuite vers Mars ou des planètes artificielles. Nous n'aurons plus de temps. Il y a trente ans déjà, l'impact potentiellement perturbateur des émissions carbone produites par la combustion fossile et la déforestation agressive qui commençait faisait la une des journaux. Plusieurs reportages se sont succédé au fil des années, y compris un article remarquablement clair publié en 1956 par le New York Times qui indiquait comment l'accumulation des émissions de gaz à effet de serre lié à la production d'énergie entraînerait des changements environnementaux durables. Dans sa conclusion, l'article prévoyait ce qui est devenu le principal obstacle à la lutte contre les émissions nocives: l'abondance des combustibles fossiles. ''Le charbon et le pétrole sont encore abondants et bon marché dans de nombreuses parties du monde, et il y a tout lieu de croire que les deux seront consommés par l'industrie aussi longtemps que cela sera rentable.'' Cet avertissement n'est aujourd'hui que trop familier. Les scientifiques, les écologistes et certains politiciens ont fait des déclarations semblables à plein reprises. Leurs mises en garde n'ont pas empêché les émissions d'augmenter. Glen Peters, un scientifique du Centre pour la recherche internationale sur le climat à Oslo, en Norvège, a relevé la hausse du niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère à partir de 1870 et a constaté que près de la moitié de cette augmentation provenait de l'activité humaine ces 30 dernières années. La recherche menée par un éventail de scientifiques et de chercheurs appuie une conclusion décourageante: le changement climatique ne ressemble à aucun problème environnemental auquel nous ayons déjà été confrontés. Nous ne pouvons pas le ''réparer'' comme nous avons commencé à résoudre le problème du trou dans la couche d'ozone, avec des règlements et des traités circonscrits et des changements technologiques limités. Le changement climatique est trop important dans l'espace et le temps. Les émissions qui en sont la cause sont une conséquence trop centrale de l'effort qui devrait être consenti par plus de 7,5 milliards d'êtres humains, et près de 10 milliards dans quelques décennies, pour prospérer sur Terre. En fait, la solution aux menaces auxquelles nous sommes confrontés actuellement est pratiquement impossible à résoudre. Je crois cependant que la réponse à un problème impossible est de trouver la solution impossible et cela ne peut se faire que par notre amour passionné pour notre planète, pour la vie et la nature, par nos vertus de courage, de l’imagination et de persévérance. Nous ne pouvons pas attendre que nos gouvernements agissent. Les citoyens et la société civile doivent les forcer à agir et nous devons montrer la voie par l’exemple et l’initiative. La crise climatique est un défi immense, au même titre que la lutte contre le cancer ou la pauvreté, auxquelles les gens dédient toute une vie, avec un mélange d'urgence, de persévérance et de patience. Le changement de perspective est troublant, il sera forcément impopulaire mais aussi libérateur: cela signifie que toute personne motivée et persévérante peut et doit faire la différence, que ce soit en tant qu'enseignant ou ingénieur, artiste ou investisseur, ou simplement en tant que citoyen engagé. Il n’y a pas à stresser ou à s’inquiéter de l’avenir. Il est dépendant de nos actions au présent. L’avenir sera ce que nous créons aujourd'hui et ce que nous voulons qu’il soit. Tout dépend de notre capacité à penser et agir de manière responsable pour s'adapter à une nouvelle réalité: la nôtre. Je suis particulièrement encouragé de voir les actions de tant de jeunes à travers le monde qui comprennent que la politique et l’économie ne sont plus leurs priorités, mais plutôt la lutte pour la survie de la diversité et de l’interdépendance qui sont une préoccupation première. Continuons de sensibiliser la jeune génération, qui risque fort de se retrouver confrontée à des situations climatiques encore plus dramatiques que celles que nous avons aujourd'hui. L'éducation est le mot clé de notre survie. L'enseignement et l'infiltration des politiques et des institutions en place. Il ne faut pas tarder car le temps nous presse, une fois dépassé le ''point de bascule'', la situation deviendra irréversible.

Je fais partie d'une génération d'après la grande guerre, celle du baby boom, faite de richesse et de liberté que l’humanité ait jamais connue auparavant. Cette richesse matérielle et cette liberté ne reviendront pas et les jeunes le savent intuitivement. Ils savent que leur avenir est incertain, mais ils savent aussi que ce seront leurs voix et leurs actions qui définiront cet avenir. Lorsque l’ignorance et l’arrogance ne peuvent être surmontées, un choc est nécessaire pour qu'un changement radical puisse nous permettre, ainsi qu'à toute la vie sur cette planète, de s’adapter et de survivre. Les réponses se trouvent dans la connaissance biocentrique indigène et dans nos propres capacités à transformer par l’imagination et l’action le paradigme destructeur actuel en une nouvelle philosophie, comprendre que nous devons vivre en harmonie au sein de nos écosystèmes et nous devons le faire en respectant la diversité et l’interdépendance tout en prenant en compte qu’il y a des limites aux ressources et à la croissance. Je suis convaincu que nous avons la capacité de le faire, mais plus important encore, il n’y a pas d’autre choix si nous voulons prévenir l’écocide et le suicide de l’humanité. Avec tous les bouleversements actuels et programmés je suppose que nous le verrons bientôt !

Jerry J.Pelikan (Captain Blackbone)

World Citizen Climate Council (WCCC) / Conseil Citoyen Mondial du Climat (CCMC) / Blue Ocean Nation

*Ce nom un peu technique désigne le nombre de molécules de dioxyde de carbone considéré par million de molécules d’air, et sa mesure est un élément crucial pour nous donner une idée plus précise des dégâts.

When Whales and Humans Talk

Arctic people have been communicating with cetaceans for centuries—and scientists are finally taking note.

by Krista Langlois

Harry Brower Sr. was lying in a hospital bed in Anchorage, Alaska, close to death, when he was visited by a baby whale.

Although Brower’s body remained in Anchorage, the young bowhead took him more than 1,000 kilometers north to Barrow (now Utqiaġvik), where Brower’s family lived. They traveled together through the town and past the indistinct edge where the tundra gives way to the Arctic Ocean. There, in the ice-blue underwater world, Brower saw Iñupiat hunters in a sealskin boat closing in on the calf’s mother.

Brower felt the shuddering harpoon enter the whale’s body. He looked at the faces of the men in the umiak, including those of his own sons. When he awoke in his hospital bed as if from a trance, he knew precisely which man had made the kill, how the whale had died, and whose ice cellar the meat was stored in. He turned out to be right on all three counts.

Brower lived six years after the episode, dying in 1992 at the age of 67. In his final years, he discussed what he had witnessed with Christian ministers and Utqiaġvik’s whaling captains. The conversations ultimately led him to hand down new rules to govern hunting female whales with offspring, meant to communicate respect to whales and signal that people were aware of their feelings and needs. “[The whale] talked to me,” Brower recalls in a collection of his stories, The Whales, They Give Themselves. “He told me all the stories about where they had all this trouble out there on the ice.”

Not long ago, non-Indigenous scientists might have dismissed Brower’s experience as a dream or the inchoate ramblings of a sick man. But he and other Iñupiat are part of a deep history of Arctic and subarctic peoples who believe humans and whales can talk and share a reciprocal relationship that goes far beyond that of predator and prey. Today, as Western scientists try to better understand Indigenous peoples’ relationships with animals—as well as animals’ own capacity for thoughts and feelings—such beliefs are gaining wider recognition, giving archaeologists a better understanding of ancient northern cultures.

“If you start looking at the relationship between humans and animals from the perspective that Indigenous people themselves may have had, it reveals a rich new universe,” says Matthew Betts, an archaeologist with the Canadian Museum of History who studies Paleo-Eskimo cultures in the Canadian Arctic. “What a beautiful way to view the world.”

It’s not clear exactly when people developed the technology that allowed them to begin hunting whales, but scholars generally believe Arctic whaling developed off the coast of Alaska sometime between 600 and 800 CE. For thousands of years before then, Arctic people survived by hunting seals, caribou, and walruses at the edge of the sea ice.

One such group, the Dorset—known in Inuit oral tradition as the Tunit—were rumored to have been so strong the men could outrun caribou and drag a 1,700-kilogram walrus across the ice. The women were said to have fermented raw seal meat against the warmth of their skin, leaving it in their pants for days at a time. But despite their legendary survival skills, the Tunit died out 1,000 years ago.

An Inuit hunter sits on a whale that’s been hauled to shore for butchering in Point Hope, Alaska, in 1900. Photo by Hulton Deutsch/Getty Images

An Inuit hunter sits on a whale that’s been hauled to shore for butchering in Point Hope, Alaska, in 1900. Photo by Hulton Deutsch/Getty Images

One theory for their mysterious disappearance is that they were outcompeted by people who had begun to move east into the Canadian Arctic—migrants from Alaska who brought sealskin boats allowing them to push off from shore and hunt whales. Each spring, bowhead whales weighing up to 54,000 kilograms pass through the leads of water that open into the sea ice, and with skill and luck, the ancestors of today’s Inuit and Iñupiat people could spear a cetacean as it surfaced to breathe.

The advent of whaling changed the North. For the first time, hunters could bring in enough meat to feed an entire village. Permanent settlements began springing up in places like Utqiaġvik that were reliably visited by bowheads—places still inhabited today. Social organizations shifted as successful whale hunters amassed wealth, became captains, and positioned themselves at the top of a developing social hierarchy. Before long, the whale hunt became the center of cultural, spiritual, and day-to-day life, and whales the cornerstone of many Arctic and subarctic cosmologies.

When agricultural Europeans began visiting and writing about the North in the 10th century, they were mesmerized by Aboriginal peoples’ relationships with whales. Medieval literature depicted the Arctic as a land of malevolent “monstrous fishes” and people who could summon them to shore through magical powers and mumbled spells. Even as explorers and missionaries brought back straightforward accounts of how individual whaling cultures went about hunting, butchering, and sharing a whale, it was hard to shake the sense of mysticism. In 1938, American anthropologist Margaret Lantis analyzed these scattered ethnographic accounts and concluded that Iñupiat, Inuit, and other northern peoples belonged to a circumpolar “whale cult.”

Lantis found evidence of this in widespread taboos and rituals meant to cement the relationship between people and whales. In many places, a recently killed whale was given a drink of fresh water, a meal, and even traveling bags to ensure a safe journey back to its spiritual home. Individual whalers had their own songs to call the whales to them. Sometimes shamans performed religious ceremonies inside circles made of whale bones. Stashes of whaling amulets—an ambiguous word used to describe everything from carved, jewelry-like charms to feathers or skulls—were passed from father to son in whaling families.

To non-Indigenous observers, it was all so mysterious. So unknowable. And for archaeologists and biologists especially, it was at odds with Western scientific values, which prohibited anything that smacked of anthropomorphism.

A whaler waits for the bowhead whales from shore in Utqiaġvik, Alaska, during whaling season in the Chukchi Sea. Photo by Steven J. Kazlowski/Alamy Stock Photo

A whaler waits for the bowhead whales from shore in Utqiaġvik, Alaska, during whaling season in the Chukchi Sea. Photo by Steven J. Kazlowski/Alamy Stock Photo

In archaeology, such attitudes have limited our understanding of Arctic prehistory, says Erica Hill, a zooarchaeologist with the University of Alaska Southeast. Whaling amulets and bone circles were written off as ritualistic or supernatural with little exploration of what they actually meant to the people who created them. Instead, archaeologists who studied animal artifacts often focused on the tangible information they revealed about what ancient people ate, how many calories they consumed, and how they survived.

Hill is part of a burgeoning branch of archaeology that uses ethnographic accounts and oral histories to re-examine animal artifacts with fresh eyes—and interpret the past in new, non-Western ways. “I’m interested in this as part of our prehistory as humans,” Hill says, “but also in what it tells us about alternative ways of being.”

The idea that Indigenous people have spiritual relationships with animals is so well established in popular culture it’s cliché. Yet constricted by Western science and culture, few archaeologists have examined the record of human history with the perspective that animals feel emotions and can express those emotions to humans.

Hill’s interest in doing so was piqued in 2007, when she was excavating in Chukotka, Russia, just across the Bering Strait from Alaska. The site was estimated to be 1,000 to 2,000 years old, predating the dawn of whaling in the region, and was situated at the top of a large hill. As her team dug through the tundra, they uncovered six or seven intact walrus skulls deliberately arranged in a circle.

Like many archaeologists, Hill had been taught that ancient humans in harsh northern climates conserved calories and rarely expended energy doing things with no direct physical benefit. That people were hauling walrus skulls to a hilltop where there were plenty of similar-sized rocks for building seemed strange. “If you’ve ever picked up a walrus skull, they’re really, really heavy,” Hill says. So she started wondering: did the skulls serve a purpose that wasn’t strictly practical that justified the effort of carrying them uphill?

When Hill returned home, she began looking for other cases of “people doing funky stuff” with animal remains. There was no shortage of examples: shrines packed with sheep skulls, ceremonial burials of wolves and dogs, walrus-skull rings on both sides of the Bering Strait. To Hill, though, some of the most compelling artifacts came from whaling cultures.

Museum collections across North America, for instance, include a dazzling array of objects categorized as whaling amulets. From this grab bag, Hill identified 20 carved wooden objects. Many served as the seats of whaling boats. In the Iñupiaq language, they’re called either iktuġat or aqutim aksivautana, depending on dialect.

One in particular stands out. Hill was looking for Alaskan artifacts in a massive climate-controlled warehouse belonging to Smithsonian’s National Museum of Natural History in Washington, DC. The artifacts were housed in hundreds of floor-to-ceiling drawers, row after row of them, with little indication of what was inside. She pulled open one drawer and there it was—the perfect likeness of a bowhead whale staring back at her.

