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La Nature, le Capitalocène et l'Effondrement

La conférénce que j'ai présenté pour la première fois le 22 mai 2019 en Guadeloupe. Bien avant le Covid-19. Je la publie en ce temps de confinement, pour vous permettre de lire ma réfléction à ce sujet. Bonne lecture "chez vous" à la maison.

La Nature, le Capitalocène et l'Effondrement

La Nature, le Capitalocène et l'Effondrement

Avant propos

Hier encore, la Dominique dressait ses collines émeraude au-dessus de la mer turquoise. En août 2017, elle était recouverte de forêts d'un vert à nul autre pareil, chaque sommet, chaque ravin débordant de végétation. Île la plus montagneuse de la région, au couvert forestier le mieux préservé, elle était une merveille de splendeur naturelle, mais pauvre. La plupart de ses 70 000 habitants vivaient chichement sur de petites exploitations, ajoutant aux bananes plantains et ignames, un peu de pêche et de tourisme. L'île avait déjà subi une première tempête en 2015, Erika, qui avait déversé des torrents d'eau sur les collines dont certaines s'étaient effondrées.
Le 18 septembre 2017, l'ouragan Maria soudainement passé en catégorie 5 (niveau extrême encore rarement atteint), a frappé de plein fouet la Dominique. En une nuit l'île verte est devenue marron. Des vents d'une extraordinaire férocité avaient purement et simplement soufflé le couvert forestier. Si Erika n'avait fait qu'égratigner l'île, Maria l'avait littéralement écorchée. Cette fois, la totalité des infrastructures – maisons, routes, ponts, hôpitaux, écoles – avaient été pulvérisées et le secteur agricole réduit à néant. Le coût financier était estimé à deux fois le produit intérieur brut (PIB) du pays, mais, comme le nota l'agence d'information IRIN: "le sentiment de perte dépasse le chiffrable. Les descendants d'esclaves qui peuplent la Dominique n'ont pourtant rien fait pour réchauffer la planète, pas plus que les derniers Indiens Kalinagos qui y survivent. Les agriculteurs pauvres qui améliorent leurs fins de mois comme chauffeurs de taxi ou vendeurs de rue ne produisent que des empreintes carbones négligeables, et n’ont aucun pouvoir sur la fourniture mondiale d'énergie. Or, ce sont précisément eux qui ont péri sous les coups de boutoir de l'hypercyclone.

Ils ont fait quoi, les habitants de la Micronésie pour favoriser l'emballement climatique ? Ces îles oubliées du Pacifique lointain, accrochées sur l’équateur à mi-chemin entre l’Australie et Hawaï, un archipel d’une île et de 32 atolls, dont 12 seulement sont habités. Minuscule Etat de Micronésie aux 110 000 âmes sur des poussières de terre ferme, 726 km , soit Paris et sa couronne, dispersées sur un immense espace maritime de 3,5 millions de kilomètres carrés d’eaux territoriales, soit l’Inde. Les Kiribati en gilbertin, la langue austronésienne parlée par les habitants originaires. A l’exception de l’île Banaba, les plus hauts reliefs font 3 mètres. Ce mince affleurement en pleine mer leur est aujourd’hui fatal. En effet, les derniers modèles effectués sur la fonte de la calotte antarctique et sa fracturation en énormes icebergs laissent à penser que le niveau des océans du monde pourrait s’élever de 1 mètre à 1,80 m d’ici à 2100. Leurs terres seraient alors submergées. Aujourd’hui déjà, sur l’atoll de Tarawa, le plus peuplé, la population a dû dresser des digues de fortune et planter des palétuviers pour contenir la mer qui, à chaque tempête, s’infiltre un peu plus, érode les côtes et salinise les sols sur lesquels plus rien ne pousse. Au moins huit petites îles ont déjà été englouties. Les îles du Pacifique vont être les plus frappées par les effets du changement climatique. Avant la fin du siècle, ces îles vont devoir être abandonnées par leurs populations.
Nous vivons dans l'Anthropocène, une époque dans laquelle notre espèce particulière tient désormais les rênes des forces de la nature et décide de la trajectoire de la planète, comme cela se voit surtout dans le domaine climatique. L'humanité dans son ensemble serait donc responsable des catastrophes qui en découlent ? L’Homme est-il allé trop loin ? Avons nous enclenché sans le savoir, un processus irréversible qui mènera à l’effondrement de notre civilisation ? Possible...

Le préambule

Quand j'étais gamin, j'allais souvent à la campagne chez mes grands parents paternelles. J'adorais ça. Nous étions dans les années cinquante/soixantes en Europe centrale et la vie était bien différente de celle d'aujourd'hui. Je ne parle pas de technologie, d'industrie ou des progrès scientifiques naissants, mais tout simplement d'une vie saine et simple dans un écosystème riche et à la nature encore relativement vierge et préservée. Je revois ces images du passé comme si c'était hier. Avec mon grand père, qui après avoir été soldat pour François Joseph dans son armée de l'Empire austro- hongrois en guerre 14-18 où il a appris le métier de boulanger, faisait un petit boulot de garde forestier. Nous prenions souvent des vélos et allions au champignons quand c'était la saison. Les villages vivaient aux rythme des saisons. Forcément, il connaissait tous les bons coins comme sa poche et nous ne rentrions jamais bredouilles, nos paniers remplis de cèpes. Au retour, nous nous arrêtâmes parfois au bord des chemins pour y cueillir des fruits, des pommes, poires, cerises, abricots et prunes que mon papi faisait fermenter dans des grands futs en chêne et ensuite distillait dans son alambic artisanal pour en faire une eau de vie arrache-gueule. C'était complètement interdit, mais il s'en foutait. L'important c'était d'avoir du bon remontant pour les fêtes, pour supporter l'hiver et pour un petit coup le soir avant d'aller se coucher. Pas de télé, c'était le journal le matin, la radio le soir, un petit coup de gnôle et dodo. Tout était à portée de main et rien ne se perdait. Pas de poubelle à la maison. Le journal servait à allumer le feu et à se torcher les fesses, les restes des repas servaient à nourrir les animaux : poules, lapins, chèvre et cochon. Même le chien avait sa part. Mon grand père avait aussi un cheval et une carriole pour aller chercher le foin qu'il stockait dans le grenier pour nourrir les animaux l'hiver et leur protéger le sol. Son crottin mélangé aux autres excréments d'animaux servait comme engrais au potager ou était répandu dans les champs. On y récupérait les patates, de la betterave, du maïs et du blé, tout ce qui a été laissé par la coopérative et que se partageaient les villageois. C'était le troc : des œufs frais contre du lait frais, une poule ou un poulet contre de la farine, des fruits contre des champignons.... Quand on tuait le cochon, tout le monde participait à la fête et au repas, puis repartait chacun avec quelque chose : boudin, andouillette, des côtelettes. On faisait des saucisses, du saucisson et du jambon. Du lard et du saindoux pour la cuisine. Je n'aimais pas quand on tuait les animaux, que ce soit mon pote lapin, une poule, un canard ou le cochon. Je ne voulais pas les manger, car c'était comme si on me donnait à manger un ami. Mais bon, c'était comme ça. En attendant, tout se récupérait et rien n'était perdu ni jeté. Les plumes des oies et des canards servaient à faire les édredons pour l'hiver et mêmes les cendres du poêle servaient à remblayer les chemins ou à les saupoudrer lors des gelés hivernales ou des tempêtes de neige. Mes grands parents n'achetaient pas grand chose chez l'épicier. Du sel, des épices, du sucre, du riz et de la bière en bouteilles de verre consignées. Le pain était fait maison. Pas de frigo, c'était le puit qui fournissait l'eau potable et qui l'été était l'endroit le plus frais ou alors la cave. Pas de plastique, du papier seulement. Quand il y avait besoin, ils s'aidaient les uns les autres. Chacun apportait son savoir-faire et les outils pour les constructions, les réparations, la mécanique, il y avait le menuisier, le ferronnier et le maréchal ferrant. Une vie simple réglée au rythme de la nature et en accord avec elle.
Les vacances finies, je retournais en ville en train à vapeur, plus tard en voiture quand mon père a pu en acheter une. Une Ford. Parfois aussi en Harley Davidson avec un side-car que mon grand- père avait récupéré de l'armée américaine. Sinon, on marchait beaucoup en ville, nous prenions le tram et le trolleybus. Nous sommes devenus ''urbains'' et il fallait se débrouiller faute de moyens. On ne mangeait la viande que le dimanche, et les jours de fête. Le reste du temps c'était du ''végétal'' vu que nous avions un potager sur un petit lopin de terre avec quelques arbres fruitiers, des légumes et quelques ruches et ma mère faisait des prouesses d'invention des plats et des soupes surtout l'hiver. Confitures, miel maison, même la vie en ville était encore réglée au rythme des saisons. Vendredi c'était le jour du poisson quand il y en avait. Nous étions loin de la mer. La première fois que je l'ai vu, c'était la Baltique avec mes parents et ma soeur, je devais avoir 13 ans. Elle était agitée, froide et magnifique. La mer m'a envouté instantanément. J'ai commencé à traverser l'Europe, qui était loin d'être unie à cette époque avec frontières, passeports et visas, seul ou avec mon pote Tom à l'âge de dix sept ans. En train et en stop, sans un sou. Pour nous en faire un peu, nous faisions la manche en chantant avec nous guitares les chansons de Bob Dylan. Ça marchait plutôt bien, nous n'étions pas trop mauvais et les gens nous laissaient parfois même quelques billets. L'été terminé, début septembre, c'était le retour au bahut. Tout ce que j'ai vu à cette époque là a disparu ou a été sérieusement endommagé et progressivement changé. Dans les années soixante nous ne buvions pas de l'eau dans des bouteilles en plastique, du lait ou du jus de fruits dans des briques, les forêts étaient vertes et abondantes. Il n'y avait ni les énormes zones industrielles ni commerciales. Enfant, j'ai toujours été attiré par les indiens, les tipis, je me fabriquais des mocassins, l'arc et les flèches. Mon grand père m'avait appris la forêt, alors j'aimais parfois m'y réfugier tout seul, le visage peinturluré, avec une plume dans les cheveux, en dormant une nuit dans un tipi que j'avais construit selon les méthodes ancestrales décrites dans les vrais livres car il n'y avait ni écrans, ni portables, ni PS4 ni des tutos YouTube. Je me passionnais pour Jules Vernes, Mark Twain ou des romans d'aventures indiennes comme Winnetou de Karl May et il n'y avait que la faim qui me rapatriait à la maison, car avec mon arc je n'arrivait pas à chasser un pauvre lièvre qui passait par là.

