Tipping Point / Le Point de Bascule et de non-retour

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Des dizaines de disparus dans une coulée de boue due à des pluies torrentielles au Japon, un record de chaleur enregistré sur le continent Antarctique, des températures dantesques enregistrées dans l’ouest du Canada avec des centaines de morts prisonniers d’un dôme de chaleur, incendies ravageurs et ouragans destructeurs… Tout indique que le dérèglement climatique s’accélère. Nous sommes déjà sur la voie du suicide de l’humanité, mais pas d’inquiétude, les gouvernements ont d’autres priorités réelles, telle la gestion de la pandémie mondiale, la reprise de la croissance, la géopolitique, le départ d'Angela Merkel ou encore des élections déjà en vue d'un nouveau/ancien manager général dans moins d'un an en France.Pourquoi refusons-nous de voir le problème et encore moins de le régler de façon significative, alors qu’une jeune suédoise le voit si clairement qu’elle puisse mobiliser des millions d’écoliers pour protester contre une réalité que leurs parents et leurs enseignants refusent de reconnaître?

Pour la première fois dans l’histoire, la concentration de dioxyde de carbone atmosphérique, ou CO2, a été mesurée en avril 2021 à 421,21 PPM (parties par million)* à l’Observatoire Mauna Loa sur la grande île d’Hawaï. Ce nouveau record enregistré est donc un sinistre rappel de la réalité de l’avancée de la crise climatique, malgré une baisse spectaculaire des émissions de CO2 permises par les restrictions sanitaires dues à la pandémie. C’est une étape déconcertante dans le réchauffement de la planète induit par l’homme. En effet, pour limiter l’élévation de la température moyenne à +2°C, nous devons absolument rester sous le seuil de 450 ppm de concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que la concentration de CO2 dépasse 420 ppm, un niveau 50 % plus élevé que celui d’avant la révolution industrielle, donc à mi-chemin vers le doublement des niveaux de CO2 préindustriels. Le rythme du changement climatique évoqué dans le dernier rapport du GIEC montre que l’humanité est sur la voie ''suicidaire'', prévient le dirigeant de l’ONU Antonio Guterres. La station culminant à 4170 mètres d'altitude au sommet d’un volcan surveille continuellement les conditions météorologiques et la chimie de l’atmosphère depuis les années 1950. Son emplacement lui permet de prélever des échantillons de l’air les plus purs disponible, fournissant aux scientifiques une représentation intacte de façon dont les humains influencent irréversiblement le climat. Lorsque cette station a commencé à recueillir des mesures de CO2 à la fin des années 1950, la concentration atmosphérique de CO2 se situait autour de 315 ppm. Récemment donc, cette moyenne quotidienne était mesurée à 421,21 ppm. C'est la première fois dans l’histoire de l’humanité que ce nombre était si élevé. Auparavant, il n’avait jamais dépassé 420 ppm. Les émissions de dioxyde de carbone sont dus en particulier à la production de l'énergie, aux transports et à l’industrie. Cette augmentation des concentrations de CO2 s’explique par des émissions de gaz à effet de serre qui sont restées relativement élevées, mais aussi d’une plus faible dynamique des sols et forêts comme puits de carbone terrestre. Le constat des scientifiques qui ont travaillé sur le sujet est sans appel: le niveau de CO2 atmosphérique, et par conséquent le climat mondial, ne se stabilisera que lorsque les émissions mondiales de CO2 seront proches de zéro. 
 À eux seuls, les États-Unis par exemple, émettent plus de 5 milliards de tonnes de CO2 par année, soit 13,2 millions de Boeings 747 volants à pleine charge. Environ la moitié du CO2 émis reste dans l’atmosphère et provoque ainsi son réchauffement, tandis que plus d'un quart est absorbé dans les océans où il acidifie l’eau et perturbe les écosystèmes marins. Mais ne vous attendez pas à des véritables mesures politiques ou économiques prises par les dirigeants mondiaux qui font face à d’énormes pressions internationales, politiques et économiques qui prendront des années à être surmontées. Aussi à la folie du déni du changement climatique qui continue à couver dans une grande partie de la population mondiale. Il est particulièrement inquiétant d'avoir dépassé ce seuil d'une concentration de 420 ppm. Cela signifie que nous touchons le point de bascule entre les niveaux de CO2 préindustriels, environ 278 ppm, et un doublement de ce chiffre, ou 556 ppm. Le record de 421 ppm atteint n’est qu’un seul point pour l'instant et s’est produit alors que les niveaux de CO2 approchent de leur sommet annuel. Mais les niveaux des derniers mois, soit plus de 417 ppm, indiquent que la concentration moyenne annuelle devrait dépasser 416 ppm. Bien qu’il n’ait aucun impact physique, on peut néanmoins considérer qu’il s’agit d’une étape marquante qui met en évidence à quel point les humains ont déjà modifié la composition de l’atmosphère mondiale et augmenté la quantité d’un gaz qui réchauffe le climat planétaire. Le doublement hypothétique du CO2 atmosphérique, qui est probable d’ici 2060 est lié à un réchauffement prévu de trois degrés ou plus de la planète. Une étude publiée l’année dernière a révélé que le doublement des niveaux de CO2 conduirait probablement à une hausse de température entre 2,3 et 4,5 degrés Celsius, excluant les scénarios de réchauffement plus modestes. Même si les émissions de gaz à effet de serre devaient chuter du jour au lendemain, la planète continuerait de se réchauffer pendant des années. Il va alors falloir être patient avant de sentir l’effet de la réduction des émissions de GES à cause de l’importante force d’inertie du système climatique. Chaque demi-degré compte. Chaque émission de gaz à effet de serre compte. Chaque être vivant compte. C’est ça, l’urgence écologique et climatique. Tant que l’on n'aura pas atteint ce qu'on appelle la neutralité carbone, c'est-à-dire le zéro émission de gaz à effet de serre, on sera dans une situation où les choses iront toujours en empirant !