The object, likely from the late 19th century, probably functioned as a crosspiece. It was hewn from a hunk of driftwood into a crescent shape 21 centimeters long. Carved on one side was a bowhead, looking as it would look if you were gazing down on a whale from above, perhaps from a raven’s-eye perspective. A precious bead of obsidian was embedded in the blowhole. “It’s so elegant and simple but so completely whale,” Hill says. “It’s this perfect balance of minimalism and form.”

Sometime in the late 19th century, an Iñupiat carver fashioned this seat for an umiak out of driftwood, carving the likeness of a bowhead whale, its blowhole symbolized with a piece of obsidian. Photo by Department of Anthropology, Smithsonian Institute (Cat. A347918)

Sometime in the late 19th century, an Iñupiaq carver fashioned this amulet for an umiak out of driftwood, carving the likeness of a bowhead whale, its blowhole symbolized with a piece of obsidian. As with other whaling amulets Erica Hill has examined, this object may have also functioned as part of the boat’s structure. Photo by Department of Anthropology, Smithsonian Institute (Cat. A347918)

Using Iñupiat oral histories and ethnographies recorded in the 19th and 20th centuries, Hill now knows that such amulets were meant to be placed in a boat with the likeness of the whale facing down, toward the ocean. The meticulously rendered art was thus meant not for humans, but for whales—to flatter them, Hill says, and call them to the hunters. “The idea is that the whale will be attracted to its own likeness, so obviously you want to depict the whale in the most positive way possible,” she explains.

Yupik stories from St. Lawrence Island tell of whales who might spend an hour swimming directly under an umiak, positioning themselves so they could check out the carvings and the men occupying the boat. If the umiak was clean, the carvings beautiful, and the men respectful, the whale might reposition itself to be harpooned. If the art portrayed the whale in an unflattering light or the boat was dirty, it indicated that the hunters were lazy and wouldn’t treat the whale’s body properly. Then the whale might swim away.

In “Sounding a Sea-Change: Acoustic Ecology and Arctic Ocean Governance” published in Thinking with Water, Shirley Roburn quotes Point Hope, Alaska, resident Kirk Oviok: “Like my aunt said, the whales have ears and are more like people,” he says. “The first batch of whales seen would show up to check which ones in the whaling crew would be more hospitable. … Then the whales would come back to their pack and tell them about the situation.”

The belief that whales have agency and can communicate their needs to people isn’t unique to the Arctic. Farther south, on Washington’s Olympic Peninsula and British Columbia’s Vancouver Island, Makah and Nuu-chah-nulth whalers observed eight months of rituals meant to communicate respect in the mysterious language of whales. They bathed in special pools, prayed, spoke quietly, and avoided startling movements that might offend whales. Right before the hunt, the whalers sang a song asking the whale to give itself.

In Makah and Nuu-chah-nulth belief, as in many Arctic cultures, whales weren’t just taken—they willingly gave themselves to human communities. A whale that offered its body wasn’t sentencing itself to death. It was choosing to be killed by hunters who had demonstrated, through good behavior and careful adherence to rituals, that they would treat its remains in a way that would allow it to be reborn. Yupik tradition, for example, holds that beluga whales once lived on land and long to return to terra firma. In exchange for offering itself to a Yupik community, a beluga expected to have its bones given the ritualistic treatment that would allow it to complete this transition and return to land, perhaps as one of the wolves that would gnaw on the whale’s bones.

According to Hill, many of the objects aiding this reciprocity—vessels used to offer whales a drink of fresh water, amulets that hunters used to negotiate relationships with animal spirits—weren’t just reserved for shamanistic ceremonies. They were part of everyday life; the physical manifestation of an ongoing, daily dialogue between the human and animal worlds.

While Westerners domesticated and eventually industrialized the animals we eat—and thus came to view them as dumb and inferior—Arctic cultures saw whale hunting as a match between equals. Bipedal humans with rudimentary technology faced off against animals as much as 1,000 times their size that were emotional, thoughtful, and influenced by the same social expectations that governed human communities. In fact, whales were thought to live in an underwater society paralleling that above the sea.

a bowhead whale swimming amid multi-layer sea ice

It’s difficult to assess populations of animals that swim under the ice, far from view, like bowhead whales. But experienced Iñupiat whalers are good at it. Photo by Steven Kazlowski/Minden Pictures

Throughout history, similar beliefs have guided other human-animal relationships, especially in hunter-gatherer cultures that shared their environment with big, potentially dangerous animals. Carvings left behind by the Tunit, for example, suggest a belief that polar bears possessed a kind of personhood allowing them to communicate with humans; while some Inuit believed walruses could listen to humans talking about them and react accordingly.

Whether or not those beliefs are demonstrably true, says Hill, they “make room for animal intelligence and feelings and agency in ways that our traditional scientific thinking has not.”

Today, as archaeologists like Hill and Matthew Betts shift their interpretation of the past to better reflect Indigenous worldviews, biologists too are shedding new light on whale behavior and biology that seems to confirm the traits Indigenous people have attributed to whales for more than 1,000 years. Among them is Hal Whitehead, a professor at Dalhousie University in Nova Scotia who argues that cetaceans have their own culture—a word typically reserved for human societies.

By this definition, culture is social learning that’s passed down from one generation to the next. Whitehead finds evidence for his theory in numerous recent studies, including one that shows bowhead whales in the North Pacific, off the Alaskan coast, and in the Atlantic Ocean near Greenland sing different songs, the way human groups might have different styles of music or linguistic dialects. Similarly, pods of resident killer whales living in the waters off south Vancouver Island greet each other with different behaviors than killer whales living off north Vancouver Island, despite the fact that the groups are genetically almost identical and have overlapping territories.

Plus, calves spend years with their mothers, developing the strong mother-offspring bonds that serve to transfer cultural information, and bowhead whales live long enough to accumulate the kind of environmental knowledge that would be beneficial to pass on to younger generations. We know this largely because of a harpoon tip that was found embedded in a bowhead in northern Alaska in 2007. This particular harpoon was only manufactured between 1879 and 1885 and wasn’t used for long after, meaning that the whale had sustained its injury at least 117 years before it finally died.

Other beliefs, too, are proving less farfetched than they once sounded. For years, scientists believed whales couldn’t smell, despite the fact that Iñupiat hunters claimed the smell of woodsmoke would drive a whale away from their camp. Eventually, a Dutch scientist dissecting whale skulls proved the animals did, indeed, have the capacity to smell. Even the Yupik belief that beluga whales were once land-dwelling creatures is rooted in reality: some 50 million years ago, the ancestor of modern-day whales walked on land. As if recalling this, whale fetuses briefly develop legs before losing them again.

An Inuit hunter sits on a whale that’s been hauled to shore for butchering in Point Hope, Alaska, in 1900. Photo by Hulton Deutsch/Getty Images

Inuit hunters in Utqiaġvik, Alaska, paddle an umiak after a bowhead whale. Photo by Galen Rowell/Getty Images

None of this suggests that whales freely give themselves to humans. But once you understand the biological and intellectual capabilities of whales—as whaling cultures surely did—it’s less of a leap to conclude that cetaceans live in their own underwater society, and can communicate their needs and wishes to humans willing to listen.

With the dawn of the 20th century and the encroachment of Euro-Americans into the North, Indigenous whaling changed drastically. Whaling in the Makah and Nuu-chah-nulth Nations essentially ended in the 1920s after commercial whalers hunted the gray whale to near extinction. In Chukotka, Russian authorities in the 1950s replaced community-based whaling with state-run whaling.

Even the whaling strongholds of Alaska’s Iñupiat villages weren’t immune. In the 1970s, the International Whaling Commission ordered a halt to subsistence bowhead whaling because US government scientists feared there were just 1,300 of the animals left. Harry Brower Sr. and other whaling captains who’d amassed lifetimes of knowledge knew that figure was wrong.

But unlike other whaling cultures, Iñupiat whalers had the means to fight back, thanks to taxes they had collected from a nearby oil boom. With the money, communities hired Western-trained scientists to corroborate traditional knowledge. The scientists developed a new methodology that used hydrophones to count bowhead whales beneath the ice, rather than extrapolating the population based on a count of the visible bowheads passing by a single, ice-free locale. Their findings proved bowheads were far more numerous than the government had previously thought, and subsistence whaling was allowed to continue.

Elsewhere, too, whaling traditions have slowly come back to life. In 1999, the Makah harvested their first whale in over 70 years. The Chukchi were allowed to hunt again in the 1990s.

Yet few modern men knew whales as intimately as Brower. Although he eschewed some traditions—he said he never wanted his own whaling song to call a harpooned whale to the umiak, for example—Brower had other ways of communicating with whales. He believed that whales listened, and that if a whaler was selfish or disrespectful, whales would avoid him. He believed that the natural world was alive with animals’ spirits, and that the inexplicable connection he’d felt with whales could only be explained by the presence of such spirits.

And he believed that in 1986, a baby whale visited him in an Anchorage hospital to show him how future generations could maintain the centuries-long relationship between humans and whales. Before he died, he told his biographer Karen Brewster that although he believed in a Christian heaven, he personally thought he would go elsewhere. “I’m going to go join the whales,” he said. “That’s the best place, I think. … You could feed all the people for the last time.”

Perhaps Brower did become a whale and feed his people one last time. Or perhaps, through his deep understanding of whale biology and behavior, he passed down the knowledge that enabled his people to feed themselves for generations to come. Today, the spring whaling deadline he proposed based on his conversation with the baby whale is still largely observed, and bowhead whales continue to sustain Iñupiat communities, both physically and culturally.

Correction: This article has been updated to clarify the original purpose of the whaling amulet that caught Erica Hill’s attention in the Smithsonian warehouse.

 

Do you know "Flake Fish" ?

Flake shark

Have you seen flake on the chalkboard at your local fish and chip shop in Australia but never really known what it is? Generally speaking, flake refers to several species of shark. 

What is flake fish? 

The name ‘flake’ refers to two species of gummy shark according to the Australian Fish Name Standard - the gummy shark from Australia (gummy shark) and the rig shark from New Zealand. The Australian Sustainable Seafood Guide explains that, “as the standard is not currently legally binding, shark meat from other species is also termed ‘flake’.“ This is where things get a little bit murky because people can’t identify which variety of shark they’re selling consumers. 

In 2015, an investigation by Greenpeace found that out of 23 Melbourne takeaway venues, seven of nine stores who thought they were selling gummy shark were actually selling school shark. And of the other 14 stores who advertised the fish as “flake” DNA testing revealed that seven were gummy shark, four school shark and two were rig sharks. This is why we’re seeing calls for better labelling systems.

Common names accepted for commercial use for shark:

Huss

Dogfish

Rock eel

Rigg

Flake 

Rock salmon are all common names for certain species of shark. 

Source: Department for Environment, Food and Rural Affairs (Defra)

Risks

Fish in particular flake contains high levels of mercury which is why its intake is often limited as it can have negative effects on the nervous system. For the general population, the FSANZ recommends that shark (and other specific fish like broadbill, marlin and swordfish) is eaten no more than once a week. For pregnant women, women planning pregnancy and young children it is recommended that they should not eat flake “no more than once a fortnight and should not eat any other fish during that fortnight.”

Alternatives

If you’re looking for an alternative to shark, try swordfish steaks and if you’re looking for a milder option opt for a white-fleshed fish like cod.

#earthforcefightsquad #pacifistwarriors

Nouveau partenariat

Earthforce FS / CWI (antenne caribéenne) vient d'établir un partenariat avec Aventure Cétacés nous permettant de réaliser des sorties d'observation en mer en Côte Sous le Vent. Cette science participative incitera nos bénévoles à s'investir plus ainsi que d'approfondir leurs connaissances sur la vingtaine d'espèces de mammifères marins qui évoluent dans la mer des caraïbes dont les plus connues sont les baleines à bosse, les cachalots, plusieurs espèces de dauphins, les globicéphales et les orques. Merci de nous accueillir à bord de leur embarcation au départ de Malendure face à la Réserve Marine Cousteau.

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Le lien vers leur site => https://aventurecetaces.com

Le coût des catastrophes naturelles en 2020

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Les dix catastrophes météo les plus coûteuses de 2020 ont presque atteint les 150 milliards de dollars de dommages assurés, un chiffre plus important qu'en 2019 qui reflète l'impact grandissant du réchauffement climatique, selon une ONG britannique.

Ces dix catastrophes ont fait également 3.500 morts et ont déplacé plus de 13,5 millions de personnes, selon le rapport annuel de Christian Aid. Des méga-feux qui ont ravagé l'Australie aux ouragans en série dans les Caraïbes, le véritable coût des événements climatiques extrêmes de 2020, renforcés par le réchauffement, est en réalité bien plus élevé, la plupart des dommages n'étant pas assurés, insiste l'ONG.Et sans surprise, les pays pauvres ont payé le prix le plus lourd, avec seulement 4% des pertes économiques causées par les événements météo extrêmes assurées, contre 60% dans les pays riches, selon le rapport qui cite une récente étude publiée dans The Lancet.