Prise de conscience

Dans les sixties le monde était encore à peu près naturellement ''durable'' et écolo, mais ayant fuit le collectivisme soviétique imposé et la dictature communiste pour une vie à l'occidentale, je m'en souciais que peu. Nous ne savions même pas ce que le mot ''écologie'' voulait dire, je ne me rappelle même pas s'il existait déjà et qui l'avait inventé. Sûrement encore un allemand (Ernst Haeckel (1)). Le sex libéré sans menace du sida oui, l'alcool, les drogues, la musique rock à fond, la crinière au vent, les motos, les bagnoles, mais une conscience écologique ? Woodstock à poil dans la boue, c'était écologique ? Mai 68 à Paris ou le printemps de Prague ? Pas trop l'ambiance à l'écologie...Mais, petit à petit le gens commençaient à s'inquiéter tout en devenant ''urbains'' et en prenant de la distance avec la nature de nos grands parents jusqu'à en perdre complémentent le lien. L'écologie m'est peut-être apparue pour la première fois en tant que telle avec la création du Earth Day en 1972 à Stockholm en Suède, et encore. Qu'à travers les journaux et la télé où j'ai commencé à travailler à Paris en 1974, mais notre soucis était plus la guerre du Vietnam que l'écologie. Mon retour au monde naturel à dose homéopathique, je l'ai vécu par hasard à travers mon prof de fac, l'ethnologue Jean Rouch, spécialiste de l'Afrique des ''sauvages'', un passionné débonnaire et l'extraordinaire bricolo de sa légendaire Paillard-Bolex H-16mm à ressort. Puis lors de mon voyage au cœur de l'Amazonie dans une tribu d'amérindiens n'ayant eu aucun contact préalable avec la civilisation.

Je connaissais la forêt par cœur, cette forêt de chez nous, pas la tropicale, amazonienne et hostile. Après la mer, c'était pour moi une autre découverte extraordinaire, surtout des humains qui s'y cachaient depuis le début de l'humanité. Qui vivaient en harmonie et accord parfait, fondus dans cette nature sauvage et qui était leur source d'existence. J'ai alors réalisé, qu'aucune espèce vivante ne pouvait survivre en dehors de trois principes fondamentaux :

Le principe de la biodiversité : chaque écosystème est dépendant des espèces qui l’occupent
Le principe de l’interdépendance : chaque espèce dépend l'une de l'autre
Le principe des ressources épuisables : toute ressource est limité dans le temps
C'était le début de ma prise de conscience ''écologique '' qui m'a conduit vers un constat indéniable et qui, actuellement, se traduit par un effondrement général de l'espace nature et des espèces qui l'occupent.

Les faits

L'augmentation de la population d'une espèce va provoquer un déséquilibre dans les ressources qui a leur tour vont provoquer d'un coté l’effondrement et de l'autre la prolifération d'autres espèces. Je m'explique : le réchauffement climatique par exemple, impacte la température de l'océan et augmente la pression sur sa capacité d'absorption du CO2, fait fondre des glaces et l'apport volumétrique supplémentaire en eau douce et le surplus du CO2 atmosphérique engendrent son acidification qui elle, provoque le stress du corail, son blanchiment et la mort du récif. L'acide dissout sa coquille et son squelette calcaire. La lente disparition de phytoplancton depuis des années cinquante a provoqué une diminution de 40% de production de l'oxygène et a engendré l'impact sur la chaine alimentaire halieutique aidé par la surpêche pour nourrir les populations croissantes. Plus de population=plus de consommation=diminution de ressources=effondrement. C'est imparable. Les humains ont cette incroyable capacité à la destruction et ce depuis l'époque des chasseurs- cueilleurs et tout s'est accéléré exponentiellement à partir de la première révolution industrielle. Avec la démographie croissante les ressources diminuent jusqu'à leur raréfaction, voire disparition et vu que nous impactons toutes les ressources, nous impactons aussi la nature, le vivant et son habitat. L'océan joue un rôle primordial, déjà en tant que régulateur de température, absorbeur de CO2 (2/3) et producteur d'oxygène à la hauteur d'environ 70%. Plus que les forêts (1/3), donc, alors s'il est déséquilibré, toute la chaine climatique et alimentaire en est forcément bouleversée. Il y a plusieurs attitudes négatives face à de tels bouleversement :

1-Le déni
2-L'acceptation et fuite en avant favorisant le développement perpétuel
3-L'acceptation de l'idée que ce même développement permettra de trouver des solutions

4-L'acceptation dépressionnaire et constat d'impuissance
5-L'apathie, l'attente et peur de l'échec
6-Le fatalisme de l'inévitable

Le déni est motivé soit par l'avarice, soit par l'ignorance. Quelque climato-sceptiques y voient même une opportunité de développement de l'agriculture, de nouvelles sciences salutaires et d'écosystèmes artificiels planétaires. Pour les politiques, chercher des solutions réalistes n'est pas une solution, car les mesures à prendre seront forcément impopulaires avec la perte d'électeurs et du pouvoir à la clé. La majorité de la population est apathique car, ou préoccupée par son égocentrisme matériel ou par sa simple survie. A partir de ce moment précis, il est très facile de prévoir le futur de l'humanité : plus de guerres pour des ressources rares et indispensables, l'invasion des espaces par les réfugiés climatiques (200 à 500millions d'ici la fin du siècle), plus de pauvres exploités par une minorité des plus riches, plus de désastres (ouragans, inondations, incendies...), plus d'épidémies, l’effondrement de la biodiversité et du vivant. Ces dernières 50 années 60% de vertébrés ont disparu sans parler des insectes dont le taux de disparition est 8x plus élevé. Depuis trente ans, la biomasse totale des insectes diminue de 2,5 % par an et la principale cause en est la perte de leur habitat majoritairement due aux pratiques agricoles intensives et aux immenses champs en monoculture avec la destruction des haies. La chaine suit : les reptiles, batraciens et les oiseaux disparaissent en nombre à leur tour, mais aussi les petits rongeurs et les poissons. Un déclin qui pèse sur la biodiversité et notre alimentation car 75% des sortes de plantes que nous mangeons sont liées à la pollinisation. Les céréales pollinisées par le vent (blé, riz) représentent environ les deux tiers de notre consommation de produits agricoles et le tiers qui reste en termes de tonnage, ce sont les légumes, fruits et les cultures à forte valeur ajoutée, donc les plus précieuses en termes de nutrition. Cette crise est mondiale. Toute la chaîne alimentaire mondiale pèse pour un tiers des émissions de CO2 le reste est rejeté par l'économie dont l'énergie.
Nous voilà désormais déjà dans l’urgence et l’obligation d’agir, notamment en matière de maîtrise de l’utilisation des pesticides dont l’impact est le plus lourd pour ces insectes et animaux.
De ce constat anthropocènique est née la ''collapsologie'', la pseudo-science de l'inévitable et de l'effondrement systémique global : la fin de la période de la plus grande abondance matérielle jamais connue au cours de l’histoire humaine. Une abondance fondée sur des sources temporaires d’énergie concentrée et bon marché qui a rendu possible tout le reste , le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi selon Yves Cochet. L'humain est son propre ennemi et la cause de sa propre disparition. L'anthropocène s'apparente au suicide car nous sommes dans une courbe exponentielle à l'accélération inévitable et sans freins, ce qui nous mène droit dans le mur vu que la démographie finira par exploser, les ressources par s 'épuiser et la fuite sera impossible car l'espace planétaire n'est pas extensible et sera définitivement impacté par nos activités humaines : les océans de plastique sans vie, les sols inféconds détruits par la chimie, la désertification, l'eau rare polluée et irradiée, l'air vicié. Tchernobyl et Fukushima étant à nos yeux les deux pires catastrophes dans l'histoire des crimes écologiques, aujourd'hui nous agissons comme si cela ne s'était jamais produit. Nous sommes devenus une espèce sociopathe perdant son empathie et compassion vis-à-vis d'autres espèces, de la nature et du vivant capables de massacrer 60milliards d'animaux en une année rien que pour notre nourriture tout en voulant contrôler la nature, alors que c'est elle qui nous contrôle. La solution consisterait peut-être et entre-autres à sortir de l’anthropocentrisme et adapter enfin le biocentrisme, un courant de l'éthique environnementale généralisant l'approche Kantienne (2) à tous les êtres vivants. Ces derniers doivent être considérés comme des fins en soi, c'est-à-dire comme possédant une valeur intrinsèque qui leur donne droit au respect. Nous avons un besoin urgent de retrouver une vie en harmonie avec toutes les autres espèces. Sans écologie, il n'y a pas d'économie. L'humanité est dotée de plein de qualités d'imagination, d'amour, de passion et de courage pour construire un nouveau monde, un nouveau modèle de société et est tout à fait capable de développer des alternatives durables à l'agriculture, à l'énergie tout en respectant notre planète. Nous avons des penseurs, des leaders, des philosophes, des scientifiques, des activistes, des artistes et des enseignants capables d'exploits et leur nombre va aussi en croissant. La solution à un problème impossible se trouve dans la découverte d'une solution impossible jusqu'à lors. L'impossible peut et doit devenir possible. Le monde ne nous appartient pas, nous en sommes que des locataires passagers et nous devons le transmettre en bon état aux générations à venir. La condition à la prise de conscience de masse est assujettie par deux
facteurs essentiels:
1-
la visibilité réelle de la destruction et son impact personnel immédiat

2- la disparition du travail et de ressources vitales

Alors pourquoi tout va s’effondrer ?

Nous partageons tous les souvenirs d’un été caniculaire qui, avec les températures suffocantes, la sécheresse, les feux de forêt, la prolifération des algues toxiques et les inondations, nous a fait éprouver dans notre chair et au quotidien les conséquences d’un changement climatique trop souvent réduit à une kyrielle de chiffres abstraits. C’est à ce moment précis que Nicolas Hulot, ministre et icône de la transition écologique, annonce sa démission en réaction à la politique d’un gouvernement hypnotisé par le court terme et paralysé par le poids de lobbies. Cette démission apparaît comme un signal d'alerte face à l'inertie collective des consciences et des comportements. Et ce, alors même que des indicateurs de plus en plus nombreux montrent que "La grande accélération" de la crise écologique prend la forme d'un effondrement qui pourrait remettre en question notre civilisation et même jusqu'à la survie de l’espèce. Théoricien de l’Hypothèse Gaïa, James Lovelock prédisait en 2006 qu’avant la fin du siècle 80 % de la population de la planète aura disparu ! Il écrivait : ''Notre avenir est semblable à celui des passagers d’un petit bateau qui naviguerait tranquillement vers les chutes du Niagara, sans savoir que les moteurs sont sur le point de tomber en panne.'' Voici qu'une étude parue l'été dernier va dans ce sens en évoquant la possibilité d’une "bascule climatique" : un point de non-retour à partir duquel toute la dynamique climatique de notre planète pourrait s’emballer et devenir irréversible.