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Alors quel genre de monde aurons-nous en 2050, un siècle après ma naissance ? Comment sera celui de mes petits enfants ? L’avenir a toujours été incertain, mais pas à ce point. Aucune autre génération n’a jamais eu à affronter le spectre de l’extinction humaine mondiale. L’année de ma naissance, la population de la planète était d’environ 3 milliards d’individus. D’ici 2050, la démographie dépassera largement les 8 milliards et ce dans un monde où les ressources seront largement épuisées et où séviront la sécheresse, les inondations, les tempêtes plus violentes, la famine, les nouveaux virus zoonotiques émergents et les nouveaux agents pathogènes issus de la fonte du permafrost. Il n’y aura plus d’industrie de la pêche parce qu’il n’y aura pas de poisson. Les forêts seront considérablement appauvries et, surtout, le phytoplancton, qui fournit jusqu’à 70% d’oxygène à l’air que nous respirons et qui a déjà diminué de 40 % depuis 1950, continuera à décroitre. Si la masse océaniques mondiale de phytoplancton s’effondre, l’humanité suivra. Avec la mort de l’océan vient la mort de l’humanité. Ce futur dystopique est une vision difficile à comprendre et elle ne sera pas résolue par la technologie ni par la fuite vers Mars ou des planètes artificielles. Nous n'aurons plus de temps. Il y a trente ans déjà, l'impact potentiellement perturbateur des émissions carbone produites par la combustion fossile et la déforestation agressive qui commençait faisait la une des journaux. Plusieurs reportages se sont succédé au fil des années, y compris un article remarquablement clair publié en 1956 par le New York Times qui indiquait comment l'accumulation des émissions de gaz à effet de serre lié à la production d'énergie entraînerait des changements environnementaux durables. Dans sa conclusion, l'article prévoyait ce qui est devenu le principal obstacle à la lutte contre les émissions nocives: l'abondance des combustibles fossiles. ''Le charbon et le pétrole sont encore abondants et bon marché dans de nombreuses parties du monde, et il y a tout lieu de croire que les deux seront consommés par l'industrie aussi longtemps que cela sera rentable.'' Cet avertissement n'est aujourd'hui que trop familier. Les scientifiques, les écologistes et certains politiciens ont fait des déclarations semblables à plein reprises. Leurs mises en garde n'ont pas empêché les émissions d'augmenter. Glen Peters, un scientifique du Centre pour la recherche internationale sur le climat à Oslo, en Norvège, a relevé la hausse du niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère à partir de 1870 et a constaté que près de la moitié de cette augmentation provenait de l'activité humaine ces 30 dernières années. La recherche menée par un éventail de scientifiques et de chercheurs appuie une conclusion décourageante: le changement climatique ne ressemble à aucun problème environnemental auquel nous ayons déjà été confrontés. Nous ne pouvons pas le ''réparer'' comme nous avons commencé à résoudre le problème du trou dans la couche d'ozone, avec des règlements et des traités circonscrits et des changements technologiques limités. Le changement climatique est trop important dans l'espace et le temps. Les émissions qui en sont la cause sont une conséquence trop centrale de l'effort qui devrait être consenti par plus de 7,5 milliards d'êtres humains, et près de 10 milliards dans quelques décennies, pour prospérer sur Terre. En fait, la solution aux menaces auxquelles nous sommes confrontés actuellement est pratiquement impossible à résoudre. Je crois cependant que la réponse à un problème impossible est de trouver la solution impossible et cela ne peut se faire que par notre amour passionné pour notre planète, pour la vie et la nature, par nos vertus de courage, de l’imagination et de persévérance. Nous ne pouvons pas attendre que nos gouvernements agissent. Les citoyens et la société civile doivent les forcer à agir et nous devons montrer la voie par l’exemple et l’initiative. La crise climatique est un défi immense, au même titre que la lutte contre le cancer ou la pauvreté, auxquelles les gens dédient toute une vie, avec un mélange d'urgence, de persévérance et de patience. Le changement de perspective est troublant, il sera forcément impopulaire mais aussi libérateur: cela signifie que toute personne motivée et persévérante peut et doit faire la différence, que ce soit en tant qu'enseignant ou ingénieur, artiste ou investisseur, ou simplement en tant que citoyen engagé. Il n’y a pas à stresser ou à s’inquiéter de l’avenir. Il est dépendant de nos actions au présent. L’avenir sera ce que nous créons aujourd'hui et ce que nous voulons qu’il soit. Tout dépend de notre capacité à penser et agir de manière responsable pour s'adapter à une nouvelle réalité: la nôtre. Je suis particulièrement encouragé de voir les actions de tant de jeunes à travers le monde qui comprennent que la politique et l’économie ne sont plus leurs priorités, mais plutôt la lutte pour la survie de la diversité et de l’interdépendance qui sont une préoccupation première. Continuons de sensibiliser la jeune génération, qui risque fort de se retrouver confrontée à des situations climatiques encore plus dramatiques que celles que nous avons aujourd'hui. L'éducation est le mot clé de notre survie. L'enseignement et l'infiltration des politiques et des institutions en place. Il ne faut pas tarder car le temps nous presse, une fois dépassé le ''point de bascule'', la situation deviendra irréversible.