Les catastrophes météo ravageaient bien sûr la planète avant l'entrée en scène des dérèglements climatiques provoqués par l'Homme, mais la hausse de la température d'au moins 1,1°C depuis le début de l'ère industrielle augmente leur fréquence et leurs impacts. "Que ce soit les inondations en Asie, les sauterelles en Afrique ou les tempêtes en Europe et en Amérique, le changement climatique a continué à faire rage en 2020", a commenté Kat Kramer, responsable climat de Christian Aid. Cinq des plus coûteuses catastrophes de 2020 étaient liées à une mousson particulièrement importante en Asie. "Les inondations de 2020 ont été parmi les pires de l'Histoire au Bangladesh, avec plus d'un quart du pays sous l'eau", a commenté Shahjahan Mondal, climatologue à l'université d'ingénierie et de technologie du Bangladesh. D'autre part, un grand nombre de ces catastrophes ont causé des dégâts d'au moins 5 milliards de dollars, comme le cyclone Amphan dans le golfe du Bengale en mai, les incendies de l'ouest des Etats-Unis pendant l'été et l'automne, ou ceux qui ont ravagé l'Australie en janvier. La saison record pour les ouragans de l'Atlantique, avec une série sans précédent de 30 tempêtes suffisamment puissantes pour être nommées, a elle provoqué au moins 400 morts et 41 milliards de dollars de dégâts aux Etats-Unis, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, selon Christian Aid. Parmi les dommages les plus importants de cette année 2020, l'ONG note aussi deux tempêtes qui ont balayé l'Europe causant un total de 5,9 milliards de dollars de dommages: Ciara au Royaume-Uni et en Irlande en février, et Alex en France et en Italie en octobre. L'augmentation des catastrophes climatiques correspond aux prévisions des scientifiques. Et les progrès ces dernières années de la science dite "d'attribution" permet désormais d'évaluer combien de fois est plus probable un événement particulier en raison du réchauffement.

L'accord de Paris sur le climat prévoyait de limiter le réchauffement bien en dessous de 2°C, si possible 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, mais les engagements de réduction de gaz à effet de serre des Etats sont toujours insuffisants pour atteindre ces objectifs. Nous y sommes déjà...

Sources: AFP / Christian Aid => https://www.christianaid.org.uk/resources/our-work/counting-cost-2020-year-climate-breakdown

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Un océan vivant

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Ce genre de bateau usine tel ici le Scombrus (photo) baptisé en grande pompe le 25 septembre dernier à Concarneau en présence des autorités dont la ministre de la mer, sont ravageurs pour les écosystèmes océaniques et la pêche artisanale. Il y a quatre millions de bateaux de pêche dans les océans dont 40 % d’entre eux ont une pratique illégale. La surpêche en nombre détruit les populations de poissons, rejette à l'eau toute espèce qui n'est pas rentable et fait des victimes collatérales prises accidentellement dans les filets, requins et dauphins. Il faudrait mettre en place d'urgence une réglementation européenne et mondiale pour limiter les dégâts avant que les mers et les océans ne soient entièrement vidés de leurs ressources et les fonds marins détruits. Une gestion halieutique intelligente s'impose si nous voulons garder un milieu marin abondant de vie et en bonne santé pour le bien de l'humanité !

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Le "Scombrus" est un chalutier pélagique de 81 mètres appartenant à la compagnie France Pélagique qui est une filiale française du géant néerlandais Cornelis Vrolijk, dont l’empire tentaculaire étend son emprise bien au-delà de l’Europe, de la France au Nigéria, en passant par le Royaume-Uni. Outre son amour inconsidéré pour les chalutiers géants de plus de 80m - et jusqu’à près de 130m de long - Cornelis Vrolijk est également l’un des puissants promoteurs de la pêche électrique.

Six milliards de plus pour piller les océans… Une victoire de plus pour les lobbies

  • Par
  • Le 09/02/2020
  • Dans News

Le 12 novembre 2019, la Commission européenne de la Pêche a voté l’ouverture de nouvelles négociations qui vont conduire, entre 2021 et 2027, à accorder des subventions supplémentaires de 6 milliards d’euros à l’industrie de la pêche.

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Alors que le monde entier s’alarme de la dévastation des océans, le Parlement européen a validé au mois de novembre de l'année dernière un nouveau projet de financement public de l’industrie de la pêche, à hauteur de six milliards d’euros. Quelques ONG, parmi lesquelles Earthforce FS, Sea Shepherd, Bloom ou ClientEarth, ont tenté de s’élever contre cette décision, qui ne semble pas avoir remué pour autant l’univers médiatique. Une volte-face qui en dit long sur les priorités de nos dirigeants.

Voilà, c’est fait. Encore une fois, l’information est presque passée inaperçue, alors qu’elle représente un pas de plus dans la destruction méticuleuse de nos océans. Mardi 12 novembre 2019, la Commission européenne de la Pêche a voté l’ouverture de nouvelles négociations qui vont conduire, entre 2021 et 2027, à accorder des subventions supplémentaires de 6 milliards d’euros à l’industrie de la pêche. À vingt voix sur vingt-huit (dont deux abstentions), les nouveaux euro-députés, toujours plus déconnectés des réalités, ont jugé nécessaire de renforcer les flottes maritimes de tous les pays d’Europe, de construire de nouveaux navires et de moderniser les anciens. 

Les lobbies le savent très bien : à Bruxelles, plus que partout ailleurs, il est toujours possible de contourner impunément la volonté populaire.

Pourtant, les euro-députés fraîchement élus avaient une occasion inespérée d’infléchir la politique commune dans l’intérêt de l’écologie, comme le préconisaient le président de leur commission, Chris Davies ainsi que les députés co-signataires d’une lettre ouverte adressée en octobre 2019 au Parlement européen et signée par plusieurs ONG. Qu’importe ! Les députés ont la semaine dernière repris tels quels le texte et l’enveloppe du prochain Feamp (Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche), concoctés bras dessus bras dessous avec les lobbies par leurs prédécesseurs. 

Pire, ce vote approuve une nouvelle marche-arrière puisque, sous couvert d’améliorer la sécurité des marins, une bonne partie des fonds sera dédiée à la construction de nouveaux bateaux de grande taille, autrement dit à la surpêche, bien que ce type de subventions soient interdites depuis 2004 par ce même Parlement, décidément schizophrène quand il s’agit de protéger l’environnement.

Surtout, ne nous berçons pas d’illusion, car le dernier rapport en date est clair. Comme le souligne la plate-forme LIFE (Low Impact Fishers of Europe) : 70 % des dernières subventions du Feamp ont été octroyées aux flottes de grande taille et 18 % aux petites flottes de pêche artisanale, composées de bateaux de moins de douze mètres. Autrement dit : presque tout. 

Cette énième victoire des lobbies industriels, qui a dû être fêtée derrière les caméras en toute discrétion (ils ont compris la leçon), vient ajouter un couplet de plus à la danse macabre de l’humanité. Compétitivité, croissance, emplois, protéines, ce sont les jolis mots qui permettent aux industriels de nous faire payer la destruction des océans. Malgré les coups de gueule des ONG, les alertes des scientifiques, les pétitions des citoyens et les désastres environnementaux qui s’accumulent chaque jour, tout se passe comme si les plus hautes instances de notre monde étaient sourdes à nos revendications.

Modernisons nos navires, pourvu qu’on gagne un peu d’argent avant de tomber dans le précipice ! Donnons d’une main ce que nous reprenons de l’autre ! 

Les océans sont au bord de l’effondrement. Outre les vecteurs de pollution provenant de l’activité terrestre (comme les GES et les déchets chimiques), la surpêche et la pêche illégale, qui relève du braconnage, sont les pires fléaux qui puissent frapper les étendues bleues. Si nous ne faisons rien pour arrêter la machine, les poissons pourraient être amenés à disparaître totalement d’ici 2050 selon un rapport de l’ONU, voire 2035, selon les estimations de l’océanologue Boris Worm et du biologiste Daniel Pauly.

Plus de 50 % des ressources halieutiques sont sur-exploitées, 8 % ont disparu, les trois quarts sont menacées ; et si nous avons besoin de financer de si grands navires, c’est parce que la majeure partie des poissons ont disparu de nos côtes. Nous pêchons toujours plus loin, dans des zones toujours plus profondes, avec des engins toujours plus puissants, tout simplement parce que les poissons se font de plus en plus rares. Il n’y en a plus. 

La situation est donc catastrophique : une disparition des poissons implique de facto un effondrement complet de tous les éco-systèmes marins. À cause des millions de filets de pêche perdus ou abandonnés en mer, la pêche est également la principale cause de pollution plastique des océans, bien loin devant nos bouchons et nos brosses à dents. Car l’extermination des espèces marines accélère l’acidification des océans, supérieure de 26 % par rapport au début de la révolution industrielle (quelques chiffres ici).

Si nous devons changer quelque chose dans nos modes de vie, l’urgence est de toucher à nos assiettes : c’est là que se dégustent aujourd’hui les catastrophes de demain et ce sont nos enfants qui payeront le prix de notre avidité. 

À défaut de politiques cohérentes et durables, que nos dirigeants corrompus ne mettront jamais en place, à nous d’organiser la résistance à l’échelle individuelle : si notre régime alimentaire n’en est pas dépendant, arrêtons de manger du poisson. Maintenant.

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Article par: Augustin Langlade

 

 

New Decade Wishes

Happy ny

I would like to personally thank our supporters, our sponsors and especially our volunteers who have been involved, given their free and valuable time by taking part in actions throughout 2019. They carried with pride and humility the emblem of our environmental action NGO around the world. They organized, participated and made known to the world our fight for the protection of life, species and biodiversity, whether marine or terrestrial. We are proud of each and every volunteer who has helped us in our overall effort to protect, defend and preserve life wherever it may be. I wish you, for this year 2020, all the joys, an iron health and happiness so precious that you deserve and I hope to be able to count on you again throughout the future years of the new decade. Count on your valuable involvement and the will to convince, spread and carry our message, make our “tribe” grow wherever possible.

Happy New Year 2020 !

 

Jerry J. Pelikan/ President - Captain Blackbone

 

Je voudrais personnellement remercier nos sympathisants, nos supporteurs et surtout nos bénévoles qui se sont impliqué, donné de leur temps libre et précieux en participant aux actions tout au long de l'année 2019. Ils ont porté avec fierté et l'humilité l'emblème de notre ONG d'action environnementale à travers le globe, aux quatre coins de la planète. Ils ont organisé, participé et ont fait connaître au monde notre combat pour la sauvegarde du vivant, des espèces et de la biodiversité qu'elle soit marine ou terrestre. Nous sommes fiers de chaque bénévole nous ayant aidé dans notre effort global de protéger, défendre et conserver la vie  quelle qu'elle soit et où qu'elle soit. Je vous souhaite, pour cette année 2020 toutes les joies, une santé de fer et le bonheur si précieux que vous méritez et j'espère pouvoir encore compter sur vous tout au long des futures années de la nouvelle décennie. Compter sur votre implication précieuse et la volonté de convaincre, de diffuser et porter notre message, faire grossir notre « tribu » partout où cela vous est possible.

Bonne, Joyeuse et Heureuse année 2020 !

 

Jerry J. Pelikan / Président - Capitaine Blackbone

 

Il est à parier que XR ne fera que gagner en puissance et ce partout dans le monde.

  • Par
  • Le 04/11/2019
  • Dans News

XR

La scène s’est passée mi-octobre, lors d’un séminaire d’une entreprise du CAC40. Tandis que les cadres réunis pour l’occasion commencent, présentation après présentation, à perdre en attention, l’arrivée d’un nouvel intervenant les sort soudainement de leur torpeur. «Je vais vous parler franchement, mais je préfère vous prévenir : cela risque de ne pas être très agréable ». L’homme travaille à la direction des relations publiques. Ce qu’il se met alors à raconter s’apprête à marquer les esprits pour le reste du séminaire. Les études menées par son équipe ces derniers mois font état d’un basculement inédit de l’opinion publique sur les thématiques environnementales, qui bousculent l’entreprise bien plus sévèrement qu’elle ne l’avait anticipé. Ce qu’elle considérait jusqu’alors comme un sujet parmi d’autres a désormais changé d’ampleur. Entre autres implications, les ressources humaines de l’entreprise témoignent de difficultés inédites pour recruter des jeunes qualifiés. Que le groupe attire moins qu’avant n’est pas une nouveauté mais c’est aujourd’hui la force du phénomène qui frappe, et surtout inquiète, la direction. Et ce d’autant plus que les jeunes diplômés ne sont pas les seuls concernés : la confiance des 25-45 ans sur l’impact positif de l’entreprise, qui «tenait» encore relativement jusque-là, montre elle aussi de sérieux signes d’effritement, justement sur le sujet environnemental. Le discours, sans langue de bois, laisse entendre que l’entreprise est comme pétrifiée face à cette mutation des mentalités, qui n’avait absolument pas été prévue dans son ampleur et sa rapidité. Il alimentera en interne de nombreuses discussions les jours suivants.

Prendre la mesure du phénomène

Cette scène est symptomatique de ce phénomène décrit ici au printemps comme «l’émergence d’un nouveau Zeitgeist» – un nouvel esprit du temps dans lequel la prise de conscience écologique constitue une lame de fond bousculant comme jamais marques, recruteurs, partis politiques…Depuis le printemps, les mentalités ont continué à évoluer de telle façon que l’idée semble désormais presque évidente, comme un lieu commun. Sont passés par là, entre temps, en mai les élections européennes qui ont vu la classe politique française faire plus que jamais la course à l’électorat «écolo» ; en juin et juillet, la canicule qui a fait ressentir physiquement à chaque Français ce que nous attendra de façon récurrente dans les années et décennies à venir (pour reprendre les mots de Nicole d’Almeida, chercheuse au Celsa, «la logique du «je sais» a été bousculée par la logique du «je sens»») ; en août, les feux de forêts en Amazonie qui ont marqué l’opinion…Et pourtant. Si le phénomène se produit sous nos yeux, tout se passe comme si nous n’en prenions pas toute la mesure – plus précisément,comme si ses conséquences possibles voire probables sur l’opinion publique(et ses corollaires, sur les préférences politiques, les comportements individuels, les habitudes de consommation, etc.) n’étaient pas suffisamment explorées et anticipées. L’erreur typique n’est pas tant de nier l’existence de ces tendances de fond – cela devient difficile – mais plutôt de les considérer de façon rigide dans le temps, et non dynamique. Or les boucles de rétroaction n’agiront pas que sur le climat lui-même, mais aussi sur l’opinion publique. La situation environnementale générale ne fera vraisemblablement qu’empirer au fil des années (ce qui n’empêche pas des points d’amélioration très spécifiques, sur certaines espèces, certaines zones…), aggravant ses effets collatéraux, ce qui ne pourra en retour qu’accentuer toujours plus fortement les conséquences sur l’opinion publique qui pointent déjà aujourd’hui: défiance vis-à-vis des entreprises jugées responsables de l’aggravation du problème et des acteurs qui les soutiennent, rejet des partis politique n’ayant pas placé ces enjeux au cœur de leurs idées, montée en puissance d’un militantisme de plus en plus organisé et de moins en moins inoffensif, etc...