Développé par différents auteurs, le concept de "Capitalocène" permet de mieux comprendre les origines et les conséquences de cet effondrement écologique, et d’imaginer, à partir de cette prise de conscience, des stratégies pour le freiner. La profondeur des transformations environnementales opérées par le capitalisme feraient entrer la terre dans une nouvelle ère géologique, le Capitalocène, qui fait suite à l’Holocène, une période couvrant les dix derniers millénaires. Le dérèglement climatique, dû aux pollutions émises par l’extraction et la consommation d’énergies fossiles, n’est pas séparable de l’émergence du Capitalisme. Désignant sensiblement la même réalité phénoménologique que l’Anthropocène, le Capitalocène est un concept qui prend comme point de départ l'idée que le capitalisme est le principal responsable des déséquilibres environnementaux actuels. La responsabilité de l'exploitation des énergies fossiles sur la dégradation de l'environnement n'est plus à prouver et ce sont bien quelques dizaines d'entreprises qui s'enrichissent sans redistribuer leurs profits vers la sauvegarde de l'environnement.

Mais bien au-delà d’un mode de production, le capitalisme c'est une vision du monde c'est à dire à la fois un rapport social, un mode de subjectivation et de pensée, un imaginaire qui se décline à travers des représentations culturelles ainsi qu'une certaine idée de l'être humain réduit à son rôle économique de producteur/consommateur animé par la maximisation de ses intérêts égoïstes. Cette vision du monde exprime l'hégémonie de la valeur marchande et de l’abstraction économique sur la vie concrète, les communautés humaines et le milieu naturel. Il va sans dire que l’histoire de l’interaction entre l’humain et son environnement remonte aussi loin que l’histoire humaine. Depuis le début de l’hominisation, l’humain a eu à transformer, aménager, mettre en forme la nature de diverses manières pour produire ses moyens de subsistance et pour répondre à ses besoins élémentaires ( se nourrir, se vêtir et se loger). Comme notre nourriture, par exemple, ne se retrouve pas à l’état brut dans la nature, il est nécessaire de la modifier pour arriver à se nourrir (cueillette, pêche, préparation, cuisson, etc.), au même titre que nos vêtements et nos lieux d’habitation. Ce serait davantage la mise en forme de cette activité dans le contexte sociohistorique à l’intérieur duquel elle se déploie qui serait la source de cette transition géologique. Cette mise en forme historique a été conceptualisée par Marx comme le mode de production, expression qui désigne une manière, une façon de produire historiquement nos moyens d’existence et de répondre à nos besoins (eux aussi spécifiques au contexte socio-historique). Au cours de l’histoire occidentale, plusieurs modes de production se sont succédé (tribal, communal, féodal) avant que le capitalisme ne se taille une place comme mode de production dominant, et ce, au terme d’une histoire "inscrite dans les annales de l’humanité en caractère de sang et de feu". Telle est bien la grande rupture opérée par le capitalisme: pour la première fois dans l’histoire, voilà donc un mode de production qui met au principe de son fonctionnement le fait de déconnecter la production des besoins humains, et qui produit d’autant mieux, d’autant plus et d’autant plus efficacement qu’il échoue à satisfaire les besoins les plus élémentaires du plus grand nombre. Ce serait entre autres ce caractère illimité de l’accumulation du capital, qui se déploie sur une planète par définition limitée, qui serait à la source des dérèglements environnementaux et de notre sortie de l’Holocène. Attribuer la crise environnementale actuelle à une certaine conception de la nature humaine reviendrait en ce sens à naturaliser, ''déshistoriciser'' et dépolitiser un mode de production spécifique à un contexte socio- historique. Imputer le changement climatique à l'humanité entière revient à dédouaner le capitalisme. À l’acceptation de cette idée (lente et laborieuse dans le mouvement écologiste actuel), il devient tortueux d’aborder les causes de la transition écologique sans faire de politique...

Un des principaux intérêt du concept de Capitalocène est bien de mettre en exergue la relation organique qui existe entre écosystèmes naturels, organisation sociale et système techno-économique. Ce qui permet de se libérer d'une approche purement environnementale, scientifique et technocratique de l'écologie pour développer une vision intégrale qui prend en compte toutes les dimensions de notre relation au milieu naturel: économique et sociale, politique et technique, culturelle et spirituelle. Dans son interview à France-Inter, Nicolas Hulot a prononcé une phrase-clé:"C'est un problème de démocratie: qui a le pouvoir?'' Qui, en effet, a le pouvoir dans nos démocraties ? La réponse est claire: le capital financier globalisé. Les oligarchies financières détiennent le pouvoir, pas le ministre de l'écologie. Les oligarchies ont une seule stratégie: la maximalisation du profit dans le temps le plus court et souvent à n'importe quel prix humain ! On peut ne peut pas humaniser, améliorer, réformer un tel système. Il faut l'abattre. Aucun des systèmes d'oppression précédent comme l'esclavage, le colonialisme, la féodalité, n'a pu être réformé. L'oppression ne se réforme pas...face à la perspective d'effondrement, il ne peut y avoir de "sursaut radical" sans la conjonction d'une critique social radicale, capable de nous libérer de l'emprise capitaliste, et d'une vision intégrale capable d'imaginer le saut évolutif vers un nouveau stade du développement humain qui se manifesterait à travers une nouvelle forme - globale et systémique - de conscience/culture/société. Le système qui nous fait vivre et prospérer actuellement est un système globalisé, productiviste et consumériste organisé par le capitalisme, asservissant l'home par l'argent et dépendant du capital. L'homme a déjà fait l'expérience de systèmes productivistes comme, par exemple, celui du communisme qui en opposition au capitalisme était dogmato-idéologique. Le résultat final a aussi fait naître une caste supérieure dominante asservissant le peuple. Les biens qu'il dégageait en quasi autarcie lui étaient uniquement destiné et le machinisme prolétarien dont les libertés étaient restreintes ou absentes, servait exclusivement à son profit et à sa défense. En se libérant du totalitarisme idéologique, l’assujettissement de l'humain ne se fait uniquement que par la dépendance à l'argent produit par le travail fabriquant de la marchandise. L'esclavage étant l'exploitation de l'homme par l'homme, le capitalisme est l'exploitation de l'homme libéré d'esclavage par le biais de l'argent qu'il produit lui-même avec le concours de la machine. Si on y réfléchi bien, c'est exactement la même chose exceptant la liberté de choix. Aujourd'hui dans notre société post-moderne occidentalisée, nous avons le choix de refuser ou alors nous y assujettir par nous-mêmes. C'est la seule et unique différence : le libre choix de continuer à produire de l'argent ou de construire un nouveau modèle de société solidaire, de partage et de loisirs par exemple, dont le travail disparaîtrait, mais au profit de l'homme aidé par la machine qui lui procure de l'argent et dégage du temps libre. Ce n'est pas le cas. Le travail, de plus en plus précarisé, disparaît partout au profit de la machine, mais l'argent gagné ne profite qu'à celui qui la possède. C'est à dire à 1% de la population mondiale (3). L'homme a d'abord crée l'outil dont il s'est servi dans son évolution pour construire la machine, les deux destinés à lui faciliter la vie. La machine, controlée par l'homme au départ a pris le pouvoir et, aujourd'hui, c'est la machine qui contrôle l'homme. C'est l'avènement de la société technico-capitaliste et de son système de production. Ce système est condamné à l'auto-effondrement pour des raisons citées plus haut, mais il risque d'emporter dans sa chute une bonne partie de notre civilisation et de l'écosystème planétaire. Ayant coupé nos liens avec la nature, notre société post moderne anthropocentrée vit aujourd'hui dans un système artificiel et urbanisé. Tous ce qui nous entoure et tout dont nous nous servons a été produit, arrangé ou aménagé. Mêmes les arbres ont été plantés par endroits par la main de l'homme. La moitié de l'humanité vit dans les villes. Certaines espèces ont été importées d'ailleurs et mis à part quelques espaces sauvages ou préservés volontairement, rien n'est plus vraiment ''naturel''. L'air même que nous respirons est conditionné, pollué et traversé par des multiples ondes. Nous vivons dans un monde qui a subi la seule révolution de l'humanité : la révolution ''industrielle''. Les autres révolutions étant essentiellement politiques ou sociétales même celle du néolithique qui est un passage de statut de chasseur-cueilleur à celui d'une société organisée, n'est qu'une modification de la production alimentaire agricole. La révolution industrielle est une révolution de la production. L'urbanisation et l'uniformisation du monde s'accroît tout comme sa population, son occidentalisation et sa globalisation. La démocratie, la science, la métaphysique, la technologie et le capitalisme sont nés en occident et forment un système dont l’effondrement nous fera sortir malgré nous. Le capitalisme de base a engendré la lutte des classes car tout ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres. Plus les salaires sont bas, plus les profits augmentent, mais...le salaire présente aussi le pouvoir d'achat qui est le moteur de la consommation et il faut absorber la production croissante grâce aux machines car c'est justement cette surproduction qui alimente le capitalisme.  Le déclic de ''mieux payer les salariés'' pour qu'ils achètent plus de biens que leur force de travail a produite s'organise alors. C'est le deuxième stade de l'évolution du système : l'avènement de la consommation de masse. Il ne s'agit là que d'une meilleure répartition du fruit de la croissance, l'heure du compromis et de la mise en place de l'état-providence à l'échelle nationale.Vient l'autonomisation croissante du capitalisme financier et le pouvoir accru des détenteurs du capital : les actionnaires qui sont les véritables propriétaires des sociétés cotées en bourse. Né alors le néolibéralisme mettant en concurrence les travailleurs sous l'effet du libre échange mondial et la complète mobilité des capitaux. Les syndicats se retrouvent impuissants et c'est la porte ouverte au capitalisme prédateur qui détruit l'homme, le travail, des villes-usines entières et la nature. La délocalisation et la déréglementation permettent d’échapper aux revendications populaires, aux pressions syndicales, aux réglementations fiscales et écologiques plus contraignantes. Le rôle du marché est devenu unique dans l'histoire de l'humanité, il n'y avait aucune économie qui soit dirigée et réglée par le marché avant la révolution industrielle. Depuis, tout est devenu marchandise. C'est l’accumulation du capital par la production de marchandises et devient marchandise tout ce qui entre sur le marché. Au lieu que l'économie soit enchâssé dans les relations sociales, ce sont elles qui sont enchâsse dans le système économique. La société sert le capital et non l'inverse. Le capitalisme n'est plus qu'un fait économique, mais devient un fait social total et une organisation de forme différente de toutes les autres organisations des sociétés humaines. Il ne s'agit plus d'échanger une marchandise contre une autre par le biais du troc ou de l'argent, mais produire plus d'argent grâce à des marchandises. Il ne s'agit plus de se procurer un bien utile ou de satisfaire un besoin, il s'agit in fine d'une manière ''révolutionnaire'' de produire plus d'argent par la vente des marchandises tout en exploitant le travail par le salariat, par l'addiction et par la soumission à l'argent, réduite par la quantité du travail disponible. En somme, une quantité d'argent achète du travail pour produire plus d'argent. Le capital, s'est de l'argent qui s'auto-produit lui-même en automatisant le processus de production et qui ne recherche que sa propre croissance. Quantitativement il est sans limite et infini. Son exploitation des ressources humaines et naturelles produit toujours plus de marchandises et cette surproduction, il faut la consommer en instaurant la société de consommation dont la publicité et l'obsolescence programmée servent à cet objectif. Ainsi le système a créé le monde et des hommes adaptés à lui : des consommateurs. Un occidental passe actuellement plus de temps devant les écrans que devant les professeurs, il ingurgite des milliards de spots publicitaires plus toute la publicité passive qu'il a sous les yeux à longueur de son existence. L'apprentissage se fait de plus en plus par les médias, les films, les industries du divertissement et le téléphone portable au détriment de parents, de livres et de professeurs. Le mode de production capitaliste persévère parce-qu'il a créé un monde et un homme adapté à lui et qui croit dans ses bienfaits ou plutôt des promesses de bienfaits. L'idéologie du capitalisme est donc une fuite en avant perpétuelle et un besoin de croissance à l'infini en créant un décalage entre ce que nous pensons et ce que nous faisons car à cause des machines, nous ne parvenons plus penser à ce qu'on fait. Il y a une déresponsabilisation qui fonctionne grâce à la machine et à la mécanisation ou robotisation du travail et le capitalisme devient ainsi un système autonome qui fonctionne en vue de lui-même. C'est une gigantesque machine technico-totalitaire dont les hommes ne sont que des rouages et instruments, et ceux qui en profitent peuvent être remplacés à leur tour et à n'importe quel moment, même l'oligarchie. Les catastrophes en chaine provoqués par le capitalisme ne nous servent pas d'avertissement ni de leçon, c'est même le contraire. Plus nous avons une connaissance des catastrophes qui s'enchainent, plus nous cherchons à nous adapter au système en essayant de survivre dans un milieu extrême. Le système s'accroît et nous nous adaptons à lui par une course en avant technique en espérant éviter le désastre et l’effondrement. Depuis la révolution industrielle il n'est plus question de l’effondrement d'une civilisation, mais plutôt d'un effondrement global d'un système uniformisé dû à une augmentation de manière continue et qui s'accélère exponentiellement. Si nous comparons les activités humaines avec le monde naturel, depuis les années 50, les exponentielles sont présentes partout. D'abord la population mondiale et avec elle la consommation d'eau, d’énergie, l'utilisation de fertilisants, la concentration atmosphérique en dioxyde d'azote, de méthane, les dégâts causés aux écosystèmes, la destruction des forêts, le taux d'extinction des espèces, la production du plastique, la pollution, la destruction de l'océan, la modification des mouvements internes des masses d'eau (gulf stream), la liste est infinie... Notre évolution technologique a réduit la mortalité, a augmenté la durée de vie et la démographie s'accroît exponentiellement. Selon les récents calculs de l'ONU, la Terre gagne chaque année 83 millions d'habitants (autant que de voitures neuves mises sur le marché). Si la population mondiale continue de se multiplier ainsi, nous serons trop nombreux pour vivre avec les ressources de la planète (déjà qu’il nous faut aujourd'hui plusieurs planètes par an pour subvenir à nos besoins). La population a doublé tous les mille ans lors des 8 derniers millénaires et elle vient de doubler en un siècle seulement. En 1830 nous étions un peu plus d'un milliard, en 1930 deux milliards et depuis, c'est l’accélération exponentielle. En 40 ans nous avons doublé (4 milliards en 1970) une fois de plus pour arriver à plus de 7,6 milliards aujourd'hui. La natalité devient la principale variable de la courbe démographique. Doit-on alors arrêter de faire des enfants ? En Europe particulièrement, depuis plusieurs années déjà, le taux de natalité est en dessous du seuil de reproduction à 1,6 enfants par femme. Et ailleurs? Selon Virginie Raisson, analyste en géopolitique prospective, la transition démographique que nous avons achevée en Europe est en cours en Afrique: la chute de la mortalité sera alors suivie plus tard par cella de la fécondité. Ce phénomène-là a eu lieu d'abord en Europe, puis en Asie... Aujourd'hui, il a lieu en Afrique. Elle ajoute : "La fécondité a chuté beaucoup plus rapidement en Asie qu'en Europe. À partir du moment où le niveau d'éducation s'élève, celle des filles notamment, et où la contraception devient disponible on voit les taux de fécondité chuter". Selon les prévisions de l’ONU en 2050, un tiers de la population mondiale sera africaine. Et en 2100, la population mondiale sera essentiellement constituée d'Africains et d'Asiatiques. Actuellement, il faut déjà nourrir toute cette population, donc la production de céréales a triplé, la consommation d’énergie a quadruplé, l'utilisation de matériaux de construction et des ressources minérales a décuplé. Mais en réalité, la question du nombre des hommes masque celle - centrale et critique - du partage de la planète, c'est-à-dire de l’espace disponible et des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de sa population. Nous n'avons pas tous la même responsabilité dans cette pression biologique sur la planète. L’empreinte écologique d’un individu varie considérablement d’un endroit à l’autre du globe . Est-ce que c'est à ceux qui consomment le plus de réduire leur consommation ou est-ce qu'on peut infliger à des femmes de ne pas avoir d'enfant au nom du fait que d'autres souhaitent garder leur mode de vie?