Je fais partie d'une génération d'après la grande guerre, celle du baby boom, faite de richesse et de liberté que l’humanité ait jamais connue auparavant. Cette richesse matérielle et cette liberté ne reviendront pas et les jeunes le savent intuitivement. Ils savent que leur avenir est incertain, mais ils savent aussi que ce seront leurs voix et leurs actions qui définiront cet avenir. Lorsque l’ignorance et l’arrogance ne peuvent être surmontées, un choc est nécessaire pour qu'un changement radical puisse nous permettre, ainsi qu'à toute la vie sur cette planète, de s’adapter et de survivre. Les réponses se trouvent dans la connaissance biocentrique indigène et dans nos propres capacités à transformer par l’imagination et l’action le paradigme destructeur actuel en une nouvelle philosophie, comprendre que nous devons vivre en harmonie au sein de nos écosystèmes et nous devons le faire en respectant la diversité et l’interdépendance tout en prenant en compte qu’il y a des limites aux ressources et à la croissance. Je suis convaincu que nous avons la capacité de le faire, mais plus important encore, il n’y a pas d’autre choix si nous voulons prévenir l’écocide et le suicide de l’humanité. Avec tous les bouleversements actuels et programmés je suppose que nous le verrons bientôt !

Jerry J.Pelikan (Captain Blackbone)

World Citizen Climate Council (WCCC) / Conseil Citoyen Mondial du Climat (CCMC) / Blue Ocean Nation

*Ce nom un peu technique désigne le nombre de molécules de dioxyde de carbone considéré par million de molécules d’air, et sa mesure est un élément crucial pour nous donner une idée plus précise des dégâts.

 

EFS

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