En conséquence, le phénomène n’est pas une nouvelle donne statique à intégrer : c’est un nouveau paradigme en émergence, qui pointe tout juste le bout de son nez. Cet article cherche à mettre en lumière plusieurs tendances qui en découlent, appelées à prendre de l’ampleur au fil du temps.

I – Le fait majeur de l’année 2019

Pour mieux percevoir ce qui émerge et comprendre en quoi ces tendances sont sérieuses, il est nécessaire, dans un premier temps, d’être au clair sur le basculement dont il est question ici. 2019 n’est pas tant «l’année du climat», comme le titreront peut-être certaines rétrospectives de fin d’année, mais l’année du tournant dans l’opinion publique. Non pas que l’ensemble de la population se soit convertie aux idées écologistes – quoique la situation a bien plus évolué qu’on ne pourrait le penser (voir plus bas). Mais cette année est la première où l’écologie n’est plus un «sous-sujet» parmi bien d’autres, où il est pris autant au sérieux, où il est craint au point qu’Emmanuel Macron – le candidat le plus pro libre-échange de l’élection de 2017 – ait choisi de retirer la France du traité Mercosur et de se plier dans la foulée à un discours de contrition inédit sur l’écologie (« j’ai changé, très profondément » (lol)).

Les européennes n’étaient qu’un début

Politiquement, ce tournant s’est manifesté pour la première fois en France lors des élections européennes, qui ont vu différents partis se livrer à une surenchère inédite de promesses en la matière (Nathalie Loiseau a promis rien de moins que «1000 milliards d’euros dans la transition écologique en cinq ans ») et où le parti écologiste (EELV) s’est hissé pour la première fois en tête des partis de gauche. Le score d’EELV ayant déjà été élevé en 2009 à cette même élection sans véritable suite, il était tentant de considérer cette nouvelle percée comme un feu de paille propre aux élections européennes, qui n’aurait rien de représentatif pour les échéances électorales à venir.Plusieurs signes indiquent aujourd’hui que cette analyse est partiellement erronée (…ce qui ne signifie pas pour autant – c’est important de le souligner – qu’EELV captera toutes ces aspirations). En septembre, l’enquête 2019 « Fractures françaises » réalisée annuellement depuis 2013 par Ipsos Sopra-Steria indiquait qu’ «au cours des deux dernières années, l’environnement, qui n’avait jamais été la principale préoccupation des Français, a progressé de manière quasi continue pour s’installer à la première place». 2019 marque bien un tournant dans la mesure où un grand nombre de barrières sont tombées,d’après les résultats de cette même enquête: -En termes de revenus: «L’environnement n’est plus la préoccupation des gens aisés mais de tout le monde» (seule exception: les individus en extrême difficulté, dont le foyer gagne moins de 1200 euros). -En termes de classes sociales : «55% de ceux qui se considèrent comme appartenant aux milieux populaires citent l’environnement comme priorité, juste devant le pouvoir d’achat (54 %). C’est autant que ceux qui se considèrent comme appartenant aux classes moyennes (53 %).» -En termes de catégories socio-professionnelles: l’environnement est la deuxième priorité «chez les ouvriers et les employés, loin devant l’avenir du système social ou l’immigration, même si le pouvoir d’achat reste leur premier sujet.» -En termes d’âge: l’environnement n’est pas seulement la priorité des jeunes mais également« désormais la deuxième priorité des plus de 60 ans, avec 49 % de citations, juste derrière l’avenir du système social». La campagne des municipales pourrait confirmer la tendance. Cécile Cornudet, éditorialiste politique des Echos, écrivait récemment: «ni gauche-droite ni progressistes-nationalistes, la précampagne pour les élections municipales met en lumière un nouveau clivage politique: écologie radicale versus écologie « des petits pas »». Un sondage récent d’Harris Interactive indiquait justement que «l’écologie se classe en deuxième position des thématiques qui compteront le plus dans le vote des Français » pour les municipales, après les impôts locaux. De fait, des sondages étudiés cet été par Matignon accréditent l’idée d’une dynamique particulièrement importante des idées vertes, en particulier dans les grandes villes.« Le fait nouveau, c’est que l’électorat écologiste a un socle constitué, qui tourne autour de 16 à 22 points», indique au Monde un conseiller d’Edouard Philippe. Dans une douzaine de grandes villes,«à chaque fois, le candidat écolo arrive en deuxième position Plus profondément, au-delà de leur seule manifestation quantitative, les préoccupations écologiques commencent à redéfinir un certain nombre de positions politiques, à gauche comme à droite. A gauche, les questions de (dé)croissance et de sobriété sont en passe de fracturer ce qui restait du Parti Socialiste: tandis qu’une partie des sympathisants défend, comme EELV, l’incompatibilité entre «productivisme et écologie» (ce qui était la ligne de la liste de Glucksmann, donc du PS, aux européennes), d’autres (souvent plus historiques) comme Stéphane Le Foll affirment «ne pas être pour la sobriété, mais pour une croissance sûre qui porte le progrès». Ces deux lignes seront très difficiles à réconcilier. En réalité cependant, le créneau de la «croissance verte» étant déjà pris par En Marche, il y a peu de suspens sur le seul choix véritablement envisageable pour un parti de gauche pour se démarquer. A droite, le phénomène est moins perceptible mais n’est pas inexistant pour autant, bien que plus mesuré pour l’heure. Il ne devrait faire que grandir à mesure du renouvellement des générations:



 

Bien sûr, les chiffres présentés plus haut doivent être pris avec un certain recul :

  1. Ils n’empêchent pas un décalage entre les opinions affichées et les actes. Le succès massif des SUV (à l’impact écologique important) en France et en Europe (où leur part de marché a plus que quadruplé ces 10 dernières années) en sont un exemple parmi d’autres.

  2. Les sondages sur les « principales préoccupations » ont l’habitude de varier (en fonction du contexte politique et social, des questions posées, etc.). Par ailleurs, ils ne se traduisent pas forcément directement dans les intentions de vote puis dans les votes effectifs (a fortiori pour une élection aussi personnifiée que les présidentielles). Enfin, comme déjà souligné plus haut, « percée du sujet écologie » ne signifie pas nécessairement « percée du vote EELV ».

  3. Ces chiffres peuvent évoluer à la baisse pour des raisons conjoncturelles : on sait à quel point la survenue d’un événement à l’impact émotionnel fort sur l’opinion peut bouger soudainement les lignes. Du reste, il est probable que l’été caniculaire que la France a connu ait joué un rôle important sur les opinions et chiffres cités ci-dessus.


Tout cela mérite d’être souligné mais ne doit pas masquer pour autant latendance de fond.  Du reste, la « matrice écologique » en émergence – pour reprendre les mots de Jérôme Fourquet de l’IFOP – est loin d’être propre au paysage politique français. Citons ici quelques exemples parmi d’autres :  -En Allemagne, les Verts « sont au cœur du débat et donnent le ton », racontait en septembre Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin. « En face, la CDU et le SPD sont contraints à des contorsions douloureuses afin de ménager des électeurs aux aspirations contradictoires et qui, pour les plus jeunes, semblent de plus en plus convaincus que leur discours est obsolète. » -En Suisse, les partis écologistes ont connu en octobre un « résultat électoral historique» : « les écolos de droite et de gauche se sont imposés comme une force politique de premier plan » écrivait en octobre Marie Bourreau dans Le Monde, ajoutant : « à l’échelle de la Suisse connue pour la stabilité de son paysage politique – c’est un tremblement de terre ».



 

-Aux Etats-Unis, le climat s’est imposé comme l’un des enjeux majeurs de la campagne démocrate. Signe des temps : début septembre, CNN a tenu pour la première une émission de sept heures entières sur le sujet, interrogeant chacun des 10 principaux candidats tour à tour. Arnaud Leparmentier, correspondant du Monde à New York, va même jusqu’à écrire qu’entre les démocrates centristes (comme Joe Biden) et la politique de Donald Trump (au-delà des mots et des postures), «le seul vrai clivage est le climat ».

 “Climate politics has quickly become the next big battle in the culture war—on a global scale” (The New Republic)

-Au Canada, on pouvait lire récemment dans Lapresse.ca que « le climat est la priorité des Canadiens plus que pour n’importe quel scrutin jusqu’ici ». Etc...

Tous les domaines sont concernés

Bien au-delà du champ politique, il est frappant de voir les préoccupations écologiques s’immiscer aujourd’hui partout – y compris, parfois, là où on ne les attendait pas : -Dans l’art et le divertissement : « la musique de 2019 est hantée par l’effondrement climatique » titrait à la rentrée Les Inrocks ; « les jeux vidéo à venir semblent obsédés par la question climatique » écrivait de son côté Le Mondefin août, en précisant que « le plus important salon européen du jeu vidéo [qui s’est tenu en août] témoigne d’une obsession partagée par des créateurs de tous les continents : l’environnement. » -Dans l’édition jeunesse : aux Etats-Unisle nombre de livres pour enfants centrés sur la crise climatique et l’environnement aurait plus que doublé au cours de l’année précédente. « Clairement, je dirais qu’il y a eu un effet Greta Thunberg » témoigne une éditrice. « Elle a galvanisé l’appétit des jeunes et celui des éditeurs pour ce type d’histoires » -Dans le domaine funéraire : « A Paris, la vague écolo atteint même le domaine de la mort. Dès septembre, un premier espace funéraire écologique sera en principe créé dans un des vingt cimetières qui dépendent de la Ville de Paris pour répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de « funérailles écologiques » (Le Monde, 4 juillet). -Dans l’orientation des jeunes et les débouchés professionnels : « Les études de plasturgie [industrie du plastique] sont bousculées par les aspirations écologiques des étudiants » apprenait-on par exemple en juin. « C’est la première chose que mes professeurs ont affirmée lorsque nous sommes arrivés en classe de seconde professionnelle : il y a si peu de candidats que le travail est assuré à l’issue de notre formation » témoigne une étudiante. Certaines décisions, encore impensables il y a deux ans, témoignent de ce changement de paradigme. A cet égard, l’annonce d’Intermarché de modifier 900 recettes afin d’être meilleur sur l’application Yuka (qui aurait été téléchargée à ce jour par 18 millions de Français !) restera peut-être comme l’exemple le plus emblématique de 2019 en la matière. A l’avenir, pour les entreprises, l’erreur typique ne sera pas tant de laisser de côté les préoccupations écologiques (elles n’auront pas vraiment le choix) mais d’agir seulement par à-coups, sans cohérence globale ou constance dans le temps. Demain, la confiance des consommateurs dans l’impact positif d’une entreprise deviendra plus que jamais pour celle-ci un avantage compétitif, à l’heure où des efforts seront attendus de la part de tous les acteurs de la société (citoyens, entreprises, gouvernements…). Dans ce paradigme, le défi principal pour les marques qui tenteront de faire leur mue sera d’éviter les ruptures de confiance soudaines, amplifiées par les réseaux sociaux(comme le « bad buzz » d’Air France cet été qui s’est pris les pieds dans le tapis avec une publicité maladroite en pleine canicule) : ces ruptures risquent de décrédibiliser toute une stratégie patiemment mise en route, et de conduire à un sentiment de trahison dont il sera ensuite difficile de se défaire.

II – A quoi s’attendre demain ?

Il faut se replonger dans le contexte de 2017 – où le sujet « écologie » était resté presque marginal lors de la campagne présidentielle, notamment dans les différents débats, et où la collapsologie, Extinction Rebellion et Greta Thunberg étaient bien loin de faire les titres – pour mesurer le chemin parcouru en l’espace de deux ans. Dans une époque marquée par les « buzz » éphémères, il n’est pas forcément évident de percevoir que ce chemin parcouru n’est pas une « mode » (« l’air du moment est à l’écologie » entend-on parfois, comme si le flambeau allait tôt ou tard être repris par une autre tendance) mais bel et bien seulement une première étape.                                                                                                   

Un effet de cliquet

2019 a vraisemblablement été l’année d’un effet de cliquet dans la perception du dérèglement écologique. Non seulement il est improbable que nous revenions structurellement en arrière, mais plus encore,

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Collapso et Solasto

Terre proteger temperature ipopba

Vous êtes un fervent adepte de la théorie de l'effondrement imminent de notre civilisation capitalo-industrielle, de cette pseudo-science de l'inévitable nommée la «collapsologie» remise au goût du jour par Pablo Servigne, ou alors un survivaliste, un libertarien, un éco-anarchiste, un éco-terroriste ou simplement un éco-inquiet  atteint du syndrome de «solastalgie». Nous sommes passé d'une culture de l'euphorie d'après-guerre et du progrès à celle du regret.