Prenons l'exemple de l'industrie agroalimentaire et ses 70 milliards d'animaux de ferme élevés par l'homme pour se nourrir. La population humaine boit au quotidien 20 milliards de litres d'eau et a besoin de 10 millions de tonnes de nourriture alors que l'élevage, rien que de 1,5 milliard de vaches consomme 170 milliards de litres d'eau par jour et mange 6x plus de millions de tonnes que des humains. Ce n'est donc pas tant un problème de population humaine dans son ensemble, mais de population humaine mangeant des animaux. Le nombre de personnes que la Terre puisse nourrir dépend moins de variables démographiques que de régimes alimentaires. La production agricole mondiale actuelle permettrait déjà de répondre aux besoins alimentaires de 11.5 milliards d’individus. En revanche, si l’humanité entière opte pour le régime des Européens ou des Américains en consommant 40% à 45% de produits animaux en moyenne, alors la production agricole actuelle ne suffirait pas à nourrir 4 milliards d’habitants. La Chine avait fait le choix au début des années 1960 de la politique de l’enfant unique abandonnée l'année dernière pour cause de population vieillissante. Mais, note encore Virginie Raisson, “pour qu’une telle mesure ait une portée significative, il faudrait qu’elle soit menée en priorité là où l’on consomme le plus de protéines animales, c'est à dire en Europe ou Amérique du Nord (qui sont déjà ceux où la natalité est la plus basse)”. Une des solutions possible dans nos pays occidentaux et occidentalisés : éviter le gaspillage alimentaire. Une option intéressante, notamment quand on sait que chaque européen jette, en moyenne, 175 kg de biens comestibles par an...  Si rien ne change, d’ici 2030 l’industrie du plastique devrait doubler la quantité de pollution plastique dans les océans. À cause des défaillances systémiques de la filière plastique, il est moins coûteux de rejeter du plastique dans la nature que de le gérer efficacement jusqu’à la fin de sa vie. Bien qu’il existe des initiatives mises en place dans de nombreuses régions pour lutter contre la pollution plastique, elles sont insuffisantes, car l’industrie du plastique actuelle est coincée dans un schéma de pollution de la planète. Les fuites annuelles de plastique dans les océans resteront supérieures à neuf millions de tonnes par an jusqu’en 2030, car la croissance de la consommation de plastique dépasse celle de la capacité de gestion des déchets. Ces débris de plastique constituent une menace pour la faune: plus de 270 espèces ont été blessées par enchevêtrement dans du matériel de pêche abandonné et autres matières plastiques. De plus, on a recensé l’ingestion de plastique chez 240 espèces vivantes ; c’est à la fois un problème de santé marine et de santé humaine. La production annuelle de déchets pourrait augmenter de 41 % au cours des 15 prochaines années en raison de l’accélération de la production de plastique, entraînée par la baisse des coûts de production. Les émissions de dioxyde de carbone résultant de la gestion des déchets plastiques pourraient tripler d’ici 2030, d’autres infrastructures de traitement des déchets restant plus rentables économiquement que le recyclage. Si elle n’est pas surveillée, l’approche visant à s’attaquer au problème de la pollution plastique en transformant les déchets en énergie par incinération risque de créer d’autres polluants problématiques pour la nature et la société, au-delà des émissions de dioxyde de carbone. C’est une source de préoccupation car d’une part, les réglementations environnementales et les performances des usines ne sont pas les mêmes selon les régions du monde, et d’autre part, parce que la capacité d’incinération devrait croître de 7,5 % par an d’ici 2023 en Asie. Des mesures immédiates sont nécessaires pour mettre un terme à la croissance non contrôlée de la pollution plastique, et des initiatives coordonnées sont essentielles pour responsabiliser chaque partie prenante dans la résolution de cette tragédie des biens communs. Pour l'Arctique, c'est déjà trop tard. Même si nous stoppons dès demain toutes les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, la région arctique va encore se réchauffer de 5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. L’Arctique a toujours été en première ligne face au phénomène de réchauffement climatique. Et la région en paye le prix fort. Elle, qui se caractérisait autrefois par de vastes paysages tapissés de glace et de neige, ne sera bientôt plus. En témoigne un récent rapport signé de l’ONU, nous révélant que même si nous bloquons toutes les émissions de carbone dès aujourd’hui, l’Arctique va encore se réchauffer d’au moins 3 °C d’ici 2050, et de 5 à 9 °C d’ici 2080 par rapport aux niveaux préindustriels. Sous le pergélisol de l’Arctique sont en effet contenus des milliards de tonnes de carbone et de méthane. Ces gaz à effet de serre, une fois libérés, ne feront qu’accélérer le processus de réchauffement et de fonte des glaces. Une étude récente a révélé que d’ici à 2050, quatre millions de personnes et environ 70 % des infrastructures arctiques actuelles pourraient être menacées par le dégel du pergélisol dont la fonte contribue également à l’acidification des océans. Les alertes des scientifiques, les COP, les G7, les G28, les WEC de Davos, rien n'y fera. Les Etats ne vont pas nous sauver, ils vont nous tuer. Ils agissent uniquement pour préserver un modèle qui ne répond plus à nos besoins de société. La société civile dépense énormément d’énergie à formuler des demandes acceptables pour les Etats, en abaissant son niveau d’exigence. C’est terrible. On va bientôt se féliciter d’avoir gagné un paragraphe dans un texte de loi ou un accord international, alors qu’on est clairement au-dessus de ça. Est-il encore utile de participer à toutes les actions mondiales, notamment les marches pour le Climat ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas s’y rendre. Il faut comprendre ces marches comme des grands-messes où les citoyens se retrouvent, forment une communauté de sens et puisent une énergie. Cette énergie doit ensuite servir à autre chose. La grève scolaire est intéressante. Je trouverais ça terriblement difficile d’aller en cours en ce moment, en me demandant dans quelle état sera la planète quand j’aurai fini mes études. Mais, qu’est-ce qui va se passer pendant ces cinq prochaines années ? Faire grève permet de transmettre un message fort. Cela signifie tout arrêter, ne plus faire fonctionner la machine scolaire, pour laisser du temps et de l’espace au groupe, aux idées, aux envies. L’empreinte carbone des individus n’est en rien comparable à celle de l’industrie prise dans sa globalité. Bien sûr que la responsabilité individuelle existe, mais elle reste marginale et symbolique. Elle sert en revanche aux cyniques à justifier leur apathie. Personne n’est parfait, mais si tous les imparfaits du monde se rejoignaient, cela représenterait un levier d’action formidable. Peut-être...