En effet, un malaise nouveau s'est emparé d'une partie de notre civilisation. C'est le mal des jeunes générations menées par leur égérie, l'adolescente suédoise Greta Thunberg. Nombreux sont nos concitoyens à éprouver un sentiment d'impuissance, de perte de sens, voire d'angoisse face aux conséquences alarmantes des activités humaines sur la planète, de l'anthropocène. C'est ce dont témoigne en partie le succès de la pétition en ligne «L'Affaire du siècle», sur la justice climatique. Initiée par des scientifiques, YouTubeurs et personnalités du spectacle, cette pétition la plus suivie de l'histoire a regroupé 2 millions de signataires en moins d'un mois. Ainsi, s'il vous est déjà arrivé de vous sentir angoissé(e) à cause du réchauffement climatique, d'avoir du mal à vous endormir en pensant qu'il y aura en 2050 plus de plastique que de poissons dans les océans, si vous avez déjà ressenti de la tristesse en pensant aux animaux marins qui meurent étouffés par les déchets plastiques, si vous vous sentez inquiets face à des étés de plus en plus caniculaires, ou si vous hésitez à faire des enfants à cause de la destruction de la planète, c'est que vous souffrez peut-être de l'éco-anxiété, de solastalgie. La solastalgie est un néologisme venant du terme anglais «solace», qui signifie «réconfort» et d'«algie» qui signifie «douleur». Inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht, avec un premier article publié sur ce sujet en 2005. Il décrit une forme de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux, comme par exemple le changement climatique, la pollution et autres tensions émotionnelles dont la réalité de l'époque contemporaine nous submerge. La détresse solastalgique est parfaitement normale : elle indique que vous avez un lien puissant avec votre environnement et que vous souhaitez le conserver.

Ce concept d'origine sociologique ne désigne pas un trouble de nature médicale, mais la solastalgie est polymorphe et peut prendre de nombreuses formes cliniques (de l'insomnie à l'angoisse, voire à la dépression) et avoir des origines variées selon les sujets qui touchent les individus. L'éventail des symptômes est au moins aussi large que celui des causes. La solastalgie affecte les individus conscients qu' il n'y a pas de planète B, pour reprendre un slogan popularisé lors des marches pour le climat. Cette absence d'alternative peut se traduire par une souffrance morale, qui ressemble à s'y méprendre à la nostalgie ou à la mélancolie qu'un individu ressent en quittant le foyer aimé. La solastalgie traduit la perte de l'espoir d'un monde meilleur. Pour autant, la solastalgie n'est pas qu'une nostalgie du passé. C'est également une angoisse existentielle face à la détérioration et à la destruction irréversible de notre environnement immédiat et des êtres vivants qui l'habitent. La solastalgie est également l'expression d'un double décalage, qui met en souffrance les individus concernés. D'abord, le décalage de l'individu par rapport à « l'ordre du monde », à la société de consommation et à la majorité de ses concitoyens, qui continuent d'agir, de polluer et de consommer comme si de rien n'était. Cette prise de conscience engendre souvent un sentiment de solitude, d'incompréhension, voire de colère chez les personnes concernées. Le second décalage implique les individus pris dans un quotidien urbain, un environnement pollué, avec potentiellement un emploi dépourvu de sens. Ils ont conscience que ce mode de vie n'est plus soutenable, or ils continuent à vivre à l'opposé de leur aspiration à une vie plus simple et plus résiliente. Pour de nombreuses raisons, il leur est difficile de franchir le pas et de rompre avec leur environnement familier. Ils continuent, un peu malgré eux, à vivre comme si de rien n'était, avec, peut-être au fond, l'espoir que les choses resteront telles qu'elles sont. Mais ce déchirement qui s'opère entre leur conscience et leur quotidien les met en souffrance. La solastalgie parle à tout le monde car on pressent qu'on y sera bientôt confrontés. On sait depuis longtemps que le climat évolue, entraînant partout autour de nous des conséquences catastrophiques. Notre environnement change de plus en plus brutalement. Les canicules sont plus fréquentes, des plages disparaissent, l'air est de plus en plus pollué, les océans de plus en plus acides, les glaciers fondent, les typhons s’intensifient…Il devient impossible de rester dans le déni, d'autant que l'on sait qu'il n'y a pas d'échappatoire. Il ne s'agit plus d'abandonner un habitat détruit pour un autre, une région polluée pour une autre. On ne peut plus fermer les yeux et regarder ailleurs puisque partout, les changements sont visibles. Le sentiment de solastagie va donc se généraliser et pour faire face à cette angoisse, on ne pourra même plus s'en remettre à la sagesse rassurante des anciens, celle vers qui on se tourne depuis toujours pour savoir quoi faire en cas de situations désespérées, car ce qui nous attend n'a jamais été expérimenté auparavant et les civilisations effondrées ont emporté leur témoignages. Il va pourtant falloir apprivoiser ce nouveau sentiment pour ne pas le laisser nous submerger. Pour cela, on peut bien sûr espérer que les causes mêmes de la solastalgie disparaissent, que le sursaut tant attendu ait lieu et que ceux prêts à tout pour toujours plus de croissance et de profit changent soudain de priorité, mais il est peu probable que cela arrive à temps. De plus, les changements en cours ne peuvent pas être endigués, l'inertie est telle que des modifications radicales de notre environnement sont de toute façon inéluctables. Ce qui ne veut pas dire que tout est perdu, qu'il faut baisser les bras car il ne nous reste plus qu'à attendre la fin. Non. Il faudra simplement faire face à cela nous-mêmes, sans rien attendre des gouvernements ou des instances internationales qui prouvent chaque jour leur incompétence, accentuant par la même le sentiment de détresse et d'abandon des populations. ''On ne peut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre'', disait Einstein. En d'autres termes, la solastalgie peut nous pousser à agir pour rétablir notre environnement, le réparer pour le rendre à nouveau accueillant. Ce faisant, on répare également notre âme, on la guérit et on fait disparaître notre angoisse.

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Le meilleur moyen pour prévenir la solastalgie est d'occuper son esprit, notamment en passant à l'action. Au quotidien, nous pouvons essayer de consommer différemment : réduire notre quantité de déchets, manger moins de produits d'origine animale (viande, poissons, oeufs, produits laitiers) et privilégier les végétaux, idéalement locaux et bio afin de limiter l'usage des pesticides et des OGM. Réduire nos déplacements, surtout en avion, est aussi une pierre apportée à l'édifice. Aller marcher pour le climat ou s'engager dans une association à vocation écologique permet de rencontrer des personnes partageant les mêmes préoccupations et peut ainsi contribuer à apaiser son esprit. L'activisme écologique peut aider à combattre la dépression. Et si les initiatives collectives vous tentent, passez du statut de nostalgique inquiet à celui d’écocitoyen combattant et responsable. «Be a Warrior, not a Worrier*» tel est le slogan des Guerriers Pacifistes d'Earthforce Fight Squad. En somme, nous devons continuer à lutter, réparer ce qui a été abîmé, le reconstruire sur la base des nouvelles règles imposées par ces bouleversements. Le simple fait de s'engager, de devenir acteur de son environnement et de ne plus simplement subir les changements peut aider à surmonter la solastalgie. C'est un difficile numéro d'équilibriste qui s'impose ainsi, entre la recherche de plaisirs individuels du quotidien pour continuer à vivre, la volonté de préserver autrui et celle de persévérer, malgré tout, dans les luttes. Nous reste la possibilité de nous saisir des marges de manœuvre qui subsistent, d'aller chercher ces petites brèches de liberté. Nous pouvons refuser le toujours plus, ne pas céder face à la compétitivité, tenter de résister face aux promesses de l'ascension sociale. Nous pouvons encore nous émerveiller devant la nature qui, bien que meurtrie, ne peut que forcer notre admiration. Mais il ne faut pas se mentir quant à la portée et l'efficacité de ces gestes. A l'avenir, nous aurons donc le choix entre affronter une épidémie de solastalgie ou utiliser notre intelligence collective et notre créativité pour nous adapter et modifier positivement notre environnement. Alors que les grandes lignes de notre futur semblent déjà écrites, réinscrire notre action dans le présent, sous l'impulsion d'une nouvelle éthique dont l'impératif de conduite serait le respect de soi et celui des autres, devient alors une voie pour s'affranchir. C'est là, dans cette « marge humaine », que la dignité trouve son sens politique. En effet, l'honnêteté, celle qui enjoint de ne pas répéter les erreurs passées, est de reconnaître «qu’il est vain de prétendre changer le monde» comme nous le connaissons. Celui-ci va inévitablement changer. Il change en ce moment même. Tenter d’en préserver la beauté, en gage de notre humanité avant d’avoir tout saccagé , est peut-être en revanche encore à portée de main !

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*Sois un Guerrier, pas un Inquiet

 


 

 

Polémique autour de la tournée européenne du groupe TYR

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Depuis l'annonce de la tournée européenne d'un groupe viking de ''hardmetal'' au nom de TYR venant des iles Féroé, c'est la ruée dans les brancards et la guerre déclarée entre deux camps qui s'affrontent via facebook.

La raison ? Les féringiens, au nom d'une tradition ancestrale nommée le grindadrap*, massacrent en nombre des dauphins et des baleines pilotes noires (globicéphales) et le leader du groupe a officiellement déclaré sa participation à ces massacres d'un autre temps et qui n'ont plus aucune raison valable de se perpétrer de nos jours. Son esprit étroit du ''hardrocker métalleux'' provocateur, prônant le sang, le feu, l'enfer, le satanisme et des lourdes épées à la Conan le Barbare, évoque le tout à la fois en lettres gothiques par sa plume trompée dans du sang frais dans les paroles de ses chansons. Toute l'imagerie gothico-débile véhiculée par des groupes de ce style musical depuis toujours en somme. Le leader du groupe TYR est con et fier de l'être tout en l'affichant publiquement.

Dans l'autre camp, celui des protecteurs d'animaux et autres végans, on s'insurge contre cette pratique et contre un groupe de musiciens aux cerveaux mous qui la glorifient. Des organisations comme Sea Shepherd ou notre ONG luttent depuis toujours contre ces pratiques pour les faire cesser et respecter la convention de Berne** signée par le Denmark et dont les îles Féroé dépendent. Ce pays fait partie de l'Union Européenne, mais les autorités danoises réfusent de l'admettre et protègent même le ''grind'' par leur marine nationale pour des raisons commerciales évidentes.

Notre ONG organise quasi au quotidien des sorties d'observation en mer où nous rencontrons régulièrement les cétacés que nous protégeons partout contre toute barbarie et pratiques commerciales comme la chasse et la captivité. Il est de notre bonheur de côtoyer, observer et étudier ces animaux dont l'intelligence dépasse de loin les capacités d'un cerveau humain. D'évoluer avec eux en toute liberté dans l'immensité de l'océan, étudier leur langage et tenter d'entrer en communication. Cette polémique, que nous trouvons stérile, nous dépasse alors. En effet, quand un organisateur, déclaré végan de surcroit se justifie sur sa page facebook sous prétextes fallacieux du maintien d'un concert et quand les deux camps opposés s'affrontent par écrit en évoquant chacun ses raisons, cela ne peut être que stérile dans la démarche qui ne fera, au final, nullement bouger aucun des deux. Les joutes verbales ne changent que rarement les convictions qu'elles soient intellectuelles ou commerciales. C'est pour cette raison que nous avons refusé de participer au débat tout en mettant en place, dès l'annonce, une page d'appel au boycott de cette tournée qui nous désole. Il y a déjà des concerts qui ont été annulés et chacun fera selon son âme et conscience personnelle, son opinion et selon son implication dans une cause qui devrait nous concerner tous, qu'on soit végan déclaré pur et dur, un fervent activiste défendant ou les deux à la fois: le bien-être animal et la vie tout court. Nous ne tentons pas à imposer, mais appelons à une profonde réflexion sur notre rapport à la nature ...

Jerry J. Pelikan  Founder/CEO & Captain of Interceptor "Earthforce One''

 

Appel au Boycott:https://www.facebook.com/events/348314982437275/

 

*Le grindadráp, aussi nommé plus simplement le grind, est le nom donné à la tradition culturelle de chasse aux cétacés, ciblant principalement les globicéphales noirs, en vigueur dans les îles Féroé. La traduction littérale du mot féroïen Grindadráp est ''mise à mort des baleines''. Historiquement, le Grindadráp se pratiquait aussi à Terre-Neuve, au Groenland et dans d'autres archipels de l'atlantique nord comme les Orcades ou les Shetland mais, de nos jours, seules les îles Féroé continuent à pratiquer cette chasse massacreuse.

Chaque année, certains habitants tuent par centaines des globicéphales noirs, aussi appelés baleines pilotes, principale cible de la chasse, mais également des dauphins à flancs blanc et des grands dauphins qui s'aventurent dans les fjords de l'archipel. Cette chasse est controversée en Europe, principalement quant à son éthique, mais aussi quant à la toxicité de la viande de globicéphale contenant les métaux lourds et déclarée impropre à la consommation par les autorités féringiennes mêmes.

**Convention de Berne : https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/treaty/104

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Le Droit d'Exister

Roundup monsanto condamne a payer 289 millions de dollars a un jardinier californien

Il est le visage du combat judiciaire contre Monsanto. A 46 ans, cet ex-jardinier atteint d’un cancer en phase terminale, qu’il attribue à l’utilisation du désherbant Roundup, est le premier citoyen à avoir affronté en justice le géant des pesticides. Condamné à lui verser 289 millions de dollars, une première historique, l'empoisonneur a, bien sûr, fait appel. Cette affaire judiciaire est toujours en cours. Monsanto a affirmé pendant des années que son désherbant n’était pas dangereux. Les avocats de Dewayne Johnson ont prouvé hors de tout doute possible que la société était parfaitement au courant des conséquences mortelles du glyphosate et n’avait rien fait pour en alerter le public. La nouvelle société mère de Monsanto, Bayer, est mauvaise perdante. Elle ne versera pas à Johnson l’indemnité qu’elle lui doit, même après qu’un juge ait réduit la somme de plus des deux tiers. Au lieu de cela, Bayer oblige ce père de trois enfants en bas âge à passer le reste de sa vie devant un tribunal, se disputant appel après appel. Même si la volonté de l'État était engagée, dans ce genre d'affaire les États ne parviennent jamais à atteindre leurs objectifs. D’abord parce que la plupart ne font rien pour, mais aussi et surtout parce qu’ils ne le peuvent pas. Croire que l’État pourrait mettre un terme au réchauffement climatique, à la destruction des écosystèmes et au massacre des autres espèces par un productivisme capitaliste, c’est croire à un combat du pot de terre contre le pot de fer ! Cela ne fonctionne pas, peu importe à quel point on le souhaite, ce n’est tout simplement pas sa fonction ni la fonction de sa justice. L’État moderne organise le système capitaliste mondialisé, fondé sur l’exploitation de l'homme par la soumission à l'argent, l'addiction au consumérisme ainsi que l'exploitation des ressources, la destruction perpétuelle de la nature, du vivant et de son cadre de vie. Les États ne disposent plus que d’une latitude très limitée en ce qui concerne la création et l’édiction des lois qui gouvernent nos sociétés. Le transfert de souveraineté des États vers des entités supra-étatiques, plus importantes commercialement parlant est un secret de polichinelle : il a récemment été débattu publiquement, dans les médias, discuté à l’Assemblée… Le TAFTA (pour ne citer qu’un exemple). Une multinationale est de nos jours tout à fait en mesure d’attaquer un État ''souverain''. Que faudra-t-il faire, alors, pour interdire le dernier produit phare de Bayer lorsque la France aura émis une loi l’interdisant mais que la multinationale aura eu gain de cause et aura contraint le pays à revenir sur sa décision ? Qui attaquera-t-on en justice, à ce moment-là ? Le recours juridique, s’il peut parfois servir localement dans la lutte contre le fléau socioécologique qu’est la civilisation industrielle, ne sera jamais suffisant car impuissant face a des multinationales d'envergure planétaire. L'actuelle campagne médiatique de ''l'affaire du siècle'', fait promouvoir l’idée qu’il est possible d’obtenir un changement significatif au travers du système juridique d’État tout en le contraignant. La réponse de François de Rugy :''Ce n'est pas dans un tribunal qu'on va faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas à des juges de forcer le gouvernement à prendre une loi, ce n'est pas le sens de nos institutions.'' Mais un tribunal international peut agir contre un état refractaire. Ce n'est donc que dans un cadre international déterminant (et déterminé) et ayant à sa disposition une base solide d'un texte signé par la majorité des 193 pays membres d'un organisme global, tel que l'Organisation des Nations Unies, que ce pourrait être envisageable. Un État seul ni son système judiciaire ne le permettront ni ne l'encourageront jamais !

Voilà une des raisons pour laquelle l'inscription du ''Droit de l'Homme à un Environnement Sain'' dans l'Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme est d'une importance CAPITALE. Nous avons besoin d'un soutien sans limites au niveau national et international ainsi qu'un nombre de signatures impressionnant pour pouvoir porter notre proposition devant l'Assemblée Générale des Nations Unies et à sa présidente Madame María Fernanda Espinosa, son secrétaire général Monsieur António Guterres et, demander de procéder au vote pour pouvoir y ajouter cette clause primordiale. Il serait temps que cet accord ''historique'' datant d'il y a 70 ans tient compte des bouleversements planétaire et soit enfin mis à jour. Pour cela, il nous faudra mettre une énorme pression sur l'assemblée et sa présidente, il va falloir se battre et sans votre soutien à tous, cela ne sera, tout simplement, qu'une mission impossible !!!

Signez ici SVP. Merci https://www.change.org/p/united-nations-the-human-right-to-a-healthy-environment

La Consigne

  • Par
  • Le 13/12/2018
  • Dans Eco

Dans un nouveau rapport dattant d'octobre 2018, l’ADEME (agence de l’Etat pour l’environnement) passe au crible 10 dispositifs français de consigne pour réemploi d’emballages en verre. Verdict : la réutilisation des bouteilles (lavage et re-remplissage) est à bien des égards plus intéressante que l’utilisation de bouteilles en verre à usage unique.

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Notre bureau local, Earthforce FS/Caraïbes a fait du retour de la consigne son principal cheval de bataille et ce depuis bientôt deux ans. En effet, les Antilles sont producteurs de rhum et en dehors de distilleries, aussi brasseurs de quelques marques locales de bière. Il n'y a pas de fonderie de verre sur place et les bouteilles sont acheminées par transport maritime et ne servent qu'une fois, car ni consignées, ni recyclées. La disparition de cette pratique, due à l’avènement de l’emballage à usage unique, ne devrait donc pas être une fatalité et le rapport fait plusieurs recommandations pour développer cette pratique en France et particulièrement aux Antilles pour réduire l'impact environnemental à la fabrication et aussi lors du transport maritime par cargos pollueurs. Retour sur les trois enseignements clé de l’étude.

La consigne a un impact environnemental et économique positif

Dans ce rapport, l’objectif pour l’agence était d’évaluer, tant d’un point de vue économique que environnemental, la pertinence de systèmes de consigne mis en place par des producteurs (bière Météor en Alsace, Coat Albret en Bretagne) ou par des associations ou entreprises (Jean Bouteille, Bout à Bout…). Pour réaliser l’étude, l’ensemble des étapes du cycle de vie d’une bouteille ont été prises en compte : fabrication, conditionnement, transport, lavage et fin de vie (collecte des déchets, recyclage…). Sur l’ensemble de ces étapes, 7 dispositifs de consigne ont été comparés au fonctionnement aujourd’hui majoritaire en France : un système où les bouteilles en verre sont à usage unique et simplement recyclées pour une partie d’entre elles.

Un intérêt environnemental confirmé

Les résultats de l’étude confirment l’intérêt environnemental de réutiliser les bouteilles. Sur tous les indicateurs environnementaux (impact climatique, consommation en eau, consommation d’énergie primaire) et pour tous les dispositifs étudiés, le système avec consigne présente  une performance environnementale supérieure ou équivalente au système sans consigne. La principale raison à cela est le fort impact environnemental de l’étape de fabrication de la bouteille. Le rapport souligne ainsi que “l’étape de fabrication de l’emballage primaire est la phase la plus contributrice au bilan environnemental des organisations. Les impacts proviennent très majoritairement de la production du verre”. Le lavage, la distance de transport ou le nombre de réutilisation influent également sur le bilan environnemental global des dispositifs, mais dans une moindre mesure. Ainsi, même pour les systèmes de consigne récents, où le taux de retour et donc de réutilisation des bouteilles est faible, l’impact environnemental est bénéfique.

Un bilan économique positif

Mais le réemploi du verre n’est pas seulement une bonne opération pour la planète : il se révèle aussi plus pertinent d’un point de vue économique. En rassemblant les coûts supportés par les différents acteurs de la chaîne de valeur (de la fabrication de la bouteille, à son transport, son lavage et à la collecte des déchets), l’étude révèle que pour 6 des 7 dispositifs de consigne étudiés, les coûts de gestion sont moindres que dans un système de bouteilles à usage unique. C’est principalement le taux de retour des bouteilles qui permet de réaliser ces économies : plus les consommateurs ramènent les bouteilles consignées, plus le coût diminue. Pour certains dispositifs, la consigne coûte ainsi deux fois moins cher qu’un système de bouteilles à usage unique. Par exemple, pour vendre 1 000 L de boisson, le système consigné de la bière alsacienne Météor coûte 256€ au total, là où son équivalent en bouteille à usage unique coûte 517 €. Des économies qui bénéficient in fine au consommateur et contribuable (via le prix des produits ou des économies sur les coûts de gestion des déchets par exemple), mais qui ne se traduisent pas nécessairement par des gains pour les opérateurs des systèmes de consigne. L’étude souligne la difficulté d’assurer la rentabilité des dispositifs, surtout dans les premiers temps, du fait des coûts d’équipement et de logistique importants. Concrètement, l'étude montre que le principal impact environnemental est lié à la fabrication des bouteilles en verre. Cette étape contribue dans une proportion comprise entre 36% de l'impact total (hors recyclage), pour le dispositif de la brasserie Meteor, et plus de 70%, pour le dispositif "J'aime Mes Bouteilles". Ces résultats dépendent essentiellement de quelques paramètres clés. Le premier est le nombre de réutilisation des bouteilles. "Plus le nombre d'utilisations augmente, plus le nombre de bouteilles à fabriquer pour contenir 1.000 litres est faible", rappelle l'étude. Le deuxième est le lavage : sans surprise, l'impact est essentiellement lié à la consommation d'eau. Outre l'aspect lié à l'eau, l'impact du lavage dépend de l'énergie utilisée pour la laveuse et du nombre de réutilisations.

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Unité de lavage et de stérilisation

Les consommateurs adhèrent à la consigne

Le rapport est également riche d’enseignements sur l’attitude des consommateurs vis-à vis-des produits consignés. Une enquête réalisée auprès des clients des commerces montre qu’une très large majorité d’entre eux ont une attitude favorable vis-à-vis des emballages réemployables-réutilisables : 88% estiment utile d’en disposer dans leur magasin. Si une partie des consommateurs de ces produits sont sensibles à l’impact positif qu’ils ont sur l’environnement (pour 56% d’entre eux, c’est une raison d’achat), le potentiel de consommateurs de ces produits est plus large. Les principales raisons invoquées pour l’achat de produits consignés sont ainsi “le goût” (90%) ou “l’habitude” (78%). La contrainte de devoir ramener l’emballage consigné dans le commerce ou le montant de la consigne ne figurent pas parmi les principaux freins invoqués par les consommateurs pour passer au consigné. 86% d’entre eux mettent plutôt en avant la force de l’habitude, qui les mène à acheter d’autres produits. Une fois engagés, les consommateurs rencontrés continuent généralement de restituer les emballages.Le rapport pointe tout de même le besoin de praticité (augmentation et diversification des points de collecte) et de fiabilité du dispositif (pas d’arrêt de fonctionnement du système) pour assurer l’adhésion des consommateurs moins sensibles à l’environnement.

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Kiosque Carrefour Denain

Des recommandations pour développer le réemploi des emballages en France

Grâce à une analyse fine de chaque dispositif de consigne, l’étude permet d’identifier les freins techniques, économiques et organisationnels auxquels se heurtent les initiatives actuelles et d’en tirer des enseignements pour développer le réemploi des emballages en France.

Les recommandations adressées aux producteurs, aux opérateurs et au pouvoirs publics insistent sur plusieurs points :

  • La nécessité d’impliquer les supermarchés dans la collecte des emballages consignés (le rapport propose notamment “d’étudier la possibilité et des effets induits d’un dispositif obligatoire de reprise de produits boissons en emballages réemployables consignés par les distributeurs”)
  • Le besoin de standardisation des emballages réemployables (limiter les modèles et les formats, utiliser des colles adaptées…)
  • Le besoin d’accompagnement, de financement et de communication autour du réemploi des emballages. Des actions qui pourraient être portées par les pouvoirs publics, un réseau de professionnel dédié (le réseau consigne) et l’éco-organisme CITEO, en charge de la filière de responsabilité élargie des producteurs (REP) d’emballages.

Alors que des directives européennes récentes invitent les Etats à réduire l’usage du plastique et à faire progresser le réemploi des emballages, ce rapport offre ainsi des propositions concrètes pour réduire le recours à l’usage unique.

Le kiosque à verre de Denain: http://www.fnb-info.fr/fr/Le-kiosque-a-verre-de-Denain-une-solution-economique-et-ecologique-528.html?mbID=3040

Plaquette Boréal Ecocir:http://www.fnb-info.fr/medias/fichiers/depliant_comptoir_du_verre.pdf

Collecteurs de récupération TOMRA: https://www.tomra.com/fr-fr/collection/reverse-vending

Le fonctionnement d'un lavage: https://www.youtube.com/watch?v=1jBPXSAiUbAhttp://www.directindustry.fr/prod/krones/product-7266-571744.html#product-item_1475003

L'étude complète de l'ADEME: https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-32462-analyse-dix-dispositifs-consigne.pdf

 

Le Droit de l'Homme à l'Environnement Sain

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Le prochain grand combat que Earthforce Fight Squad va entreprendre dès le début de l'année 2019 sera l'inscription du ''Droit de l'Homme à l'Environnement Sain'' à l'article 3 (Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne) de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. La planète ayant considérablement évolué depuis décembre 1948 et vu que son évolution depuis 70 ans va en s'accélérant et menace l'existence même de l'homme et du vivant, il est urgent de modifiet l'article 3 de la déclaration ! 