L'échelle et la vitesse du changement que nous provoquons est donc sans précédent dans toute l'histoire de l'humanité et dans toute histoire de la terre avec les conséquences sur les cycles biochimiques de la planète. C'est ainsi que nombreux scientifiques ont pu lister les limites planétaires : le changement climatique, l'acidification des océans, la déplétion de l’ozone stratosphérique, la perturbation du cycle du phosphore et de l'azote, la charge en aérosol atmosphérique, la consommation d'eau douce, le changement d'affectation des terres, le déclin de la biodiversité, la pollution chimique... En quantifiant ces limites nous constatons que plusieurs ont déjà été dépassé. La concentration du CO2 dans l'atmosphère a atteint un niveau qui ne garanti plus sa stabilité ce qui produit un emballement irréversible du climat qui fait fondre les glaces et élever ainsi le niveau de la mer tout en l'acidifiant, provoque des déséquilibres brutaux dans les forêts et les cultures, favorise la propagation rapide des bactéries et des maladies contagieuses. Doit-on souhaiter pour autant qu’une vague d’épidémies mortelles s’abatte sur la planète ou que l’humanité instaure un régime de la '' chasse aux vieux'' comme celui imaginé par Dino Buzzati (4)? Bien sûr que non. Pour autant, si la longévité demeure stable et qu’il n’y a pas d’épidémie...

La température mesurée en 2018 nous indique une montée sans précédant provoquant un enchainement des catastrophes naturelles (cyclones, inondations, incendies...), renforçant leur intensité et ce aussi dans les territoires épargnés jusqu'à lors. Le taux de perte de la biodiversité altère les services rendus par les écosystèmes. L'azote et le phosphore rejetés dans les eaux par l'activité agricole ne sont plus absorbés assez rapidement par le cycle naturel et font proliférer certaines espèces (sargasses). Le grand soucis : toutes ces limites sont convergentes et interconnectées. Le dépassement de l'une de ces limites peut accélérer le dépassement de toutes les autres qui interviennent aussi dans le processus, par exemple celle du pétrole, la fin de son abondance et bon marché. Les pics de toutes les autres matières premières seront atteint à un moment ou un autre. Celui du phosphore, de l'uranium, du bois, des poissons et d'eau potable, par exemple. Ce n'est qu'une question d'années. Nous sommes dans l’ère que les anthropologues appèlent l'anthropocène. Notre monde est dans un état instable, inconnu et imprévisible au seuil global et critique d'un effondrement probable. La production des marchandises et d'argent du système capitaliste post-moderne qui nous adapte à lui dont rien ne semble pour l'instant de le dévier de l'objectif de sa croissance infinie, mais tout cela sur un monde déterminé fini, ce qui va provoquer inexorablement un effondrement qui risque d'être dramatique. Il suffit de regarder ce qui se passe après quelques jours de rupture d'approvisionnement en pétrole puisque tout est basé sur lui, particulièrement l'alimentation et le transport et même la fabrication des machines à produire des énergies dites ''renouvelables''. Il existe tout un tas d'imaginaire qui se met en place lorsqu'on parle de l’effondrement , par exemple ceux qui croient que la science ou les politiques vont nous sauver, que nous avons encore le temps ce qui est d'une utopie évidente car le temps

est compté et nous ne pourrons pas y échapper. La seule bonne nouvelle est que tout ce système capitaliste prédateur va forcément s’effondrer, lui aussi, s'auto-détruira par lui-même.

Selon Dmitry Orlov (5), l'effondrement financier précèdera celui du commerce. Viennent ensuite ceux du politique, du social et, enfin, de la culture. Quand il n'y a plus d'espoir, il reste l'espérance et c'est seulement grâce à la solidarité que nous allons pouvoir nous en sortir et encore pas tous. Au moins tous ceux, avertis et éclairés qui auront pris les devants, auront réussi à installer une communauté de résilience locale solidaire autonome alimentairement et énergétiquement dans des endroits les moins impactés par le changement du climat et son réchauffement galopant probable. Les deux cent à cinq cent millions de déplacés climatiques d'ici la fin du siècle vont migrer vers les nouveaux territoires qui seront déjà occupés et la place va être très chère.

Les guerres de nouvelle conquête territoriale risquent de décimer les survivants ayant échappé à la famine, à la sécheresse et aux épidémies. Tout va se déplacer, l'agriculture nouvelle (néo-agriculture agroécologique) et les survivants, humains et animaux, probablement vers les pôles ou les montagnes , là où le climat sera plus supportable, mais bien malin celui qui arrivera à prédire ce qu’il va vraiment se passer. Car tout est intimement lié à la façon dont notre civilisation va s’effondrer. Notre civilisation s’effondrera mais la race humaine ne va pas s’éteindre pour autant. Elle se transformera profondément en s'adaptant aux nouvelles conditions de vie, mais cela risque d'être terrible. Une espèce de retour à la case départ ou alors une sorte d'évolution ?

Nous nageons en plein imaginaire qui irrigue la culture populaire depuis les visions d'un certain Aldous Huxley, qui écrivait dès 1928 (l'année de naissance de mon père) dans un essai intitulé ''Le progrès '' comment les accomplissements de la civilisation vont ruiner le monde entier : ''La colossale expansion matérielle de ces dernières années a pour destin, selon toute probabilité, d’être un phénomène temporaire et transitoire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capital. Le charbon, le pétrole, les phosphates que nous utilisons de façon si intensive ne seront jamais remplacés. Lorsque les réserves seront épuisées, les hommes devront faire sans... Cela sera ressenti comme une catastrophe sans pareille !''
Difficile alors, quand on est abreuvé de fictions dystopiques à la Mad Max, d’envisager avec sérénité un monde post-effondrement dans lequel l’entraide et la permaculture des tomates permettraient à l’humanité de survivre. Et pourtant, si nous voulons nous en sortir, ce même imaginaire doit nous conduire à trouver, comme je disais plus haut, une solution impossible à un problème impossible. Mettons-nous vite au travail pendant qu'il est encore temps car même si, par exemple, le pic pétrolier définitif n'a toujours pas eu lieu et sa date exacte étant sans cesse reculée, l'urgence frappe à notre porte. Nous avons combien d'années devant nous ? 10, 20 peut-être? Alors bougeons-nous et arrêtons d'agoniser déjà. Comme disent les anglais : ''stop shitting and start the revolution '' arrêtons de flipper et commençons la révolution car il est criminel et incroyablement indécent que des citoyens privilégiés étalent en public le fait que leur principal souci dans la vie est de réussir et amasser de l'argent tandis que les espèces vivantes sont littéralement exterminées, qu’une partie de l’humanité crève toujours de faim, que beaucoup meurent de n’avoir pas accès à de l’eau potable. Les différents mouvements écologistes ont jusqu'à lors pâti d'une image trop libérale, intellectualisée, boboisée, d'une absence de propositions concrètes avec des solutions véritables et réalistes tout en se cantonnant dans un alarmisme partisan, angoissant et punitif, dans un égo- centrisme (éco-centrisme?) exacerbé et égo-orienté. Sans la remise en cause du capitalisme, aucune amélioration climatique n’est envisageable ainsi que sans remettre l'homme là où il se trouvait à son origine : au milieu de la nature (biocentrisme). L'écologie fait politiquement peur et est rejetée partout en masse en brandissant un faux prétexte d'un éventuel écofascisme ou écoterrorisme. Peu de gouvernements font de l'écologie leur priorité absolue. Dans les conversations autour du climat, le capitalisme, c’est le Lord Voldemort de Harry Potter – on ne le nomme pas, par crainte de représailles. Pile au moment où les forces en présence devraient être identifiées avec une résolution parfaite, on préfère nous cajoler avec des histoires de conscience individuelle et de bonnes volontés juxtaposées. Quand il s’agit d’esquiver la remise en cause du capitalisme, les efforts de diversion opérés depuis le début du XXIe siècle sont remarquables.