 

Qu'est-ce que le ''Droit de l'Homme à l'Environnement Sain''

 

Tout le monde a le droit à un environnement sain.  Un environnement sain est considéré comme une condition préalable à la réalisation d'autres droits humains, dont le droit à la vie, à l'alimentation, à la santé et à un niveau de vie suffisant.  Cet aspect est mentionné en partie dans l'énoncé relatif au droit à la santé apparaissant dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC https://www.wipo.int/edocs/trtdocs/fr/un-icesc/trt_un_icesc.pdf), qui signale que tous les États doivent assurer la réalisation du droit à la santé en assurant, entre autres, l’amélioration de tous les aspects de l’hygiène du milieu.  Il a également été reconnu dans divers instruments relatifs aux droits humains, tels que:

le Protocole de San Salvador, ainsi que par l'instauration en 2012 du mandat des Procédures spéciales des Nations Unies concernant les droits humains et l'environnement,

la déclaration de Stockholm de juin 1972 ( durable/files/1/Declaration_finale_conference_stockholm_1972.pdf )

la Convention (n° 169) relative aux peuples indigènes et tribaux de 1989 ( https://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=NORMLEXPUB:12100:0::NO::P12100_INSTRUMENT_ID:312314 )

et plus récemment en France la ''Loi Biodiversité''

( https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000033016237&categorieLien=id ).

Chacun et chacune devrait pouvoir vivre dans un environnement favorable à sa santé et à son bien-être. Les États devraient prendre des mesures concrètes et progressives, individuellement et en coopération les uns avec les autres, pour élaborer, mettre en œuvre et maintenir des cadres appropriés pour réunir tous les éléments nécessaires à un environnement sain et durable, qui englobe l'ensemble du monde naturel.  Ils devraient, notamment, assurer le contrôle des entreprises et autres acteurs privés dans leurs activités dans le pays et à l'extérieur.

Selon les principes établis du droit international, dont les dispositions du PIDESC, la coopération internationale pour le développement et la réalisation des droits humains est une obligation qui incombe à tous les États. Une telle collaboration et un tel soutien, surtout de la part des États qui sont en mesure d'aider les autres, sont particulièrement importants pour faire face aux impacts transnationaux sur les conditions environnementales, comme les changements climatiques.

Pourquoi la clause est indispensable et indissociable de la Charte des droits élémentaires de l'Homme

1-Considérant que "L'homme a un droit fondamental à la liberté, à l'égalité et à des conditions de vie satisfaisantes, dans un environnement dont la qualité lui permette de vivre dans la dignité et le bien-être. Il a le devoir solennel de protéger et d'améliorer l'environnement pour les générations présentes et futures."  il est absolument indispensable d'ajouter cette clause à l'article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme...

2- Considérant que cette clause devait y figurer depuis que l'environnement planétaire se dégrade exponentiellement et qu'il est urgent d'impliquer les états d'un façon législative et juridique non-discutable et non-négociable à la préservation de la planète...

3- Considérant que la justice internationale à un besoin extrêmement urgent d'un "outil" et d'un cadre juridique mis à sa disposition pour pouvoir agir en cas de non-respect de ce droit fondamental...

En tenant compte de ces 3 points élémentaires et du fait que la planète subit des bouleversement considérables depuis 1949* nous, Earthforce Fight Squad, une ONG citoyenne de Protection de l'Environnement et du Vivant, exigeons que:

''Le Droit de l'Homme à l'Environnement Sain'' soit ajouté à l'article 3 de la ''Déclaration Universelle des Droits de l'Homme'' d'un façon urgente et définitive !

*L'année de la création de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

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SIGNEZ LA PETITION: https://www.change.org/p/mar%C3%ADa-fernanda-espinosa-garc%C3%A9s-droit-de-l-homme-%C3%A0-l-environnement-sain

Ecologie libérale ou libérée ?

  • Par
  • Le 27/11/2018
  • Dans Eco

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En finir avec l'écologie libérale sans remettre en cause l’hégémonie du modèle capitaliste, la lutte contre le réchauffement climatique n’est rien d’autre qu’une diversion !

À moins de n’avoir consciemment décidé d’ignorer toute l’actualité environnementale de ces dernières semaines, vous avez probablement entendu parler du dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), paru le 7 octobre et relayé par l’ensemble de la presse française et internationale. Nouvelle mise à jour de l’horloge de l’apocalypse climatique : quand bien même les Accords de Paris (COP21) sont respectés et que la hausse globale de la température d’ici 2100 se limite à 1,5-2°C, nous ferions quand-même mieux de nous préparer a des sacrés catastrophes climatiques avant 2030 à 2050, si nous sommes encore en vie d'ici là. Problème : à peine rendu public, cet n-ième rapport du GIEC est déjà à peu près obsolète puisque le consensus scientifique, au vu des efforts fournis par les États, serait une température minimale de 2°C voire 3°C pour la fin du siècle. Et une fois cette limite franchie, le réchauffement climatique entrerait dans une sorte de pilotage automatique qui rendrait futile toute tentative de régulation par l’homme. En d’autres termes, nous avons déjà franchi le seuil de la catastrophe et à cette vitesse, elle sera bientôt tranquillement dans notre salon.

Alors, puisque le grand public est légitimement en droit de paniquer, la presse internationale et une partie des influenceurs de ce monde ont sorti à peu près simultanément, chacun à sa sauce, leur joker. Des appels à l’action citoyenne, d’abord, dans tous les sens : 700 scientifiques réunis sur la une de Libération début septembre pour exhorter, alerter, supplier ceux qui décident pour nous de faire enfin quelque chose de concret : 200 "personnalités" médiatiques ménées par Aurelien Barrau dans les pages du Monde, la semaine précédente, pour froncer les sourcils et nous expliquer : ''qu'il est temps d’être sérieux" comme si le paternalisme d’Alain Delon et consorts avait le pouvoir de réveiller l’Humanité de cinquante ans de somnambulisme.

Autre option, plus proactive celle-ci : ressortir les petits manuels du bon citoyen écolo, la conscience chauffée à blanc par les appels des célébrités. Celui qui, en faisant pipi dans la douche le matin, en mangeant exclusivement des plantes et en lisant attentivement l’étiquette au supermarché tout en boycottant une telle ou telle marque, se coucherait satisfait, se sachant à son échelle contributeur actif d’un monde meilleur. Et puis, pendant qu’on en était à s’étriper sur Facebook, grâce à l’AFP, pour savoir ce qui polluait le plus entre 7 vols transatlantiques en charter et la naissance d’un enfant, l’oligarchie blanche du YouTube francophone a décidé de s’y mettre aussi. Bingo : sur Facebook, la vidéo "Il est encore temps" chiffre plus de 10 millions de vues, le site lancé conjointement cartonne et le 13 octobre, près de 80 cortèges défilaient en Europe pour sauver la planète, un peu amputés en France ces derniers jours par le mouvement des gilets jaunes, alors que la COP 24 à Katowice en Pologne arrive à grands pas.

Il faut voir, sincèrement, cet aréopage de youtubeurs nous expliquer, tout sourires, que le monde n’est pas (encore) perdu et qu’en s’y mettant, à nous tous, on pourra inverser le cours de la catastrophe. Il faut les écouter nous dire que des pétitions en ligne, le boycott, des marches citoyennes et un bon coup de pression sur la classe politique suffiront, à condition de s’y atteler sérieusement. Il faut se frotter les yeux pour y croire. Et se demander quel degré d’inconscience ou quelle quantité de psychotropes il faut posséder pour y croire réellement, après quarante ans d’action citoyenne aux résultats (quasi) nuls et d’accord internationaux piétinés les uns après les autres. Il suffit d’entendre le collapsologue Pablo Servigne, seul au milieu des youtubeurs, avouer que "c’est déjà catastrophique, mais il n’est pas trop tard pour éviter que ce soit encore pire", pour être envahi d’un sentiment de vide profond. Que diront ces mêmes influenceurs dans cinq, dix, quinze ans, quand rien n’aura bougé d’un iota ? Les rapports du GIEC ne servent plus à rien. Les appels sont muets. On continue, pourtant, à appeler. À quoi, au fait ? Au calme, surtout. À la "prise de conscience", d’accord. À l’action, certes, mais pas n’importe laquelle. Démocratique, hein. Non-violente, toujours. Diligente. Bien élevée. Individuelle. Atomisée, puisqu’il ne reste plus rien de l’esprit des luttes collectives du siècle dernier.

Toute la fable du changement individuel se déroule là, sous nos yeux. Le mythe fondateur de l’écologie libérale, qui voudrait résoudre l’équation de la survie de l’espèce en la réduisant à des habitudes de consommation personnelle. Complet hold-up sémantique, qui nous raconte ad nauseam que "l’homme" est à l’origine du réchauffement climatique, ce qui est en partie vrai concernant la destruction de son environnement – il y a même un mot pour ça, "l’anthropocène" – et que la "bonne volonté" suffira à en sortir. En consommant autrement, mais en continuant à consommer tout de même. Une performance de contorsion sémantique à faire pâlir un champion régional de Limbo. Car ce n’est pas "l’homme" en tant que tel – ou son synonyme, "l'activité humaine" – qui bouffe la planète, c’est le capitalisme qu'il a inventé dans un élan de perversion de son cerveau ultime. Le consommateur, lui, n’y est pour rien. Ce sont un demi-siècle d’empilement agressif des richesses, d’exploitation dérégulée des ressources naturelles, de croissance économique à tout prix et de déréglementation des flux de capitaux et de marchandises qui nous ont menés à cette situation désespérée. Notre consommation est la conséquence de ce modèle, en aucun cas sa cause. Sans remise en cause du capitalisme, aucune amélioration climatique n’est envisageable. Mais on a beau chercher chez les youtubeurs, dans les appels des grands quotidiens ou dans les discours des pasionarias de la science dépolitisée comme l’astrophysicien viral Aurélien Barrau, une critique systémique : pas un mot, pas une réprimande, pas même une tape sur les doigts ! Surtout, évitons le sujet du modèle politique et économique. Dans les conversations autour du climat, le capitalisme, c’est le Lord Voldemort – on ne le nomme pas, par crainte de représailles. Pile au moment où les forces en présence devraient être identifiées avec une résolution parfaite, on préfère nous cajoler avec des histoires de conscience individuelle et de bonnes volontés juxtaposées. Quand il s’agit d’esquiver la remise en cause du capitalisme, les efforts de diversion opérés depuis le début du XXIe siècle sont remarquables. Outre les appels à répétition dans la société civile, qui refilent incessamment le fardeau aux consommateurs, le monde entrepreneurial parle désormais très sérieusement, avec des étoiles dans les yeux, de "consomm’action", ''d'économie verte", de ''consomm'acteurs'', ''d'économie circulaire" et d’autres Subutex du profit. Mieux : à Bruxelles, la capitale de la mondialisation néolibérale, on tient des conférences sur la décroissance – attendez, pardon, on dit "post-croissance", maintenant. Comme si la Commission européenne, frappée d’une épiphanie, allait soudainement renoncer à sa raison d’être économique et œuvrer à faire de l’Union une ZAD géante où régneraient le troc et les pailles en carton recyclé. Comme si les lobbies de l’automobile et des énergies fossiles allaient finalement rattraper leurs décennies de dissimulation et de duperie, au nom de la bonne volonté environnementale. Comme si les intérêts économiques immédiats allaient un jour s’effacer devant l’impératif de survie de l’espèce. Comme si les politiques européennes allaient un jour s’attaquer réellement aux industries polluantes et risquer de perdre quelques points de croissance.

Appelez ça comme vous voulez, la "consommation éthique" reste un oxymore. Votre guacamole, votre quinoa ou votre soja sont des désastres environnementaux. La voiture électrique ? On ne vous propose pas d’arrêter de polluer, mais de polluer différemment. Consciencieusement. Mais n’en déplaise aux penseurs de l’économie verte, l’accroissement des richesses et la sauvegarde des écosystèmes, de l’environnement et de la biodiversité sont mutuellement exclusifs. Le problème ne vient pas du mode de consommation, il vient de la nature de la production illimitée et de la distribution des ressources dans un monde limité. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire Naomi Klein qui disait déjà tout cela en 2016. Ou un récent rapport, commandité par les Nations Unies et paru le 31 août, qui conclut à la nécessité de mettre fin au capitalisme pour survivre aux conséquences du désastre environnemental. Nous vivons dans un monde où huit personnes possèdent autant que 50 % de la population mondiale82 % des profits générés en 2017 ont bénéficié aux 1 % les plus riches, selon Oxfam.100 entreprises totalisent 71 % de la pollution planétaire annuelle. Où un tiers de la nourriture créée chaque année – soit 1,3 milliard de tonnes – termine à la poubelle. Un monde dans lequel la majorité des habitants vit avec 2 à 10 dollars par jour, mais parvient quand même à épuiser les ressources planétaires annuelles en huit mois. Le modèle que l’on nous offre, sans alternative possible, est le plus toxique qui soit. En Occident, lutter efficacement contre le réchauffement climatique suppose de renoncer volontairement à des siècles de domination économique et diplomatique sur le reste du monde pour une meilleure gestion des ressources. En attendant, le capitalisme menace l’espèce humaine d’extinction. Voilà ce que ces multiples appels devraient marteler, inexorablement, dans la presse internationale. Voilà le propos que nos youtubeurs nationaux devraient porter, avec le même optimisme viral. Pas sûr, cependant, que tout le monde soit prêt à l’entendre. Pour la première fois, la critique du capitalisme dépasse le simple cadre d’une lutte de classe pour devenir une lutte d’espèce. On ne devrait entendre que ça. Mais non. On marche dans les rues le dimanche après-midi, à l’initiative d’un réseau social, avec de jolies pancartes "make the planet great again". On rentre chez soi, en vélo, manger un bon repas vegan. On signe une pétition Change.org contre le glyphosate. On poste sur Facebook son "geste pour la planète", drapé dans sa vertu, avant de s’endormir satisfait. Satisfait d’avoir protesté, calmement, contre la fin du monde. Satisfait d’avoir fait sa part de colibri, jusqu’au prochain appel.