Outre les appels à répétition dans la société civile, qui refilent incessamment le fardeau aux consommateurs, le monde entrepreneurial parle désormais très sérieusement, avec des étoiles dans les yeux, de "consomm’action", ''d'économie verte", de ''consomm'acteurs'', ''d'économie circulaire" et d’autres Subutex du profit. Mieux : à Bruxelles, la capitale de la mondialisation néolibérale, on tient des conférences sur la décroissance – attendez, pardon, on dit ''post-croissance'', maintenant. Comme si la Commission européenne, frappée d’une épiphanie, allait soudainement renoncer à sa raison d’être économique et œuvrer à faire de l’Union une ZAD géante où régneraient le troc et les pailles en carton recyclé. Comme si les lobbies de l’automobile et des énergies fossiles allaient finalement rattraper leurs décennies de dissimulation et de duperie, au nom de la bonne volonté environnementale. Comme si les intérêts économiques immédiats allaient un jour s’effacer devant l’impératif de survie de l’espèce. Comme si les politiques européennes allaient un jour s’attaquer réellement aux industries polluantes au risque de perdre quelques points de croissance et surtout des voix au parlement, des sièges et des privilèges.
Appelez ça comme vous voulez, la "consommation éthique" reste un oxymore et une hérésie. Votre guacamole, votre quinoa ou votre soja sont des désastres environnementaux. La voiture électrique ? Parlons-en. Sans alternative véritable on ne vous propose pas d’arrêter de polluer, mais de polluer différemment. Consciencieusement. Mais n’en déplaise aux penseurs de l’économie verte, l’accroissement des richesses et la sauvegarde des écosystèmes, de l’environnement et de la biodiversité sont mutuellement exclusifs. Le problème ne vient pas que du mode de consommation, il vient surtout de la nature de la production illimitée et de la distribution des ressources dans un monde limité. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire Naomi Klein (6) qui disait déjà tout cela il y a dix ans. Ou alors un récent rapport, commandité par les Nations Unies et paru le 31 août dernier, qui conclut à la nécessité de ''mettre fin au capitalisme pour survivre aux conséquences du désastre environnemental''. Comme je l'ai déjà évoqué, nous vivons dans un monde où
82 % des profits générés en 2017 ont bénéficié aux 1 % les plus riches, selon Oxfam. Où 100 entreprises totalisent 71 % de la pollution planétaire annuelle. Où un tiers de la nourriture créée chaque année – soit 1,3 milliard de tonnes – termine à la poubelle. Un monde dans lequel la majorité des habitants vit avec 2 à 10 dollars par jour, mais parvient quand même à épuiser les ressources planétaires annuelles en huit mois. Le modèle que l’on nous offre, sans alternative possible, est le plus toxique qui soit. En Occident, lutter efficacement contre le réchauffement climatique suppose de renoncer volontairement à des siècles de domination économique et diplomatique sur le reste du monde pour une meilleure gestion des ressources. En attendant, le capitalisme menace l’espèce humaine d’extinction. Pas sûr, cependant, que tout le monde soit prêt à l’entendre. Pour la première fois, la critique du capitalisme dépasse le simple cadre d’une lutte de classe pour devenir une lutte d’espèce. On ne devrait entendre que ça. Mais non. On marche dans les rues le dimanche après- midi, à l’initiative d’un réseau social, avec de jolies pancartes "make the planet great again". On rentre chez soi, en vélo, manger un bon repas végan. On signe une pétition sur Change.org contre le glyphosate. On poste sur Facebook son "geste pour la planète", drapé dans sa vertu, avant de s’endormir satisfait tout en ayant épinglé un ruban vert sur son t-shirt ''made in Bangladesh''. Satisfait d’avoir protesté, calmement, contre la fin du monde. Satisfait d’avoir fait sa part de colibri, jusqu’au prochain appel. C'est aujourd'hui une question de volonté de toute l'humanité, pas seulement des états les plus riches ou les plus industrialisés faisant partie des plus gros pollueurs et émetteurs de CO2. Ce qui va mettre notre civilisation d'accord, ce sera son déclin, voire sa disparition en majeure partie, donc son effondrement...le collapse. Pour l'instant les effets indicateurs ne sont pas encore assez visibles et perceptibles partout et par tous, quand ce sera le cas et nous aurons 55°C dans nos salons avec les poils qui frisent, il sera déjà trop tard et malheureusement, irréversible. Nous nous sommes habitué aux annonces catastrophistes sur la biodiversité mais, en un sens, pour nous, tout va encore très bien. La destruction continue des écosystèmes n'a que peu d'impact sur notre quotidien. Près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe en moins de 30 ans ; les campagnes françaises ont perdu un tiers de leurs oiseaux en 15 ans ; 60 % des animaux sauvages ont disparu dans le monde depuis 1970 ; 50 000 km2 de forêts sont rasés chaque année (deux fois la superficie de la Bretagne) ; 7 % des espèces auraient déjà été éradiquées, nous faisant entrer à une vitesse record dans la 6e extinction de masse de l'histoire de la Terre. Une fois qu'un écosystème s'effondre, on ne peut plus revenir en arrière !!! On peut imaginer que l’humanité s’en sortirait en partie malgré tout en tant qu’espèce, mais les conditions dans lesquelles elle vivrait relèverait juste de la survie. La biodiversité est aujourd’hui notre meilleure assurance vie, mais il y a un trop gros décalage entre l’homme et la nature. Le seul contact qu’ont beaucoup de gens avec elle, c’est au mieux une plage, un parc municipal, au pire un arbre sur un trottoir. Plus on lui tourne le dos, moins on sera enclin à la protéger, et les messages culpabilisateurs sur la crise de la biodiversité et du climat ne serviront à rien. Si on montre à quel point la machine- écosystème est belle, à quel point nous en sommes dépendants, et surtout à quel point les systèmes écologiques sont inter-connectés, tout le monde aura peut-être envie de les protéger ! Rencontrer et observer les baleines menacées de disparition nous motivera peut-être. Reste toujours un autre problème à résoudre : la croissance de la population humaine, qui ne va pas soudainement s’arrêter à 8 milliards d'individus. Il faut donc imaginer les politiques de conservation à l’échelle des écosystèmes entiers et non plus seulement à celle des espèces et des humains. Tout cela risque d'engendrer des profondes mutations à l'échelle planétaire, peut-être même physiologiques, des luttes pour les territoires des migrations climatiques de masse et des guerres pour la survie. Nous entrons déjà en guerre puisque nous avons dix ans à peine et il faudra rapidement prendre des décisions bien plus radicales pour assurer la survie de notre espèce et celle du vivant. Pour assurer la survie à notre descendance. Si la culture dominante, notre civilisation post-industrielle, se dirige tranquillement vers son effondrement, si elle détruit les écosystèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne considère pas le monde naturel et ses équilibres et ses dynamiques comme primordial. Au contraire, ce qu’elle considère comme primordial, c’est elle-même, son propre fonctionnement, sa croissance, son développement, ses industries... C’est précisément parce que la civilisation industrielle est profondément et fondamentalement narcissique, qu’elle ne se soucie que d’elle-même, qu’elle est amenée à détruire toutes les autres espèces et les autres cultures, en somme tout ce qui n’est pas ELLE. Mais faisons très attention, car considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme une catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite, c’est perpétuer le narcissisme qui est au cœur de ses pulsions destructrices. L’effondrement de la civilisation industrielle est peut-être une solution, pas un problème. La santé de la biosphère est ce qu’il y a de plus important. Au-delà de l’aspect empathique élémentaire qui devrait nous pousser à nous soucier des autres, il s’agit également d’une réalité écologique élémentaire. Nous ne pouvons pas vivre sans un écosystème sain. Au fond, la vraie question que pose la collapsologie (l’effondrement de la civilisation industrielle), au-delà de sa datation précise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est surtout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souffrir ou mourir de manière anticipée. Projetée à l’échelle des sociétés, c’est la question de la pérennité de notre descendance, et même de notre ''culture''. Notre empathie devrait aussi nous soucier d'autres cultures et d'animaux...du vivant dans son ensemble. Si notre monde et mode de vie occidental s'effondre, ce ne sera pas forcément celui des autres peuples, notamment des peuples premiers qui ont su garder un contact étroit avec la nature et qui, bien au contraire, peuvent en tirer un profit conséquent étant débarrassés de tous ceux qui les soumettent et les exploitent depuis toujours. Les quelques objets que monsieur tout le monde utilise au quotidien le lient à l’exploitation d’une multitude d’individus et d’endroits du monde (endroits constitués d’autres individus non-humains, végétaux, animaux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette ignorance des conséquences réelles de son mode de vie découlent les horreurs les plus diverses et les plus insoupçonnées. Il nous suffirait d’examiner la fabrication d’un téléphone portable, d’une télévision, d’un t-shirt ''Nique'', d’une simple brosse à dent ou encore d’un ballon de foot, d’une voiture ou de n’importe quel autre objet produit en masse, de n’importe quelle infrastructure industrielle, pour trouver d’innombrables destructions environnementales et asservissements sociaux. Le système capitaliste actuel tente de nous enfumer avec les stratégies et les méthodes uniquement dictées par des raisons financières. Les industriels investissent beaucoup de temps et d’argent à "verdir" leur image : voitures électriques, huile de palme labellisée bio, ou encore produits issus du commerce équitable... tout est fait pour nous déculpabiliser en tant que acheteurs et expliquer que nous pourrions sauver le monde en consommant ces produits. Une pratique dangereusement populaire nommée le ''greenwashing'' ou éco-blanchiment. Mais à défaut de sauver le monde, ces achats responsables ne continuent qu’enrichir les multinationales. Un grand groupe pétrolier n’hésite pas à vanter le bienfait des éoliennes, une multinationale productrice mondiale de boissons assèche des puits dans des pays en voie de développement tout en se présentant comme le gardien de l’eau potable ou que le lessivier Unilever se déclare être la plus grande ONG du monde et sans le moindre état d’âme détruit chaque année la moitié des forêts planétaires. Contrairement à ce qu’indiquent les étiquettes des produits que vous achetez, il n’existe aucune possibilité de produire l’huile de palme de manière écologique. Quant aux voitures électriques prétendument vertueuses, elles n’ont rien de plus propre que les voitures à essence que nos gouvernants nous incitent cependant à mettre au rebut. Actuellement et dans les années à venir, le développement ''salutaire'' des technologies dites ''renouvelables '' (solaire, éolien, barrages, biomasse, etc.) et des hautes-technologies en général engendre déjà et continuera à engendrer une intensification, un accroissement, des pratiques extractivistes et de l’exploitation des ''ressources naturelles'' en général. Au nom donc, de la ''croissance verte '' et/ou du ''développement durable'', qui correspondent en réalité à une aggravation significative de l’impact environnemental de la civilisation industrielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien industriels requièrent des métaux et minerais rares que l’on trouve en quantité limitée et en certains endroits du globe uniquement. L’extraction, le traitement et l’exploitation de ces matières premières génèrent d’ores et déjà une catastrophe écologique. Les États du monde et leurs dirigeants à la botte des lobbys capitalistes (PDG et politiciens) connaissent ces problèmes écologiques et s’en moquent éperdument, comme attendu. Les dirigeants étatiques savent très bien que cela risque de créer de nouveaux conflits internationaux. Ils se disent prêts à affronter cette éventualité, ainsi qu’on peut le voir dans un rapport d’office parlementaire publié sur le site du sénat et intitulé '' Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques ''. De manière globale, la militarisation du monde va croissante, également à cause des prévisions concernant les migrations humaines massives que les changements climatiques vont engendrer, et des pénuries ou épuisements à venir ou de différentes ressources stratégiques (dont la terre elle-même, dont l’eau, etc.). Les injustices massives vont perdurer et s’accentuer. A l'instar du mouvement des Gilets Jaunes et plus que jamais, si nous voulons défendre le monde naturel contre les assauts qu’il subit et qu’il subira au cours des décennies à venir, nous avons besoin d’une résistance organisée, qui assume une conflictualité délibérée vis-à-vis de l’État, même si résister, c'est déjà trop tard. Il faudrait commencer par les empêcher par tous les moyens avant d'entrer en résistance. Les initiatives d’individus du monde riche cherchant à augmenter la résilience de leurs communautés (façon villes en transition) à l’aide de panneaux solaires et d’éoliennes industriels ne feront qu’appuyer l'extractivisme des États et des corporations et l’exploitation d’esclaves modernes à travers le globe et surtout dans les pays pauvres ou émergents. Nous ne savons pas quand l'effondrement se produira. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont déjà très mal et qu’elles vont empirer pendant un certain temps. Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui compose la civilisation industrielle capitaliste, la perspective de son effondrement n’est qu’un espoir distant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des destructions écologiques qui la compose. Pour eux, l’effondrement constitue un évènement attendu avec impatience pour les futures générations.

Ce qui nous amène là, c’est un consumérisme stupide qui ne rend même pas les gens heureux. À l’origine, les fruits de la croissance étaient l’augmentation du bien-être, la réduction des inégalités, le plein-emploi, la société des loisirs. Aujourd’hui, la croissance du techno-capitalisme est complètement disjointe de ces fins. Elle nous amène à la ruine, sans plus nous livrer ses fruits. Nous aurons une planète plus difficilement habitable, et tout cela pour, finalement, un leurre ou en tout cas, une machine qui désormais s’emballe et n’accroît que les intérêts financiers du capital d’une petite minorité mondiale. La difficulté qu’on a à agir tient à deux raisons :

La première raison, c’est que tout notre système capitaliste de production poussant à la consommation crée la catastrophe. C’est systémique. Lorsqu’il n’est pas régulé, « le capitalisme produit mécaniquement des inégalités insoutenables, arbitraires », qui par ses excès mettent en
péril la stabilité économique et la démocratie elle-même. Les inégalités détruisent la planète en favorisant de plus fortes dégradations environnementales. D’une part parce que ces inégalités alimentent ''
la concurrence du statut'' : une course vers toujours plus de consommation. La quête sans fin d’une plus grande reconnaissance sociale et au statut le plus prestigieux pousse à consommer et gâcher des biens d’une façon désastreuse pour notre environnement. Notre système politico-économique est un système dopé à la croissance et à l'emballement. C’est la totalité du système qui déraille.
La deuxième difficulté, se trouve dans notre cerveau dont une zone, le striatum, nous pousse inconsciemment à détruire notre environnement en nous dopant au plaisir. Nous sommes conscients de tous les dangers, mais nous n'agissons pas. Le striatum nous envoie la dopamine, donc la récompense lorsque nous réalisons un certain nombre d'objectifs simples qui nous procurent du plaisir: acheter, manger, plaisir sexuel, avoir un statut social et de la reconnaissance (donc la domination) et la recherche de plus de confort possible. Si le striatum a permis à l'espèce humaine
de survivre, la dopamine est une drogue addictive provoquée par des stratégies commerciales.
Le troisième problème et pas des moindres, c’est que nous sommes vraiment coincés par le temps.
Si nous voulions, par exemple, avoir une chance de rester en dessous des 2 °C d’augmentation à la fin du siècle, il faudrait dès maintenant réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 4 % par an, alors qu’elles augmentent déjà de 2 % environ. C’est énorme. Et ce, tous les ans ! Dans un premier temps, c’est peut-être plus facile , mais ensuite nous commencerons à entrer dans le dur et les changements auront des conséquences plus importantes. C’est le défi de trouver une solution impossible à un problème impossible. Donc essayer d'avancer par les petits pas comme le font nos décideurs est absurde. Il faudrait considérer que nous sommes dans une économie de guerre. On l’aura quand les manifestations deviendront encore plus sensibles et nous entrerons dans un radicalisme politico-écologique, dans un ''écoterrorisme'' si vous voulez, car il n'y aura aucune autre
issue. La civilisation dans laquelle nous sommes est déjà extrémiste. Elle nie le vivant et le détruit en masse. Ce n’est pas fantasque de l’affirmer : toute la littérature scientifique démontre que nous détruisons les conditions de vie sur Terre aujourd’hui. Donc cette civilisation est extrémiste. C’est le cœur du système même qui est extrémiste et délirant. Ce système qui, s'il veut se préserver, doit inévitablement changer des règles et quand le politique change les règles, les effets sont massifs. Et seul le politique peut provoquer des effets massifs, sauf l'effondrement lui-même, bien sûr. Mais il ne le veut, évidemment et absolument pas et ''manager les fins du mois avec la fin du monde'' est juste une utopie politicienne. Les gens sont, la plupart du temps, biberonnés à l’économie néoclassique et shootés à l'addiction qui est le cœur de ce système. Les personnes engagées dans une démarche de résilience et de décroissance n’ont pas le même genre de frustration. Notre modernité a toujours considéré que la nature n’était rien. C’est un capital naturel que l’on peut détruire indéfiniment et que l’on remplace par du capital technique et de la technologie. Nos dirigeants sont imprégnés de cela, donc nous avons déjà un problème culturel. A cela s’ajoute un problème d’intérêts économiques et privés contre l’intérêt écologique général. Une petite minorité d’entreprises ou de citoyens, environ 10 % des gens, émet 50 % des gaz à effet de serre, tandis que 50 % de la population mondiale n’en émet que 10 %, selon encore un rapport d’Oxfam de 2015 : cela montre la situation dans laquelle nous sommes. Je pense que nous allons vivre quelque chose de si terrible que cela va franchement guérir l’humanité d’un certain nombre de tendances fâcheuses. En tout cas c’est une des possibilités et peut-être plutôt un espoir. Le même qu'ont les peuples premiers, ceux qui souffrent depuis des siècles et sont essorés par le capitalisme. Nous pouvons être très inquiets pour les décennies à venir car nous voyons bien que ça grippe depuis longtemps. Il faudra être très vigilants et surtout intransigeants pour que l’on puisse changer vraiment les choses ; si on commence à les changer substantiellement, ce sera plutôt dans la décennie suivante. Or, si tel est le cas, le risque de dérive vers une planète chaude est probable. Et une planète chaude, ce n’est plus qu’un milliard d’humains vers la fin du siècle. Toute la difficulté, c’est qu’il y a une incertitude énorme sur nos marges d’action, sur ce que l’on va réussir à faire dans les dix ans qui viennent. Et ces dix ans seront totalement décisifs. En écoutant les discours des uns et des autres, des climato-sceptiques comme des convaincus, le constat est alarmant et l’impression qui s'en dégage est que l’on ne fera rien ou pas grand chose, en tout cas. Mais nous devons garder la possibilité de faire un maximum pendant ces dix ans et à une échelle globale. C’est l’espoir que l’on doit garder, appelez cela de l’optimisme si vous voulez. Là où le pessimisme s’impose, c’est que même avec cet espoir, ce sera quand même très difficile. On n’échappera pas à une phase très sombre. Même pour cette partie de l’humanité qui a vécu de façon très simple, mais cependant facile, pendant quelques générations et qui ne jure aujourd'hui que par le pouvoir d'achat confondant les fins avec les moyens, la surprise va être assez rude. Les seules pistes qui me semblent réalistes à exploiter à ce jour pour parvenir à une hypothétique stabilité climatique sont : la décroissance rapide, soutenue et globale et les mouvements citoyens radicaux à l'instar du celui des XR (Extinction Rebellion) ou celui des peuples premiers pour obliger les politiques d'agir.

L’injustice fiscale dommageable socialement et écologiquement est aussi responsable. En France, la fraude fiscale représenterait jusqu’à 100 milliards d’euros par an or l’argent des paradis fiscaux contribue massivement à la destruction de l’environnement. En moyenne selon les chercheurs, 68 % des capitaux étrangers investis dans des secteurs associés à la déforestation de la forêt amazonienne entre 2000 et 2011 ont été transférés via des paradis fiscaux. Un politique qui à l'heure actuelle ne fais pas de l'écologie et de la justice sociale ses priorités absolues, ne sert strictement à rien...

Une étude de la NASA de 2014 analysant les processus d’effondrement des civilisations au cours de l’histoire aboutit, à l’issu de modélisations mathématiques, à la conclusion suivante: La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins au cours des cinq mille dernières années . Lorsque les élites sont trop privilégiées et coupées du reste de la population, elles surconsomment les ressources jusqu’à provoquer l’effondrement. L’analyse rejoint celle des collapsologues, et notamment celle de l'anthropologue Jared Diamond, l’auteur d’Effondrement (Gallimard, 2006), qui a tant marqué ce cher Edouard Philippe lui-même.

Solutions

La sortie du rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) sur les 1,5 °C en octobre dernier montre qu’il est nécessaire et même vital de prendre des mesures ''ambitieuses'','' drastiques'' et '' profondes''. Est-ce réellement faisable ? Peut-on encore espérer rester sous les 1,5°C ? S’aligner sur une trajectoire 1,5 ° C signifie que l’empreinte carbone de la France doit passer de 10,5 tonnes de CO2 par habitant en 2017 à 3,7 tonnes de CO2 en 2030 ce qui implique des changements profonds dans tous les secteurs. Sur le plan des ressources, il faudrait alors limiter l'extractivisme au stricte minimum nécessaire. Concernant les transports, réduire de 132 à 31 millions de tonnes équivalent CO2 nos émissions, donc stopper en particulier les lignes aériennes internes disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4 h, interdire les poids lourds en zone urbaine, limiter à 110 km/heure la vitesse sur l'autoroute. Nos modes de consommation seront également visés : il s’agit de diviser par un peu plus de trois notre consommation de viande, d’interdire à la vente les téléviseurs de plus de 40 pouces, de diviser par trois le flux vidéo consommé par personne, de limiter à 1 kg de vêtements neufs mis sur le marché par personne et par an... au total, une soixantaine de mesures qui nous confrontent directement à nos modes de vie, à ce qui semble acquis pour toujours, mais que le réchauffement climatique questionne. Sur le plan de revenus, il s'agirait de garder que le strict minimum vital et redistribuer le surplus à ceux qui en ont le plus besoin et qui souffrent par m'isolement, la maladie ou le manque de travail, donc j'y viens enfin, substituer le travail des machines par du travail humain. L’exercice n’est pas évident. La contrainte de temps liée à l’objectif — réduire de 63 % en douze ans les émissions de gaz à effet de serre — est très resserrée. Elle empêche de pouvoir viser sereinement un renouvellement par la technique ou toute mesure de long terme, comme l’action sur la démographie. Elle demande des mesures ''radicales'', dont beaucoup peuvent paraître restreindre des libertés, comme l’interdiction des vols long-courriers non justifiés ou le rationnement de certains produits de consommation tels que le café. Mais elles ne le sont que si notre conception de la liberté est de consommer toujours plus, que si nous restons contraints par nos raisonnements du passé. Cet exercice nous confronte à nos modes de vie actuels et nous oblige à les reconsidérer. Prenons l’exemple de la limitation à 1 kg de vêtements neufs mis sur le marché par personne et par an. Est- ce réellement une contrainte ? Cela nous oblige simplement à repenser l’usage que nous faisons des vêtements, à les rendre plus durables, les échanger, continuer de développer le marché de seconde main... Nous consommons aujourd’hui en moyenne près de 20 kg de vêtements neufs par an et par personne en France, ce qui a un coût social et environnemental énorme. Où est la liberté pour les ouvriers du textile qui travaillent dans des conditions peu enviables ? Où est la liberté pour les habitants de territoires pollués par cette industrie ? La liberté de quelques-uns justifie-t-elle la privation de liberté de tant d’autres ? Évidemment, nous répondons différemment si nous faisons partie des quelques-uns que si nous faisons partie des autres. Si nous n’avons pas besoin de voiture pour assurer notre accès à des services essentiels, nous envisageons assez facilement de réduire l’accès à un véhicule individuel, alors que si nous en dépendons au quotidien, nous voyons directement la privation de liberté qu’une telle mesure impliquerait. Mais, à un niveau plus collectif et global, c’est l’inaction actuelle et le dérèglement climatique en cours qui seront liberticides. Des rationnements alimentaires à la suite de pertes de rendement agricole, la prolifération de maladies, la contrainte de déplacements imposés par des conditions météorologiques invivables, l’obligation de rester confiné dans une salle climatisée en cas de forte chaleur, la perte de son habitat et de tout ce qu’on possède à la suite de phénomènes météorologiques extrêmes vont priver des millions, voir de milliards de personnes de leurs droits fondamentaux. Ce que je dis là n’est pas une utopie ni un programme politique. Ce n’est qu’un constat, le constat que tout le monde est d’accord pour limiter le changement climatique bien en dessous de 2 °C mais que nous ne prenons absolument pas la mesure du changement qu’il faudrait enclencher. La véritable utopie c’est de croire que nous pouvons continuer sur notre trajectoire sans remettre en question nos modes de vies, sans s’interroger sur nos véritables besoins, nos véritables libertés. L’aspect apparemment inapplicable de ce paquet de mesures ne peut pas être un prétexte à l’inaction, mais doit inviter à réfléchir à la manière de lever ces contraintes. Il peut sembler difficile de croire à un changement aussi drastique, tant les limites économiques, techniques ou culturelles de nos sociétés sont fortes et nous empêcheront de limiter le réchauffement à 1,5 °C voire 2 °C. Pourtant, chaque dixième de degré compte, chaque tonne de CO2 émise compte.