Théoriquement, en restant positif, les objectifs fixés lors de la COP21 pourraient encore être atteints. D'un point de vue du fonctionnement du climat, il n'est pas totalement impossible de contenir le réchauffement de la planète, même à 2°C, mais ce sera très difficile. Cela demande des transitions sans précédent historique. Cela demanderait d'agir extrêmement vite. Il faudrait que les émissions mondiales de dioxyde de carbone baissent de moitié d'ici 2030. Le rapport montre que les solutions technologiques existent. Il y a des leviers d'action à tous les niveaux de la société, que ce soit du côté des Etats, des collectivités, des entreprises ou des citoyens. Mais on montre également qu'il y a des barrières et la plus énorme de toutes s'appelle le CAPITALISME, sans le nommer. Déjà les deux barbus ZZ TOP , Marx et son pote Engels l'ont bien compris il y a un bail. C'est donc un enjeu de gouvernance, de sorte à permettre que ces solutions soient déployées le plus rapidement possible...aie aie aie pas simple, vous avez bien compris, puisque c'est l’affaire de tous...C'est aujourd'hui une question de volonté de toute l'humanité, pas seulement des états les plus riches ou les plus industrialisés faisant partie des plus gros pollueurs et émetteurs de CO2. Ce qui va mettre notre civilisation d'accord, ce sera son déclin, voire sa disparition en majeure partie, son effondrement. Pour l'instant les effets indicateurs ne sont pas encore assez visibles et perceptibles partout et par tous, quand ce sera le cas, il sera déjà trop tard. Nous nous sommes habitué aux annonces catastrophistes sur la biodiversité mais, en un sens, pour nous, tout va encore bien. La destruction continue des écosystèmes n'a que peu d'impact sur notre quotidien. Près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe en moins de 30 ans ; les campagnes françaises ont perdu un tiers de leurs oiseaux en 15 ans; 60 % des animaux sauvages ont disparu dans le monde depuis 1970; 50 000 km2 de forêts sont rasés chaque année (deux fois la superficie de la Bretagne); 7 % des espèces auraient déjà été éradiquées, nous faisant entrer à une vitesse record dans la 6e extinction de masse de l'histoire de la Terre. Une fois qu'un écosystème s'effondre, on ne peut plus revenir en arrière !!! On peut imaginer que l’humanité s’en sortirait en partie malgré tout en tant qu’espèce, mais les conditions dans lesquelles elle vivrait relèverait juste de la survie. La biodiversité est aujourd’hui notre meilleure assurance vie! Il y a un trop gros décalage entre l’homme et la nature. Le seul contact qu’ont beaucoup de gens avec elle, c’est au mieux un parc municipal, au pire un arbre sur un trottoir. Plus on lui tourne le dos, moins on sera enclin à la protéger, et les messages culpabilisateurs sur la crise de la biodiversité et du climat ne serviront à rien. Si on montre à quel point la machine-écosystème est belle, à quel point nous en sommes dépendants, et surtout à quel point les systèmes écologiques sont inter-connectés, tout le monde aura peut-être envie de les protéger ! On ne pisse pas dans l’eau qu’on va boire! Un autre problème, la croissance de la population humaine, qui ne va pas soudainement s’arrêter à 8 milliards d'individus. Il faut donc imaginer les politiques de conservation à l’échelle des écosystèmes entiers et non plus seulement à celle des espèces et des humains. Tout cela risque d'engendrer des profondes mutations à l'échelle planétaire, des luttes pour les territoires des migrations climatiques de masse et des guerres pour la survie. Car nous entrons déjà en guerre puisque nous avons dix ans à peine et il faudra peut-être prendre des décisions bien plus radicales pour assurer la survie de notre espèce et celle du vivant. Si la culture dominante, notre civilisation post-industrielle, se dirige tranquillement vers son effondrement, si elle détruit les écosystèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne considère pas le monde naturel et ses équilibres et ses dynamiques comme primordial. Au contraire, ce qu’elle considère comme primordial, c’est elle-même, son propre fonctionnement, sa croissance, son développement, ses industries, etc. C’est précisément parce que la civilisation industrielle est profondément et fondamentalement narcissique, qu’elle ne se soucie que d’elle-même, qu’elle est amenée à détruire tous les autres (les autres espèces et les autres cultures), tout ce qui n’est pas ELLE. Faisons très attention, car considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite, c’est perpétuer le narcissisme qui est au cœur de ses pulsions destructrices. L’effondrement de la civilisation industrielle est peut-être une solution, pas un problème. La santé de la biosphère est ce qu’il y a de plus important. Au-delà de l’aspect empathique élémentaire qui devrait nous pousser à nous soucier des autres, il s’agit également d’une réalité écologique élémentaire. Nous ne pouvons pas vivre sans un écosystème sain. Au fond, la vraie question que pose l’effondrement de la civilisation industrielle, au-delà de sa datation précise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est surtout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souffrir ou mourir de manière anticipée. Projetée à l’échelle des sociétés, c’est la question de la pérennité de notre descendance, et même de notre ''culture''. Notre empathie devrait aussi nous soucier d'autres cultures et d'animaux...du vivant dans son ensemble. Si notre monde et mode de vie occidental s'effondre, ce ne sera pas forcément celui des autres peuples, notamment des peuples premiers qui ont su garder un contact étroit avec la nature et qui, bien au contraire, peuvent en tirer un profit conséquent en se débarrassant de ceux qui les soumettent et les exploitent depuis toujours. Les quelques objets que monsieur tout le monde utilise au quotidien le lient à l’exploitation d’une multitude d’individus et d’endroits du monde (endroits constitués d’autres individus non-humains, végétaux, animaux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette ignorance des conséquences réelles de son mode de vie découlent les horreurs les plus diverses et les plus insoupçonnées. Il nous suffirait d’examiner la fabrication d’un téléphone portable, d’une télévision, d’un t-shirt Nike, d’une simple brosse à dent ou encore d’un ballon de foot, d’une voiture ou de n’importe quel objet produit en masse, de n’importe quelle infrastructure industrielle, pour trouver d’innombrables destructions environnementales et asservissements sociaux. Actuellement et dans les années à venir, le développement ''salutaire'' des technologies dites ''renouvelables '' (solaire, éolien, barrages, biomasse, etc.) et des hautes-technologies en général engendre déjà et continuera à engendrer une intensification, un accroissement, des pratiques extractivistes et de l’exploitation des ''ressources naturelles'' en général. Au nom donc, de la ''croissance verte '' et/ou du ''développement durable'', qui correspondent à une aggravation significative de l’impact environnemental de la civilisation industrielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien industriels requièrent des métaux et minerais rares que l’on trouve en quantité limitée et en certains endroits du globe uniquement. L’extraction, le traitement et l’exploitation de ces matières premières génèrent d’ores et déjà une catastrophe écologique. Les États du monde et leurs dirigeants à la botte des lobbys capitalistes (PDG et politiciens) connaissent ces problèmes écologiques et s’en moquent éperdument – c’était attendu. Les dirigeants étatiques savent que cela risque de créer de nouveaux conflits internationaux. Ils se disent prêts à affronter cette éventualité, ainsi qu’on peut le voir dans un rapport d’office parlementaire publié sur le site du sénat et intitulé '' Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques ''.

De manière globale, la militarisation du monde va croissante, également à cause des prévisions concernant les migrations humaines massives que les changements climatiques vont engendrer, et des pénuries ou épuisements à venir ou de différentes ressources stratégiques (dont la terre elle-même, dont l’eau, etc.). Les injustices massives vont perdurer et s’accentuer. Plus que jamais, si nous voulons défendre le monde naturel contre les assauts qu’il subit et qu’il subira au cours des décennies à venir, nous avons besoin d’une résistance organisée, qui assume une conflictualité délibérée vis-à-vis de l’État, même si résister, c'est déjà trop tard. Il faudrait commencer par les en empêcher par tous les moyens avant d'entrer en résistance. Les initiatives d’individus du monde riche cherchant à augmenter la résilience de leurs communautés (façon villes en transition) à l’aide de panneaux solaires et d’éoliennes industriels ne feront qu’appuyer l’extractivisme des États et des corporations et l’exploitation d’esclaves modernes à travers le globe et surtout dans les pays pauvres ou émergents. Nous ne savons pas quand un effondrement se produira. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont déjà très mal et qu’elles vont empirer, pendant un certain temps. Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui compose la civilisation industrielle capitaliste, la perspective de son effondrement n’est qu’un espoir distant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des destructions écologiques qui la compose. Pour eux, l’effondrement constitue un évènement attendu avec impatience. Ce qui nous amène là, c’est un consumérisme stupide qui ne rend même pas les gens heureux. À l’origine, les fruits de la croissance étaient l’augmentation du bien-être, la réduction des inégalités, le plein-emploi, la société des loisirs. Aujourd’hui, la croissance est complètement disjointe de ces fins. La croissance nous amène à la ruine, sans plus nous livrer ses fruits. Nous aurons une planète plus difficilement habitable, et tout cela pour, finalement, un leurre ou en tout cas une machine qui désormais s’emballe et n’accroît que les intérêts financiers du capital d’une petite minorité mondiale. La difficulté qu’on a à agir tient à deux raisons. La première raison, c’est que tout notre système capitaliste de production poussant à la consommation crée la catastrophe. C’est systémique. Notre système politico-économique est un système dopé à la croissance et à l'emballement. C’est la totalité du système qui déraille. La deuxième difficulté, c’est que nous sommes vraiment coincés par le temps. Si nous voulions, par exemple, avoir une chance de rester sous les 2°C d’augmentation à la fin du siècle, il faudrait dès maintenant réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 4% par an, alors qu’elles augmentent de 2% environ. C’est énorme. Et ce, tous les ans ! Dans un premier temps, c’est peut-être plus facile, mais ensuite nous commencerons à entrer dans le dur et les changements auront des conséquences plus importantes. C’est le défi et c’est normal que cela soit difficile, puisque le temps nous presse. Donc essayer d'avancer par les petits pas comme le font les décideurs, c’est absurde. Il faudrait considérer que nous sommes dans une économie de guerre. On l’aura quand les manifestations deviendront très sensibles et nous entrerons dans un radicalisme politico-écologique car il n'y aura aucune autre issue. La civilisation dans laquelle nous sommes est déjà extrémiste. Elle nie le vivant et le détruit en masse. Ce n’est pas fantasque de l’affirmer: toute la littérature scientifique démontre que nous détruisons les conditions de vie sur Terre aujourd’hui. Donc cette civilisation est extrémiste. C’est le cœur du système même qui est extrémiste et délirant. Ce système qui, s'il veut se préserver, doit inévitablement changer des règles et quand le politique change les règles, les effets sont massifs. Et seul le politique peut avoir des effets massifs, sauf l'effondrement lui-même, bien sûr. Mais il ne le veut, évidemment, absolument pas ! Les gens sont, la plupart du temps, biberonnés à l’économie néoclassique et à l'addiction qui est le cœur de ce système. Les personnes engagées dans une démarche de résilience et de décroissance n’ont pas le même genre de frustration. Notre modernité a toujours considéré que la Nature n’était rien. C’est un capital naturel que l’on peut détruire indéfiniment et que l’on remplace par du capital technique et de la technologie. Nos dirigeants sont imprégnés de cela, donc nous avons déjà un problème culturel. A cela s’ajoute un problème d’intérêts économiques et privés contre l’intérêt écologique général. Une petite minorité d’entreprises ou de citoyens, environ 10% des gens, émet 50% des gaz à effet de serre, tandis que 50% de la population mondiale n’en émet que 10%, selon encore un rapport d’Oxfam de 2015: cela montre la situation dans laquelle nous sommes. Je pense que nous allons vivre quelque chose de si terrible que cela va franchement guérir l’humanité d’un certain nombre de tendances fâcheuses. En tout cas c’est une des possibilités et peut-être plutôt un espoir. Le même que les peuples premiers, ceux qui souffrent depuis des siècles et sont essorés par le capital. Nous pouvons être très inquiets pour les décennies à venir car nous voyons bien que ça grippe depuis longtemps. Il faudra être très vigilants et surtout intransigeants pour que l’on puisse changer vraiment les choses; si on commence à les changer substantiellement, ce sera plutôt dans la décennie suivante. Or, si tel est le cas, le risque de dérive vers une planète chaude est probable. Et une planète chaude, ce n’est plus qu’un milliard d’humains dessus vers la fin du siècle. Toute la difficulté, c’est qu’il y a une incertitude énorme sur nos marges d’action, sur ce que l’on va réussir à faire dans les dix années à vennir. Et ces dix ans seront totalement décisifs. En écoutant les discours des uns et des autres, des climato-sceptiques comme des climato-convaincus, le constat est alarmant à plus d'un titre et l’impression qui s'en dégage est que l’on ne fera rien ou pas grand chose, en tout cas. Mais nous devons garder la possibilité de faire un maximum pendant ces dix ans et à une échelle globale !!! Appelez cela de l'espoir ou de l’optimisme si vous voulez.

Là où le pessimisme s’impose, c’est que même avec cet espoir, ce sera très difficile. On n’échappera pas à une phase très sombre. Même pour cette partie de l’humanité qui a vécu de façon très simple, mais cependant facile pendant quelques générations et qui ne jure aujourd'hui que par le pouvoir d'achat confondant les fins avec les moyens, la surprise va être assez rude. Les seules pistes qui nous semblent réalistes à exploiter à ce jour pour parvenir à une hypothétique stabilité climatique et une écologie libérée indispensable sont: la décroissance rapide, soutenue et globale et les mouvements citoyens radicaux à l'instar de celui des XR (Extinction Rebellion) ou celui des peuples premiers. Le salut de notre civilisation s'y trouve peut-être...


 


 


 


 

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

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