Nous faisons donc face à un double défi : éviter l’ingérable, en mettant en œuvre immédiatement toute action permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et gérer l’inévitable, en pensant dès aujourd’hui l’adaptation massive de nos sociétés à l’absorption des chocs provoqués par les changements climatiques. Quoi qu’il en soit, les petits pas ne suffiront pas, il nous faut chausser les bottes de sept lieues.

Conclusion

A force d'entendre sonner une alarme dans nos oreilles, on en devient sourd. Nous devons obligatoirement passer d'une société technologico-numérique à une société de conscience. La solution est donc là, à portée de main, et elle est très simple : elle s'appelle la décroissance, la solidarité, le retour aux valeurs essentielles et à la reconnexion de l'humain et avec la nature. Tout ce que j'ai déjà vécu quand j'étais enfant. Le salut de notre civilisation et une écologie libérée s'y trouvent peut-être. L’humain s’est comporté comme un gros connard ? Son bilan est juste flippant ? La planète bleue est à deux doigts de le foutre dehors ? Super ! Cela signifie juste que nous devons changer. En mieux. Depuis le temps qu’on le promet, il est temps de s’y mettre. Avec beaucoup de conscience, d’efforts, de créativité... nous devons révéler la meilleure part de nous- même. Un défi dingue ? Oui ! Mais de tous, incontestablement le plus beau. Ce ne serait du coup, pas une véritable révolution ni un retour en arrière, mais une Rebelution de désobéissance civile ou une Re-évolution. Quoi qu’il arrive, et même si l’avenir s’annonce très sombre, il nous reste toujours quelque chose pour lequel se battre.

Jerry J. Pelikan (anthropologue, zoomusicologue, capitaine de navire, éco-activiste et président/fondateur de l'ONG Earthforce Fight Squad)

 

 

L'anthropologie est une science, située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques (anatomiques, biologiques, morphologiques, physiologiques, évolutifs, etc. ) et culturels (social, religieux, psychologiques, géographiques, ...

La collapsologie est une pseudo-science ou une pseudo-philosophie de l'inévitable qui prédit un effondrement total et la disparition de la civilisation humaine...Développée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur essai Comment tout peut s’effondrer : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes publié en 2015

(1) Le terme ''écologie '' vient du grec oikos (« maison », « habitat ») et logos (« science »,
« connaissance ») : c'est la science de la maison, de l'habitat. Historiquement, il fut inventé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel, bien que l'essayiste et poète américain Henry David Thoreau l'ait peut-être employé dès 1852. Il semble avoir été utilisé pour la première fois en français vers 1874

(2) Kant, philosophe allemand (1724/1804), définit la morale comme la partie de la philosophie qui s’occupe des lois d’après lesquelles tout doit arriver (loi morale), et non selon lesquelles tout arrive effectivement (lois de la nature). La Philosophie pratique de Kant désigne la philosophie édifiée par l'usage de la raison pratique, par contraste avec l'usage de la raison théorique. L’objectif est ''d’élaborer une bonne fois pour toute une philosophie morale qui serait complètement expurgée de tout ce qui ne peut être qu’empirique et appartient à l’anthropologie''.

(3) Dans son rapport annuel sur la répartition des richesses dans le monde, l'ONG Oxfam pointe du doigt un accroissement historique des inégalités en 2017. Au total, 82% des richesses créées dans le monde ont bénéficié à 42 multi-milliardaires. Les fameux "1%" des plus riches.

(4) Dino Buzzati Traverso, connu sous le nom de Dino Buzzati, né le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno en Vénétie, mort le 28 janvier 1972 à Milan, était un journaliste, peintre et écrivain italien dont l'œuvre la plus célèbre est le roman intitulé Le Désert des Tartares.

(5) Comme l’évoque son nom, Dmitry Orlov est né en Russie. Il l’a quittée avec ses parents à l’âge de 12 ans. Il est maintenant citoyen des Etats-Unis mais de fréquents séjours en Russie entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990 lui ont permis de suivre l’effondrement de l’Union soviétique et de réfléchir sur ce processus. Orlov est le premier à avoir fait le lien entre cet effondrement et le pic pétrolier qu’a connu la Russie peu avant. Le livre : ''Les cinq stades de l’effondrement''

(6) Naomi Klein est une journaliste, essayiste, réalisatrice et altermondialiste canado- américaine ayant écrit de nombreux ouvrages de militantisme politique pointant les défaillances du capitalisme, du néolibéralisme et de la mondialisation notamment dans le livre : La Stratégie du choc : Montée d'un capitalisme du désastre [« The Shock Doctrine:

The Rise of Disaster Capitalism »], Actes Sud, coll. ''Babel '', 2010 (1re éd. 2008), 848 p.- Prix Warwick 2009

L'Holocène (du grec ancien holos-entier, et kainos-récent) est une époque géologique s'étendant sur les 10 000 dernières années, toujours en cours de nos jours. L'Holocène est un interglaciaire, c'est une période relativement chaude qui suit le dernier glaciaire du Pléistocène (dénommé Weichselien en Europe du Nord, Wisconsinien en Amérique du Nord ou Würm dans les Alpes). L'Holocène est la deuxième et dernière époque de la période Quaternaire, et l'un de ses nombreux interglaciaires. Certains scientifiques désignent néanmoins une nouvelle époque géologique succédant à
l'Holocène : l'
Anthropocène. La remontée du niveau des océans (amorcée à la fin du glaciaire à environ -100 mètres avec le début de la fonte des inlandsis de l'hémisphère nord) s'est poursuivie depuis, environ -35 mètres, jusqu'au niveau actuel, atteint il y a environ 6 000 ans. La mer Noire s'est remplie il y a environ 8 000 ans. Les inlandsis finissent conjointement de fondre et les terres situées dessous ou à la marge des anciens inlandsis, libérées du poids de la glace, remontent (isostasie du manteau supérieur). Conjointement au réchauffement, faune et flore tempérées reconquièrent les moyennes et hautes latitudes et les écosystèmes de climats froids sont isolés dans des niches écologiques. Des changements climatiques importants se produisent au cours de l'Holocène. La température s'élève notablement. Les précipitations augmentent en zone tropicale, entraînant une diminution des zones désertiques. Les zones habitables se décalent vers le Nord,
alors que le niveau marin remonte, isolant par exemple les
îles britanniques du continent européen. Il y a 8 000 ans, le Sahara se couvre de végétation et de multiples lacs s'y créent. Les troupeaux de grands herbivores quittent les zones tropicales où les forêts s'étendent, pour se diriger vers les savanes apparues dans les déserts du Nord et du Sud. Ils sont suivis par une population humaine de chasseurs-cueilleurs qui laissent des peintures et des gravures rupestres dans le Sahara. Le retour ultérieur du désert, entre −3000 et −1000, contraint cette population à migrer sur les rives du Nil, donnant naissance à l'Égypte antique. Un phénomène comparable se déroule en Amérique du Sud, à l'origine de la civilisation de Paracas. La faune et la flore ne semblent pas avoir significativement évolué, mais la répartition des espèces a été fortement modifiée (remontées vers le nord des biomes et des biocénoses). Ensuite débute une période de refroidissement global, appelée néoglaciation (en). Cette dégradation est liée à la combinaison des causes habituelles (orbitales et océaniques) et à des variations de l'activité solaire. Le refroidissement global est marqué par des anomalies climatiques : l'optimum climatique médiéval qui suit le pessimum des migrations (de) et le réchauffement climatique actuel qui suit le Petit Âge glaciaire. Cette époque est également marquée par une rapide et importante vague d'extinction d'espèces de grands mammifères dans l'hémisphère nord et en Australie ; la Mégafaune s'y est très fortement réduite.

L'âge de la Terre : 4,55 milliards d'années / Extinction dans 4 à 5 milliards d'années

Jean-Marc Jancovici (né en 1962) est un ingénieur français, chef d'entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l'énergie et du climat.

Yves Cochet est un homme politique et mathématicien français. Membre des Verts puis d'Europe

Écologie Les Verts, il est député du Val-d'Oise de 1997 2002, puis de la 11e circonscription de Paris de juin 2002 à décembre 2011. Il est président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée nationale durant ce dernier mandat. Yves Cochet est l'un des fondateurs de l'Institut Momentum, dont il est président depuis juin 2014. Momentum est un groupe de réflexion au sujet de l'imminence de l'effondrement de la civilisation industrielle et des moyens à mettre en œuvre pour tenter de réduire son ampleur. Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Il défend l'idée d'un revenu universel d'existence versé à tous sans conditions.

Ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement

Président Gouvernement Prédécesseur

Successeur

10 juillet 2001 6 mai 2002 (9 mois et 26 jours)

Jacques Chirac

LionelJospin

Dominique Voynet

Jean-Paul Delevoye (Aménagement du territoire) Roselyne Bachelot (Écologie et Développement durable)

EFS

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